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Jeudi 3 juillet 2008
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Ce n'est pas vraiment un livre dont il s'agit ici, mais de la transcription de vingt-cinq émissions de France Culture passées durant l'été 2003. Je me souviens parfaitement d'une soirée de Juillet. Il devait être 00h30 et à cette heure-là, France Culture proposait une rediffusion de l'émission du midi. J'étais au volant de ma voiture, je revenais d'une soirée avec des amis et j'avais mis la radio. J'aimais écouter certaines émissions nocturnes de France Culture, où le décalage avec le monde dans lequel nous vivons est parfois si intense que le rêve, avant d'aller s'endormir, et déjà un peu présent.
Mais ce soir, j'ai tout de suite été captivé par la voix de ce bonhomme (je m'imaginais un vieux monsieur un peu bourru), qui parlait avec passion de la peinture. Les gens passionnés savent communiquer leur passion. Je suis à peu près persuadé qu'un mec passionné par la confection de cotons-tiges pourrait sans problème m'intéresser à tous les procédés d'élaboration, toutes les évolutions culturelles et techniques, et même marketing de la confection des cotons-tiges. Bon, cela pourrait m'intéresser disons quelques minutes. Et après je me rendrais compte que ce ne sont que des cotons-tiges.
Exit les cotons-tiges. L'homme était féru de peinture et, pendant que je roulais dans le noir, il décrivait avec une érudition et une approche sans précédent la fameuse Joconde de Vinci. Et ce n'était pas tant l'érudition qui m'étonnait le plus, mais la façon dont il abordait une toile de maître. Il partait de zéro ou presque. Il essayait de faire abstraction (mais c'est impossible !) de tout ce qu'on savait de ce tableau pour essayer de comprendre ce que Vinci avait représenté : "D'abord, la Joconde est assise dans un loggia, c'est-à-dire qu'il y a des colonnes de part et d'autres, sur les bords droit et gauche, jointes par le muret, derrière elle. Elle tourne le dos au paysage, qui est très lointain. Ensuite, elle est assise dans un fauteuil, je le sais uniquement parce que le bras gauche de la figure est appuyé, parallèlement au plan de l'image, sur un accoudoir. Mais cet accoudoir est l'unique trace du fauteuil, il n'y a pas de dossier, ce qui est étrange." Arasse procède en réalité méthodiquement, en regardant ce qu'il y a dans un tableau, plan par plan.

Cela peut sembler simpliste, mais tout son art de critique est là. Arasse a mis plus de vingt ans pour aimer ce tableau. En réalité, il veut nous dire qu'il a mis plus de vingt ans pour l'analyser et en arriver à des paradigmes d'analyse d'apparence si simples qu'il semble parfois prendre des raccourcis pour en arriver à ses fins. En réalité, derrière la sobriété des schémas, il y a des années de recherches, de comparaisons, de compréhension de l'histoire de la peinture, d'analyse de tableaux. Même si Arasse ne peut pas vraiment décrire ses schémas d'analyse, avec le brio d'un mathématicien réalisant une démonstration de référence, il donne suffisamment de clés pour que nous puissions comprendre comment il en arrive à certaines conclusions et comment nous pouvons nous-mêmes appliquer sa méthode aux tableaux que nous voyons dans les musées. Après la lecture de ces émissions, vous ne verrez certainement jamais plus le Louvre comme avant.

Parmi les éléments capitaux de cet ouvrage, il faut noter le parallèle entre l'histoire de la perspective (à l'époque florentine) et les peintures de l'Annonciation. Il faut également ajouter une sympathique présentation des travaux du génial Vermeer. Enfin, deux curiosités qui montrent à quel point observer est important pour comprendre : l'escargot dans l'Annonciation de Francesco del Cossa et surtout le visage dans L'Immaculée Conception de Benvenuto Garofalo...

Une délice à lire l'été, à la plage :)
par Julien publié dans : Essais
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Mercredi 2 juillet 2008
5 / 5
 

Il s'agit là, pour moi, du chef-d'oeuvre absolu de la poésie contemporaine francophone. Publié une première fois en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Vents est sans conteste l'ouvrage de référence de Saint John Perse (Alexis Léger Léger pour les intimes) et sans aucun doute, l'ouvrage qui lui a permis de décrocher un surprenant - a priori seulement car quand on connaît les méthodes d'élection des prix Nobel, il n'y a pas vraiment de surprise à ce qu'un ancien diplomate qui entrait parfaitement dans les critères de sélection soit choisi - prix Nobel de Littérature.
Saint John Perse, s'il faut évoquer l'homme, mais cela ne sert en rien le discours poétique, il faut décorréler l'homme de son oeuvre comme on le ferait tout naturellement pour Céline ou Kafka (et si on ne le fait, il faut le faire sinon on ne peut pas comprendre l'oeuvre en tant que telle), c'est le poète dont l'incarnation dans le monde sociale n'est autre qu'Alexis Léger, un diplomate en vue du Quai d'Orsay (secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères en 1933) jusqu'en 1940. Il doit alors s'exiler aux Etats-Unis où il trouve une terre d'accueil propice à la rédaction de Vents.

S'il s'attaque à l'élément de l'air, Saint John Perse est avant tout un devin. Un poète-devin, et donc visionnaire, qui livre une connaissance du monde qui n'a aucun égal, un monde à la fois érodé et figé, mais en ébullition car les vents balayent la poussière de ce monde.

Saint John Perse est un naturaliste. Il se délecte de champs lexicaux "naturels" d'une précision parfois quasi-entomologique, mais chaque mot a sa place dans le chant poétique. Car si la polysémie des vers en prose donne parfois le vertige, la musicalité, quant à elle, est précise, délicate et clairement identifiable dans cette partition vocale. Vents se lit à haute voix, s'apprend et se récite. D'abord la musique dans la bouche, comme un filet fluet de voix qui s'immisce dans l'atmosphère. Viennent par la suite les sens, successivement... Mais cela reste presque annexe. Apprécier la beauté du monde, c'est également lire les poèmes de Saint John Perse. Qui d'autre que lui transpose avec cette rigueur, cette précision, cette vision, la beauté intrinsèque de la Nature en une musicalité poétique sans précédent ? Ah, on touche ici à quelque chose d'extatique.

Mais si vous n'aimez pas lire, ce livre est fait pour vous. Pas la totalité du livre, car, si vous n'aimez pas lire, vous n'y comprendrez rien - et ne vous en voulez pas pour cela, vous ferez partie de la majorité et il y aura avec vous un grand nombre d'intellectuels par ailleurs très brillant. La poésie s'enseigne, certes, mais pour la ressentir, il faut une certaine prédisposition d'esprit... Non, si vous n'aimez pas lire, apprenez par coeur le verset 1 du chapitre I, ce qu'on appelle parfois l'incipit. Apprenez-le par coeur, et répétez-vous le, juste pour voir si vous le retenez bien. Ce n'est pas plus compliqué que d'apprendre une chanson de popstar par coeur. De toute façon, faites comme si c'était de l'anglais : si vous ne comprenez rien à ce que vous apprenez, ne vous tarauder pas l'esprit : il faut juste arriver à le prononcer correctement.
Car le but du jeu est de se le répéter. De temps à autres pour vérifier que vous le retenez bien. Et puis un jour, dans un moment particulier, par exemple vous serez à la plage, ou à la montagne, il y aura un beau paysage et même un coucher de soleil (il suffit d'attendre que le soleil se couche, parfois c'est long mais ça vaut toujours le coup), et puis quand le soleil se couche, il y a souvent cette brise crépusculaire, vous l'avez remarquée, n'est-ce pas ? Lors de ce moment très particulier, mais pas si rare que cela finalement (sortez de chez vous sinon, si vous ne regardez jamais de coucher de soleil, il faut absolument que vous éteigniez ce satané ordinateur et que vous alliez au contact de la Nature - non que dis-je !! Si tout le monde suivait ce conseil, si tout le monde était kantien, alors nous serions bien trop nombreux à regarder les couchers de soleil et cela perdrait tout son charme...), donc pas si rare, vous pourrez réciter votre poème. Cela viendra naturellement. Là vous verrez comment vous vous sentez. Si cela ne vous fait rien, et bien tant pis, au moins vous aurez essayé et ça, personne ne pourra vous le reprocher, bien au contraire. Autrement, si cela vous fait quelque chose, vous sentirez en vous-même pourquoi la Poésie est à l'Homme ce que les Vents sont à la Terre.


Pour vous donner envie, voici un teaser de l'incipit de Vents :

    C'étaient de très grands vents, sur toutes faces de ce monde,
    De très grands vents en liesse par le monde, qui n'avaient d'aire ni de gîte,
    Qui n'avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
    En l'an de paille sur leur erre... Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

par Julien publié dans : Littérature française
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Mardi 1 juillet 2008
5 / 5

Arthur Rimbaud (1854 - 1891) avait-il eu une correspondance secrète avec Rainer Maria Rilke (1875 - 1926) ? Si ce dernier donnait quelques conseils érudits à un certain monsieur Kappus, il tenait sans aucun doute du premier la nécessité d'exister pour son art et de vivre comme si le temps n'avait pas d'emprise sur lui. Rimbaud n'avait pas la prudence de son successeur. Ce n'était pas non plus le météore qu'on a bien voulu nous faire croire : de 1870 à 1875, Rimbaud écrit son oeuvre. Inutile de tergiverser : lorsque le temps n'a pas d'emprise sur vous et que vous vouez votre vie entière à votre art, l'essentiel peut être dit en quelques heures comme en quelques années. Et Rimbaud n'a pas tourné autour du pot ; il a plongé dedans. Son pot à lui, ce fut dans un premier la poésie. De toute manière, la poésie de l'époque, en pleine crise d'adolescence, avait bien besoin d'un représentant digne de ce nom. C'est Rimbaud qui incarnat le rôle de la Poésie. Il en a payé son écot avec un brio inégalé.

Ensuite, Rimbaud passa le reste de son existence à attendre que les questions effleurées à sa naissance prennent la forme de la sagesse prédite par Rilke. Mais, ce fut dans ces moments là que le temps eut de l'emprise sur Rimbaud ; redevenu banausos, il s'essaya à être un parmi le commun des mortels. Cependant, le mal était déjà fait et, triste de sort que celui de la reconnaissance littéraire qui ignore les uns qui veulent y goûter et encense les autres qui la fuient : le monde peut aujourd'hui s'émerveiller devant quelques chefs-d'oeuvre de la poésie.

Poésies

C'est là que Rimbaud à tuer les auteurs de son siècle, portant un coup létale à tout ce que les autres avant lui avaient entrepris. Rimbaud atteint en quelques vers la quintessence de l'Art, avec une maturité qui tourne le conformisme en dérision (Ophélie) :
    Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
    La blanche Ophélia flotte comme un grand lys
Voilà qui sonne bien ! Mais attendez, Arthur prépare quelques mots ravissants... dont lui seul à le secret :
    Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
    Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
    Tes grandes visions étranglaient ta parole
    - Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !

Le petit Rimbaud aime déjà la pro-vocation (tiens marrant, on croirait lire un philosophe des temps modernes qui invente un mot en ajoutant un tiret entre la préfixe et la racine !) et ne s'en cache pas (Venus Anadyomène) :
    D'une vieille baignoire émerge, lent et bête,
    Avec des déficits assez mal ravaudés ;
    [...]
    - Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
    Belle hideusement d'un ulcère à l'anus


Bravo l'artiste, pour toute cette poésie. Mais c'est ça Rimbaud : un gamin un peu fou fou qui a découvert à sa puberté qu'écrire des vers latins ne suffisait pas ; il fallait chanter l'adolescence à l'humanité toute entière, avec insolence, avec ironie, avec effronterie ! (Roman) :
    On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.

Rimbaud aime par dessus tout la peinture. C'est un poète, d'accord, mais c'est surtout un peintre des mots. Et même, c'est un coloriste des mots. N'ayons pas peur des comparaisons : pour moi, Rimbaud est à la poésie, ce qu'Eugène Delacroix est à la peinture. Non, vous n'êtes pas dans un test de quotient intellectuel (sinon vous vous êtes bigrement égaré), mais sur un simple blog... (Le Mal) :

    Tandis que les crachats rouges de la mitraille
    Sifflent tout le jour par l'infini ciel bleu ;
    Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
    Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Ou encore, l'incroyable quatrain dédiée à la déesse égyptienne Nout :

    L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
    L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
    La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
    Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
   
Non, ne cherchez pas cette dernière interprétation, c'est personnel. Mais cela ne fait pas de mal de croire ce que l'on veut... Pour en finir avec les couleurs, je ne citerai pas Les Voyelles.

Pour en finir avec Poésies, je ne peux pas oublier Le Dormeur du Val, daté d'Octobre 1870 : "Les pieds dans les glaïeuls, il dort". C'est-y pas beau tout ça ! Non, franchement, comment voulez-vous reprendre votre terne existence après avoir côtoyer les mots pénétrants de cette ouvrage ? Comment ? Ne regardez plus le monde de la même façon, cela en vaut vraiment la peine. Voilà ce que l'impétueux Rimbaud a compris trop tôt ; il en arrive à des conclusions que nous ne comprendrons au mieux qu'à la fin de notre existence. C'est cela avoir un train d'avance. On peut dire que pour son existence, il a mis la charrue avant les boeufs, le petit Arthur (et vous comprendrez cette expression comme vous voudrez !).

Une Saison en Enfer

Non, ce n'est pas le titre du dernier film produit par Tarantino ou un énième super-production sur la guerre du Viet Nam. Quoique... Ce recueil sort en 1873. Rimbaud a 19 ans à cette époque. Rappelez-vous, vos 19 ans. Vous ne faisiez rien ? Normal, vous ne viviez pas encore. Rimbaud, lui, qui savait que le temps n'avait pas d'emprise sur lui, a fondé le renouveau de la poésie. Rien que cela ! Mais pas que cela !
Claude Lévi-Strauss et ses Tristes Tropiques n'ont qu'à aller se rhabiller (pourquoi lui ? c'est gratuit !) : Rimbaud piétine l'occidentalisme, le christianisme, les enfers et tout ce qui passe à ce moment là sous sa plume. Il piétine, non, il achève, il détruit. Il fallait que les choses soient claires.

    Il faut être absolument moderne.

Rimbaud, c'est la révolte. On a déjà entendu ça... C'est dans sa Saison en Enfer que le poète nous fait sa crise post-pubère, mais il entraîne avec lui une bonne partie du monde littéraire, peut-être de l'humanité, qui en cette fin de 1873 fait une belle crise de puberté, avant que la voix ne s'enraille en 1914 et que les boutons n'éclatent en 1939.

Illuminations

Rimbaud, c'est le Nostradamus de la poésie. Il le prouve avec ces Illuminations excellentes. Pour vous en convaincre, relisez Solde, relisez Villes, relisez Démocratie. Sachez écouter les poètes, ce sont les yeux et les oreilles de votre temps et des temps à venir. Ce sont les véritables guides. Sachez les discerner, parmi la foule. Car dans la beauté des mots, ils exposent le monde. Sachez les comprendre, avant qu'ils ne disparaissent, avant qu'ils ne s'exilent.

    Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m'ont précédé ;

Et vous qui ne connaissez plus une multiplication par coeur, qui n'apprenez plus aucun numéro de téléphone, qui ne retenez pas même les paroles de vos chansons préférées. Si vous ne deviez apprendre qu'une seule chose, apprenez, par coeur, Génie. Et, dans les moments difficiles, dans ces instants intenses qui ne nous sont pas épargnés dans une existence sereine, sachez réciter ce chant divin qui, n'en doutons pas, sauvera l'essence de votre être.
par Julien publié dans : Littérature française
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Mardi 1 juillet 2008
5 / 5



Rainer Maria Rilke est probablement un grand poète. Je dis "probablement" car je ne suis pas germanophone, et je fais peut-être partie de ceux qui considèrent que la poésie ne se traduit pas sans perte. Un peu comme la numérisation d'un CD par exemple en MP3 : on traduit, on change de format et comme le format est différent, il ne restitue pas l'ensemble du spectre contenu dans le media original. Ainsi, le langage est un format propriétaire et écrire un poème dans une langue, et le traduire dans une autre, c'est comme changer de format propriétaire. Si le traducteur est excellent, cela peut se faire sans perte ou presque. De toute manière, à l'instar d'un morceau de musique classique dont l'oreille ne perçoit pas l'ensemble des fréquences, l'esprit humain arrive-t-il à percevoir toutes les subtilités d'une poème, d'une délicate association de mots qui intervient au terme d'un cheminement poétique ?

Donc, Rainer Maria Rilke est probablement un grand poète. Et Les Lettres à un jeune poète révèle sans aucun doute la quintessence de ce qu'on pourrait appeler la sagesse de l'existence. Car Rilke n'est pas un homme comme les autres. Le "cher monsieur Kappus" ne reçoit pas les conseils de n'importe qui : il a directement affaire avec un sage, dont la correspondance nous est restituée ici. Et quand un sage donne un conseil, il s'empresse de recommander à son jeune apprenti que "Personne ne peut vous conseiller ni vous aider, personne". Astucieux, le sage. Dans la foulée, il s'empresse de renvoyer M. Kappus, avec tous les apprentis écrivains ou poètes de tous les temps, non seulement à leurs cahiers, mais également à leur foi la plus profonde. Rilke le sait, dans son immense sagesse (c'est l'expérience qui parle avant tout, car Rilke se souvient combien il a pu souffrir) : écrire est une nécessité. "Avant toute chose, demandez-vous, à l'heure la plus tranquille de votre nuit : est-il nécessaire que j'écrive ? Creusez en vous-même en quête d'une réponse profonde." Si la réponse est positive, alors il faut construire son existence en fonction de cette nécessité. Bigre ! Rilke est pour le moins radicale. Mais ce sont les paroles dont les adolescents sont friands ! Se donner corps et âme pour son art, voilà qui plait.

Les Lettres à un jeune poète ne sont pas seulement un livre de conseils utiles pour un jeune poète, mais surtout un livre de recommandations pratiques pour tout être humain qui se respecte. Ainsi, apprend-on que "l'été [...] ne vient que pour ceux qui sont patients, qui vivent comme s'ils avaient l'éternité devant eux", qu'il ne faut pas chercher "pour l'instant des réponses, qui ne sauraient [...] être données", car on ne serait "pas en mesure de les vivre", qu'il ne faut pas se laisser "abuser par les surfaces ; en profondeur, tout est loi". Que des choses simples, et essentielles, qui rappellent qu'un artiste, c'est avant tout un être humain qui a conscience de son existence, qui vit pour son art, pour lui-même, pour chercher des réponses qu'il sait pertinemment impossible à trouver au terme d'une existence, mais dont les contours se dessinent jour après jour, avec le recul, avec l'expérience, avec l'amour et la patience accumulées. Il cherche les réponses à son existence, il cherche sa place dans la Nature, sa place dans la société, auprès des autres, mais il doit le faire avec tout ce qu'il porte en lui, tout ce qui lui est propre.
par Julien publié dans : Littérature germanophone
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Lundi 30 juin 2008
A la délicate invitation de 6billine, je me lance à mon tour dans le "questionnaire du lecteur".

Où et quand ?

Etrange d'avoir regroupé deux questions en une... Où je lis ? C'est très variable, selon les saisons. L'hiver, je lis plutôt chez moi, dans une chambre, allongé sur un lit. Le soir de préférence. Car le soir est propice à mon activité intellectuelle. L'hiver, je choisis plus souvent des essais ou des romans réputés plus complexes.
L'été, je lis le plus souvent à la plage, allongé sur ma serviette. J'entrecoupe les lectures d'un bain rafraîchissant ; entre le souffle du vent, le bercement des vagues, la chaleur du soleil, tout concourre à me plonger dans un roman, un long roman. Car je ne lis pas n'importe quoi, n'importe où et n'importe quand. Quitte à regrouper des questions, il aurait été plus judicieux de regrouper ces trois là : quoi, quand et où ?
Printemps et automne sont l'occasion de longues pauses durant lesquelles s'entrecroisent essais scientifiques et courts romans ; je lis quelques lignes la matin, quelques paragraphes le soir.
A de rares occasions, je ne me sépare pas d'un livre et je lis avec une dévorante passion, peu importe l'endroit : l'essentiel est alors de terminer l'ouvrage coûte que coûte. Mais cela reste suffisamment rare pour que la lecture ne soit pas pour un de ces loisirs chronophages (n'est-ce pas à la mode ce mot "chronophage" ? Moi, il me plaît que c'est vraiment ça, dévorer un livre et c'est en réalité le temps qu'on dévore).

Comment je choisis mes lectures ?

Ce sont les blogs des lecteurs qui m'ont redonné l'envie de lire. Les exemples de lecteurs passionnés qui dévorent un livre de 350 pages tous les deux jours me laissent... perplexe ! Comment est-ce possible ? Moi qui sélectionne avec un soin très particuliers mes lectures (pour moi 350 pages, c'est bien souvent 1 long mois de lecture), je reste ébahi devant l'activité de certains lecteurs. Admiratif, c'est probablement le mot qui correspond le mieux finalement à ce que je ressens, après réflexion (une fois la surprise passée).
Alors je lis les blogs de ces dévoreurs d'ouvrages, je sélectionne les livres dont les critiques sont enthousiastes, je recoupe les avis sur d'autres sites de bloggeurs, sur amazon parfois également, et je rentre les informations du livre dans un grand fichier excel, qui constitue ma LAL (Liste à Lire).
Ensuite, j'affecte des priorités à ces livres, selon mon humeur du moment (ces priorités sont quelquefois variables dans le temps), selon les avis et les conseils des internautes. Ensuite, je commande 5 ou 6 livres à la priorité 1 chez mon libraire préféré, et je commence la lecture un peu au hasard (et aussi beaucoup en fonction de la taille de l'ouvrage).

J'aime aussi lire des classiques de la littérature. Aussi, je choisis quelques-unes de mes lectures parmi les grands romanciers ou écrivains dont ma mémoire ignore à quelques moments j'ai entendu parler d'eux pour la première fois.

Mes styles de lecture


Enfant, je lisais de la poésie. Je me souviens, comme si c'était hier, du jour où je me suis rendu dans la bibliothèque pour enfants de mon quartier, et où j'ai découvert les poèmes de Prévert, et surtout les calligrammes d'Apollinaire. Je les recopiais, je me les appropriais, je les imitais : je découvrais l'art de lire et d'écrire. D'une pierre, deux coups.
Adolescent, je lisais aussi bien les grands classiques (Stendhal, Rousseau, Flaubert, Chrétiens de Troyes, Lewis Carroll) que des livres de Fantasy ou de Science Fiction (HP Lovecraft, Stefan Wul, Ray Bradbury, Asimov).
Puis, j'ai fait deux découvertes majeures dans le monde des essais : Régis Boyer (Les Sagas Islandaises) et Jean Malaurie (Les Derniers Rois de Thulé). Une vague de fraîcheur dans le monde des idées. J'ai même pensé devenir ethnologue pendant un instant, c'est dire l'influence de l'ouvrage de Jean Malaurie sur le jeune homme que j'étais (et puis j'ai commencé Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss, et bizarrement, j'ai tout de suite voulu changer de métier...).
Côté poésie, j'ai adoré Rimbaud principalement, Baudelaire également, Henri Michaux et surtout, l'incomparable Saint-John Perse, qui aujourd'hui encore reste ma référence poétique. Si je ne devais avoir qu'une idole en ce bas monde, ce serait Saint-John Perse (et un petit peu Henrik Larsson et David Bowie, mais là ce n'est plus de la littérature !!!). A la question "Quel livre emporteriez-vous sur un île déserte ?", je répondrais sûrement Vents de St John Perse, mais c'est une tournure d'esprit. Car en réalité, j'emporterais sûrement un guide de survie en milieux hostiles ou un livre comestible, histoire de tenir encore quelques jours... Mais on n'est pas toujours pragmatique lorsqu'il s'agit de littérature.
Aujourd'hui alors ? Il me reste de ce bref résumé de mon parcours initiatique à la lecture quelques restes, principalement le foisonnement des styles. Je peux à la fois lire l'Odyssée, un dictionnaire sur le cerveau, Les Fractales de Mandelbrot, le Rouge et le Noir, le théâtre de Montherlant, l'autobiographie de Simone de Beauvoir, 1984, les correspondances d'Antoine de Saint-Exupéry ou le Vol des Cigognes de Grangé. Il me semble qu'aucun style ne me laisse indifférent. Pourvu que la qualité soit au rendez-vous.


Ce que j'attends de mes lectures

De la culture. Mais cela ne veut rien dire. Et tout en même temps. Si mon esprit est un jardin en friche, alors les livres permettent d'y pratiquer une culture. J'espère que le mélange des genres va conduire à une émergence tout à fait particulière, qui me sera propre et qui fera que je suis qui je suis. Car nourri d'une culture commune (je vous rappelle que je ne lis essentiellement que des ouvrages qui ont été appréciés par le plus grand nombre), le mélange des genres m'apportera peut-être une identité singulière.
Je lis très lentement, mais il me semble que je retiens beaucoup de mes lectures. Adolescent, j'étais adepte d'une lecture rapide (un livre par jour !), mais j'ai très vite laissé tomber, car il m'arrivait de ne plus me souvenir de ce que j'avais lu la semaine d'avant. Aujourd'hui, j'attends de mes lectures qu'elles m'enrichissent durablement. Et que tout ce qui sera cultivé avec qualité, produira à son tour des fruits de qualité.

Mes petites manies

Je n'en ai pas, je ne suis pas maniaque. Mais pour jouer le jeu, je dirais que j'en ai deux :
- je lis plusieurs livres en même temps, entre deux et cinq ou six. Au lieu de sérialiser, je parallélise les lectures. Cela m'habitue à jongler entre les récits, entre les thèmes, entre les styles.
- d'autre part, j'analyse toujours le style de l'auteur, et comment la narration a été construite. Je ne me laisse ainsi jamais porter pour la trame de l'ouvrage, sans me poser des questions du type "Pourquoi l'auteur a-t-il écrit cela comme ça ?" ou "Pensait-il à son lecteur lorsqu'il a eu cette idée ou est-ce nécessaire à son style ?". Enfin, dit comme cela, j'ai l'impression que j'ai vraiment deux manies :)

Voilà, il ne me reste plus qu'à remplir un peu plus ce blog de commentaires de livres (encore faut-il que je lise !).
par Julien publié dans : Vie du Blog Lectures
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