Samedi 20 mars 2010
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19:00
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Publié dans : Samedi pianistique
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Par Julien
Du fin fond d'un gymnase ou d'une vieille salle de musique, Tatiana Kolesova interprète la Variation Corelli 1 de
Sergeï Rachmaninov. Hommage à la Russie et surtout à la puissance de morceau. En attendant la poésie couchée sur le papier (virtuel, certes) demain dimanche, voici un petit récital (la demoiselle
est peut-être une future grande du piano, qui sait ?) pioché dans les archives du Kremlin.
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Samedi 13 mars 2010
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/2010
19:00
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Publié dans : Samedi pianistique
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Par Julien
Parce que la poésie est aussi dans la musique. Parce que toute la sensibilité du monde ne s'exprime pas seulement
par des mots. En introduction du "Dimanche poétique" de Celsmoon, voici le "Samedi Pianistique", pour nous mettre en condition. Montez le son !
Pour débuter ce samedi pianistique, Tord Gustavsen, le pianiste norvégien qui accompagne Silje Nergaard, nous
offre une introduction mémorable de sensibilité à la chanson Be still my heart de la chanteuse.
Cette semaine, c'est jazz (allez, pop-jazz, c'est vrai !).
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Dimanche 7 mars 2010
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06:00
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Publié dans : Dimanche poétique
-
Par Julien
Illustration de Pascal Blanchet
Quel terrible poème de Baudelaire ! Quel état faut-il atteindre pour coucher ces mots sur le papier ? Avec une
beauté toujours ténébreuse, les poèmes des Fleurs du Mal sont toujours là pour nous sortir de notre morne existence. Le poète nous montre une voie, et Baudelaire nous montre la voie à
ne pas emprunter. Le poète se fait guide et explore les contrées inhospitalières de l'âme humaine. A nous de savoir éviter ces écueils qu'il décrit à la perfection. A nous de limiter la casse
lorsque c'est encore possible. A nous de ne pas atteindre ces limites terrifiantes...
Remords posthume
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse ;
Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton coeur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,
Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,
Te dira : « Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts ? »
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.
Lonesome graveyard de Lightnin' Hopkins
6
Samedi 6 mars 2010
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15:20
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Publié dans : Vie du Blog Lectures
-
Par Julien
Un détour par Paris
Connaissez-vous une librairie incontournable sur Paris ? Un lieu littéraire à découvrir ?
Je m'en remets à vous pour découvrir les bons plans des blogueurs parisiens : mon excursion annuelle parisienne -
qui ne tombe malheureusement pas pendant le Salon du Livre, dommage... - va m'emmener chez des amis, m'entraîner dans les méandres du Jardin des Plantes et du MNHN, me pousser à l'exposition
"Eloge du négatif" au Petit Palais.
Mais je cherche un "haut" lieu de la vie littéraire parisienne. Amis blogueurs, aidez-moi ;-) !
Heaven Help de Lenny Kravitz
11
Jeudi 4 mars 2010
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06:00
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Publié dans : BD
-
Par Julien
Editeur : L'Association
Publication : Septembre 2004
Pages : 84
Iran, fin des années 1950
J'aime beaucoup le dessin sobre en noir et blanc de Marjane Satrapi. Fouillant encore dans l'histoire de sa famille,
Satrapi raconte l'histoire d'un de ses oncles, musicien joueur de Târ, amoureux de la belle Irâne dont le père ne veut d'un artiste pour sa fille. Par dépit, Nasser Ali - c'est le nom de notre
héros -, épouse Nahid sur les conseils de sa mère, pour oublier Irâne et en pensant apprendre à aimer sa femme avec le temps. Malgré quatre enfants, il ne parvient pas à oublier Irâne, jusqu'au
jour où il découvre que son amour de jeunesse l'a complètement oublié. Il perd alors tout son talent, ou peut-être toute envie de jouer. Il perd le goût, même le goût du poulet aux prunes, son
plat préféré. Autant dire que Nasser Ali perd le goût de vivre. Et il se laisse mourir.
Marjane Satrapi nous raconte les derniers jours de la vie de son oncle, avec les origines de ce suicide et un bilan de son existence. C'est toujours très finement raconté et l'auteur possède un
talent incomparable pour rendre ses personnages attachants malgré leurs défauts. Peut-être parce qu'ils sont vrais, tout simplement. Une bande dessinée à mettre entre toutes les mains
!
6
Mardi 2 mars 2010
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06:00
-
Publié dans : Littérature française
-
Par Julien
Editeur : J'ai Lu
Publication : 2006
Pages : 62
Une nouvelle de fantasy
Je n'ai pas l'habitude de lire de la fantasy. A vrai dire, depuis ma tendre enfance, je n'en avais pas
lu. Alors comment ce petit livre a-t-il fini dans ma PAL ? Je ne sais même pas. Sûrement un livre offert lors d'une acquisition de livres de poche.
L'essentiel est de savoir que j'ai ouvert le livre, lu la nouvelle avec une certaine curiosité. Si dès les premiers mots, je me suis aperçu du style assez particulier de l'auteur - le soucis
d'utiliser un vocabulaire adapté à son contexte, la redéfinition de certains notions comme le temps (décrit par décimes, décades ou autres), l'utilisation abusive du "plus ou moins" dans les
descriptions -, je me suis laissé entraîner par l'histoire de ce héros à la fois fort, malin et séducteur, qui, lors de la traduction d'un grimoire antique, découvre l'existence d'une relique
qu'il espère vendre à une bande de moines collectionneurs.
Très franchement, ce n'est pas de la grande littérature. Pierre Grimbert sait raconter des histoires et il a quelques qualités. Toutefois, ne serait-ce que dans le traitement de la psychologie du
héros, je n'ai pas trouvé de grandes qualités littéraires. Je pense que le style et le traitement de l'histoire s'adapte plus à une littérature jeunesse, pour des adolescents. Cela aide sûrement
à développer l'imaginaire.
4
Samedi 27 février 2010
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/2010
06:00
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Publié dans : Littérature française
-
Par Julien

Editeur : Gallimard
Publication : Février 2007
Pages : 349
L'année de la Russie
Certainement une coïncidence, car ce livre était dans ma PAL depuis l'été 2009, cette année est l'année de la
Russie (pour la France) et la roman de Marc Dugain évoque succinctement l'histoire de la Russie au XXème siècle. Tout commence avec un personnage surprenant - nous n'avons pas l'habitude de le
rencontrer en littérature -, Joseph Staline, occupant la première partie du roman.
On y découvre ainsi la figure d'un être ambivalent, à la fois faussement sympathique, faussement cruel, tyrannique mais très "petit père du peuple", quasiment caricaturale. L'aspect caricatural
est notamment accentué par le style de l'auteur qui abuse des monologues ou tirades, parfois étouffantes, souvent irréalistes. Pas de place au dialogue dans toute la première partie du roman :
chaque personnage s'écoute parler à tour de rôle. Au théâtre c'est une chose ; dans un roman, c'est gênant. Je n'avais pas du tout ressenti cela dans La chambre des officiers du même
auteur. La rencontre avec Staline est pour moi le plus mauvais passage du roman.
Par la suite, cela devient plus intéressant. La vie berlinoise de Vladimir Poutine, jeune loup du KGB, testé par sa hiérarchie, victime d'une machination (le passage à l'Ouest d'une belle
allemande chef d'une entreprise d'informatique) afin de prouver que lui, Plotov, est incorruptible.
Une troisième partie évoque les négociations de l'administration russe avec un père de famille, Pavel : en échange du silence de l'homme, l'Etat propose une forte somme d'argent et une retraite
anticipée à St Petersbourg. Sur cette petite fresque familiale, une journaliste français vient enquêter sur le drame de l'Oskar, le sous-marin qui a sombré mystérieusement par cent
mètres de fond, alors qu'une vingtaine de marins étaient encore en vie et frappait à la coque du submersible.
Cette partie, au coeur du roman, est pour moi la plus intéressante de l'intrigue et sans aucun doute la mieux construite par Dugain, aussi bien du point de vue du développement que du style. La
psychologie de Pavel Altman, qui a perdu son fils Vania dans la tragédie centrale, dont la femme a perdu la mémoire à court terme et vit, plus ou moins léthargique, dans leur appartement du fin
fond de la Sibérie, et que sa fille Anna accuse de rechercher le plaisir charnel avec leur voisine au moment où il devrait porter le deuil, la psychologie de Pavel, donc, est particulièrement
attachante. Il symbolise à lui seul la décadence de tout le pays. Il est désabusé et sans espoir. La citation suivante du narrateur en dit long sur son état :
« Ce matin-là, je n'avais envie de rien savoir de plus sur le naufrage de l'Oskar. J'aurais voulu même pouvoir oublier cette défaite humaine qui s'ajoutait
à une liste forte de milliers d'exemples où les entreprises dont nous avons depuis longtemps perdu le sens nous entraînent dans des tragédies que nous commémorons comme autant de défaites qui ne
changent rien. »
Un peu plus loin, la rencontre avec une journaliste spécialiste du Daguestan et de la Tchétchénie révèle les pires heures de l'histoire récente de la Russie. La décadence de la fédération de
Russie est à l'image des personnages qui composent le roman : « Dans un pays où la vie ne vaut rien, ou la mort a longtemps été une délivrance, peut-on concevoir
qu'on échange des siècles d'exercice du pouvoir dans le secret contre les vingt-trois vies d'hommes qui ont choisi le métier des armes ? Le contraire aurait été à lui seul une révolution. Et de
révolution, dans ce pays, nous n'en avons jamais eu. »
Une fin tragique
Pour avoir moi-même eu l'occasion de visiter un sous-marin, je comprends mieux l'ambiance
qui émane des missions dans les profondeurs de la mer, la promiscuité des sous-mariniers et la spécificité de ce corps dans la Marine. Je sais également que Marc Dugain a passé quelques jours au
large de Toulon dans un sous-marin nucléaire mais pas plus d'infos : j'imagine qu'il s'agissait d'un SNA, les petits sous-marins nucléaires. C'est la classe de sous-marin qui se rapproche le plus
des SSGN (Ship Submersible Guided missile Nuclear) dont fait partie de le Koursk. Car tout le monde aura compris qu'Une exécution ordinaire traite, d'une manière romancée, du
naufrage du Koursk. Pour bien faire comprendre qu'il s'agit d'une fiction (le sujet est sensible, encore aujourd'hui), l'auteur a nommé le sous-marin naufragé : Oskar. Il faut
également savoir que la classe Oscar est celle du K-141 Koursk. Substitution du nom à rapprocher de celle de Vladimir Poutine, renommé Vladimir Vladimirovitch Plotov dans le
roman.
A ce niveau de la lecture du livre, déjà les trois-quarts des pages ont été parcourus, et le lecteur atteint le coeur de l'ouvrage, le point culminant du récit. En effet, tout ce qui a précédé
dans le roman, la partie politique - le comportement froid de Plotov, son souhait de restaurer la grandeur de la Russie ; la mise en parallèle avec la chaleur du Petit Père du Peuple, pourtant
tout aussi dévoué à la cause d'Etat et prêt à sacrifier quelques individus pour le bien commun ; les discussions des officiers supérieurs livrant les regards extérieurs sur le dirigeant, Staline
ou Plotov -, ou la partie familiale des Altman (Anton, l'ami de Pavel ; Vania, le fils disparu), tout prend son sens dans les dernières pages du roman.
C'est à ce moment de la lecture que le talent de Marc Dugain surgit en pleine lumière. Il faut se rendre à l'évidence : le roman n'a pas été écrit furieusement en une nuit, d'une traite, au fil
de la plume. Il a été construit patiemment, certains chapitres ont dû être remaniés, découpés, alternés, afin de rendre la lecture plus fluide. L'intrigue a été peaufinée, les personnages ont été
triturés, les informations collectés pendant plusieurs mois ont été digérées et judicieusement distillées. Il serait intéressant d'en savoir plus sur le travail créatif du
romancier.
Presque parfait, mais...
Malgré des qualités romancières indéniables - particulièrement le passage central avec les états d'âme de Pavel Altman -, Marc Dugain n'a pas réussi à complètement me captiver en peignant ces
tableaux d'une Russie décadente, en prise avec les tragédies de l'Histoire. Une exécution ordinaire est certes un très bon roman, mais il lui manque, à mon goût, une certaine cohérence
d'ensemble afin d'attiser l'intérêt du lecteur. La construction du roman est en quelque sorte en "entonnoir" : on tourne un peu en rond au début, dans le grand large, avant d'être propulsé vers
l'étroite sortie, ce chapitre finale où tout le reste prend son sens. C'est très habile, mais il faut croire que je ne suis pas totalement réceptif à ce procédé.
La langue de Dugain est parfois géniale, mais parfois indigeste. J'ai trouvé qu'il abusait de temps à autres de phrases trop alambiquées, bien constituées, mais peu naturelles. Les dialogues,
exercice ô combien difficile pour tous les romanciers, ressemblent à des monologues souvent improbables. Mais ils servent le récit.
On sent bien que ce sont les mêmes ingrédients qui dévoilent les bons et moins côtés du style de Dugain. J'ai eu l'impression que l'auteur écrivait sur le fil du rasoir et qu'il ne parvenait pas
toujours à maintenir le lecteur que je suis sur ce fil à la fois trop étroit et diablement aiguisé. En terme purement physique, on pourrait dire que le roman se situe dans un équilibre instable.
Ou plus approprié encore, il se place à l'immersion périscopique ! Ni complètement dans l'obscurité et le calme des profondeurs, ni parfaitement à la surface. Avec un mât en dehors et la coque
immergée. Comme s'il avait touché du doigt une sorte de perfection sans l'atteindre définitivement.
Du Dugain de La chambre des officiers, j'ai néanmoins retrouvé une ambiance délicieuse de ces officiers qui affrontent la face la plus sombre de la guerre, celles des blessés, des
oubliés, de ceux qui restent sur le carreau et qui perdent ce qu'ils ont de plus cher. Tout cela pour des causes, pour des politiques ou des Etats, qui n'en valent peut-être pas la peine.
Peut-être pas.
Il n'en reste pas moins que j'ai aimé lire ce roman qui, malgré ces quelques imperfections qui ne deviennent évidentes que lorsqu'on sent la perfection proche, n'est pas loin d'être excellent.
Marc Dugain est un auteur talentueux.
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Jeudi 25 février 2010
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06:00
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Publié dans : BD
-
Par Julien
Editeur : Casterman
Publication : Novembre 2009
Pages : 86
Du Van Hamme
Avec dessin efficace, les auteurs nous content une histoire financière (magouille sur les titres, rachat de propriété,
reclassement, etc...), entre une bande d'amis manipulés - pour la bonne cause - par une call-girl gentille mais guidée par l'appât du lucre, et un magnat manipulateur et pourri jusqu'au trognon.
Tout y est mêlé, amour, amitié, bilan de fin de vie, espoir, justice. C'est assez simple et efficace (comme le trait du dessin), cela ne va pas trop en profondeur - même si on sent une tentative
d'élever l'histoire -, mais cela rend l'histoire très sympathique.
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Mardi 23 février 2010
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06:00
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Publié dans : Littérature française
-
Par Julien

Editeur : Gallimard (Folio)
Publication : Décembre 1971
Pages : 185
Encore un chef-d'oeuvre
C'est HambreElie qui m'a donné l'idée. Enfin, cette idée trottait depuis un petit moment, mais il fallait une
étincelle - il me faut malheureusement toujours une étincelle pour déclencher quelque chose. Quand j'ai pris en main L'étranger, livre que j'avais déjà parcouru avidement lorsque
j'étais collégien, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Mais je pressentais bien que cette nouvelle lecture du court roman serait l'occasion d'une nouvelle perception de l'oeuvre. Je ne me
trompais pas. Il y a un temps pour lire et apprécier certains livres. Je me dis également que je passe très certainement à côté d'excellents livres et que certaines de mes critiques précédentes
sur ce blog sont finalement un peu sévères et ne correspondent qu'à la perception d'une oeuvre, en regard d'un état d'esprit à un moment de ma vie.
Meursault apprend le décès de sa mère, mais n'y réagit pas. C'est le premier choc pour le lecteur. Choc relatif aujourd'hui, cependant. On se demande si le narrateur n'est justement pas sous le
choc de la nouvelle et s'il ne réalise pas. D'ailleurs, il ne veut pas voir le corps, il ne veut pas matérialiser cette mort.
Il aime le silence. Il n'aime pas parler. On sent que parler et écouter lui demande un certain effort (ex : le concierge à l'asile). Il ne comprend pas l'administration (asile, procès). Il
s'ennuie profondément et cherche à faire passer le temps (la journée au balcon). Finalement, qu'il soit en prison ou chez lui le dimanche, l'ennui est presque le même. Cet ennui, cette routine,
cette habitude, tous ces éléments reviennent régulièrement dans le roman. « Pour moi, c'était sans cesse le même jour qui déferlait dans ma cellule et la même tâche que je poursuivais. » Le mythe
de Sisyphe.
Meursault / Sisyphe
Et Camus pense qu'il faut penser que Sisyphe est heureux d'accomplir cette tâche. Peu importe la signification de cette tâche. Meursault est ainsi. Il vit l'instant présent. Il aime le soleil,
plonger dans la mer, embrasser Marie, le goût du sel et cette nature algérienne - méditerranéenne -, une vie simple comme le repas au cabanon de Masson. On retrouve de larges souvenirs de
Noces dans cette première partie de L'étranger. Meursault est un homme sensible. Quoiqu'il en laisse paraître. Sa sensibilité n'est pas en liaison avec la société. Elle est
directement connectée à la nature, à son environnement sensible.
Le meurtre en lui-même, même s'il dévoile la sensibilité du narrateur, est absurde. Meursault n'a aucune raison de tuer l'Arabe. J'ai lu quelques commentaires de lecteurs exprimant qu'il
s'agissait d'un crime raciste, mais il ne s'agit pas du tout de cela. En dépit des apparences et de notre regard biaisé contemporain, Arabes et Français vivaient en bonne entente à Alger avant
l'indépendance. Le meurtre est absurde car Meursault tue un homme armé sans raison. Ce n'est pas de la légitime défense. Et il vide son chargeur sur le corps inerte de la victime. C'est ainsi que
le roman bascule.
Le procès qui s'en suit est vécu par Meursault comme un évènement extérieur. La rencontre avec le juge instructeur fervent croyant, ou encore l'aumônier. Tout le procès semble absurde, tant
l'avocat général cherche à montrer que le fait que Meursault n'ait pas été triste le jour de l'enterrement de sa mère était la principale raison de son culpabilité dans le meurtre de l'Arabe.
Meursault n'éprouve aucune culpabilité, aucun remords. C'est un personnage qui paraît bien insensible à la justice des hommes, quoique quelques répliques finales montrent le contraire. Il trouve
cela complètement injuste.
A aucun moment Camus ne cherche à montrer la culpabilité de Meursault. Cela ne fait aucun doute, finalement, même si tout concours à montrer le contraire. En réalité, les propos de Camus sont
bien plus généraux que le simple crime de son personnage : il parle de l'ennui de l'existence (la prison de Meursault n'est pas tellement différente de la pièce de son appartement dans
laquelle il était enfermé dans la première partie du roman), de l'absurdité de la condition humaine, de l'injustice de la justice, de l'inadéquation entre le crime et la sanction ou encore de
l'inutilité de la privation de la liberté.
Le style
La sobriété du style de Camus est superbe : avec concision, il atteint une sorte de vérité littéraire. Son héros, dénué de caractéristique psychologique, n'en est pas moins sincère dans ses
propos, vrai dans son style.
Un livre essentiel dans la littérature française. Il me fait penser au Désert des Tartares de Buzzati.
Voici une critique de roman assez intéressante : Etranger à soi-même...
Lecture commune organisée par HambreElie dans le cadre du challenge Camus.

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Lundi 22 février 2010
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07:52
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Publié dans : Vie du Blog Lectures
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Par Julien
6
Lundi 15 février 2010
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/2010
06:00
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Publié dans : BD
-
Par Julien
Editeur : Casterman
Publication : Septembre 2007
Pages : 68
Un conte pour enfant
Avec un joli dessin, Jirô Taniguchi présente un conte pour enfant, à mi-chemin entre Totoro et Le Tombeau des
Lucioles, autour des deux enfants dont le père est mort et la mère assez gravement malade, autour d'une montagne avec les ruines d'un château et un mythe de sorcellerie, autour de la nature.
Tantôt réaliste (tout le début), tantôt fantastique (les salamandres parlent, la visite fantôme des enfants et du père à l'hôpital), ce conte dessiné distille des valeurs louables, basées sur le
courage, l'aide aux plus faibles, la préservation des ressources naturelles...
Une lecture facile. On a envie de dire "C'est mignon !"...
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Jeudi 11 février 2010
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06:00
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Publié dans : Littérature française
-
Par Julien
Editeur : Pocket (Pocket Classique)
Publication : Juin 1998
Pages : 450
Un chef-d'oeuvre
J'ai cherché à plusieurs reprise la meilleure manière de présenter ce compte-rendu sur Madame Bovary de
Flaubert. A vrai, dire, je suis désarçonné. J'ai innocemment emporté ce roman avec moi, en vacances, lorsque je suis parti au Portugal en octobre. Vous savez : les transports, l'attente dans
l'aéroport, à la gare, dans les bus. Quelques soirées à l'hôtel, hésitant entre la Nouvelle Star en portugais et une normande volage.
Pourtant, dès les premiers mots, c'est le style de Flaubert qui s'impose. Le voyage est là et bien là : un voyage dans le temps, à une époque où les auteurs maniaient leurs textes avec une
virtuosité déconcertante, retouchant chaque phrase pour la ciseler à la perfection, pesant chaque mot, élaborant des personnages attachants, élevant le sentiment de grandeur du lecteur dans ces
situations parfois si communes. Flaubert est absolument génial et atteint certainement avec Madame Bovary une sorte de Saint-Graal de la littérature. Qu'il est bon de lire ces livres qui
vous rappellent ce qu'est un chef-d'oeuvre de la littérature française. Il ne m'arrive pas souvent d'aimer un livre à ce point, pour le style de son auteur essentiellement. L'histoire n'est qu'un
prétexte. Mais quel prétexte !
La morale de l'histoire
Il y aurait tant à dire sur ce roman, mais tout a déjà été dit, et d'une bien plus fine manière que je ne saurais jamais le faire. Avec mon regard masculin, j'ai été pris de compassion pour
Monsieur Charles Bovary, ce brave homme - un looser, c'est sûr - qui finalement introduit et termine cette histoire, dont on suit l'histoire tragique, et qui n'existe réellement que par
sa femme adultère. La morale de cette histoire est certainement plus complexe qu'elle n'y paraît. Ce n'est pas forcément pour celà que je lis aujourd'hui Principia Ethica du philosophe
analytique George Edward Moore, mais cela m'aidera à comprendre ce qui est bon, ce qui est bien et ce qu'est le bien. Car tout le roman de Flaubert se décline autour de l'amour, de la passion et
de la morale.
Et les romans, sont-ils mauvais pour la santé mentale ?
A noter, les prémices de Bouvard et Pécuchet (roman beaucoup plus ennuyeux mais tellement ambitieux de Flaubert) se retrouvent dans les dialogues passionnants qui mettent en scène
Homais, le pharmacien du pays, qui quoique fabuleusement énervant, n'en lâche pas moins certaines réflexions de l'auteur sur la science, sur la religion, sur la médecine (et son application
illégale) et sur la politique. Cette Madame Bovary est d'une richesse formidable. A mettre entre toutes les mains, très certainement !
Autre note de lecture : l'épisode de l'opération du pied bot d'Hippolyte, qui se termine par une amputation, m'a particulièrement marqué. Flaubert montre un talent de conteur habile, mêlant
termes techniques et comportements psychologiques particulièrement abjectes des "médecins". Homais y est odieux et obséquieux, Bovary complètement manipulé et dépassé, Canivet impitoyable.
Hippolyte, qui se portait parfaitement bien avant l'opération malgré son pied bot, est victime du désir de puissance des hommes de science. Malheureusement toujours
d'actualité...
7
Mardi 9 février 2010
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/2010
23:06
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Publié dans : Vie du Blog Lectures
-
Par Julien
Bouncy Ball Installation par Nike Sawas
« Pour qu'un évènement soit grand, deux conditions doivent se trouver réunies :
la grandeur du sentiment chez ceux qui l'accomplissent et la grandeur du sentiment chez ceux qui en sont les témoins. Aucun évènement n'est grand en lui-même ; des constellations entières peuvent
disparaître et des nations périr, de vastes royaumes peuvent surgir et des guerres dévorer des forces immenses, et le vent de l'histoire passe sur de telles choses comme sur de légers flocons.
Mais il arrive aussi qu'un puissant parmi les hommes frappe un grand coup qui tombe sur le rocher sans y laisser une trace. Un écho retentit, sec et sonore, et puis plus rien. Aussi l'histoire ne
trouve-t-elle presque rien à dire de ces évènements en quelque sorte amortis. C'est pour cela qu'à l'approche de tout évènement important chacun se demande avec inquiétude si ceux qui vont y
assister en seront réellement dignes. Dans les plus petites comme dans les plus grandes choses, dès qu'on agit, toujours on compte une réceptivité qui réponde à l'action ; reste à celui qui veut
donner de trouver des preneurs capables d'apprécier le sens de ses dons. »
C'est par cette longue citation de Nietzsche, extraite de l'incipit de Richard Wagner à Bayreuth, que
j'évoque plusieurs faits récents - le plus récent étant très certainement cette belle rencontre entre blogueurs à Marseille. La Liseuse ne put malheureusement pas se joindre à nous, mais
ce ne sera que partie remise. Par cette belle journée ensoleillée où la tiédeur du temps évoquait déjà les douces heures du printemps (les glaces gourmandes de l'après-midi n'en étaient qu'un
nouveau rappel), Kalistina et Edelwe eurent la
bonne idée de réunir quelques lecteurs anonymes (Ellcrys et moi-même). Mettre un prénom derrière ces pseudonymes, un visage à
la place de ces avatars, une voix pour couvrir ces mots, voilà une étrange sensation. Rapidement les livres monopolisaient les conversations, les blogueurs racontaient les fondations de leurs
maisons virtuelles. Puis vint l'heure des souvenirs, des premières lectures, des découvertes littéraires, des expériences de bookcrossing, des rencontres d'auteurs aux salons du livre - de
Fuveau, de Montreuil, de Marseille, de Toulon, et puis un jour peut-être de Paris -, des déceptions, la triste remémoration de la disparition de Pierre Bottéro. Pourtant, la grandeur des
sentiments prit le dessus et de nouveaux défis émergèrent de cette rencontre. Seul l'avenir - enfin l'Histoire si chère à Nietzsche - vous en révèlera les conséquences !!
En quelques mots, il fallait venir pour voir cela. Bizarrement, je n'ai rien mangé le soir. Sûrement, l'estomac
noué par le stress de découvrir des inconnus ;) Sûrement !
7
Mardi 12 janvier 2010
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12
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/2010
06:00
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Publié dans : Fouillis littéraire
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Par Julien
Les livres nous racontent des histoires...
C'est ce que le New Zealand Book Council nous montre dans ce clip admirablement réalisé : Where books come to life.
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Dimanche 10 janvier 2010
7
10
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/Jan
/2010
06:00
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Publié dans : Dimanche poétique
-
Par Julien
Black-capped Chickadee par Josh Brill (cf. Lumadessa)
Sur une idée de Celsmoon : le Dimanche
Poétique.
Certes 2010 est l'année de la Russie. C'est toutefois également l'année de la Biodiversité - ne me demandez pas
la définition de ce mot employé certainement à tord et à travers. Lorsque je ne suis pas sur ce blog à parler de quelques lectures annuelles - et ces derniers temps, je n'y étais pas beaucoup,
c'est vrai ! -, je suis quelque part dehors, dans le monde réel, tangible, sensible. Probablement à regarder quelques oiseaux ou animal marin, sous le soleil, sous la grisaille, dans le
vent.
La poésie est un excellent pont entre le monde du vivant et le monde des lettres. Plus que le roman ou l'essai, ou au moins autant que le polar (en matière de vivant, ce genre là n'est pas en
reste, et je ne pense même pas une seconde à l'excellent Vol des cigognes). La poésie est parfois la mise en mots, sur papier, de ce qu'on peut ressentir dehors. C'est bien souvent
indicible. Et pourtant, tout le talent des poètes est de nous surprendre, de nous faire comprendre que ce que nous lisons à haute voix titille le souvenir de ce que nous avons déjà ressenti,
l'espace d'un instant, dans le monde sensible.
Saint John Perse est de ceux-là, qui savent parfaitement conjuguer les mots et le monde sensible. Qui d'autre possède une telle ambivalence, une telle schizophrénie pour pouvoir être homme
d'Etat et poète de manière si distincte ?
Saint John Perse connaît parfaitement le monde, la Nature. Il est également bon ornithologue. Et il a vécu et est aujourd'hui enterré à quelques encablures de chez moi. Sa dédicace me touche
donc profondément. Une sorte de miroir de mon existence. A moins que je ne cherche trop l'ombre du reflet du poète.
Dédicace
Midi, ses fauves, ses famines, et l'An de mer à son plus
haut sur la table des Eaux...
- Quelles filles noires et sanglantes vont sur les sables
violents longeant l'effacement des choses ?
Midi, son peuple, ses lois fortes... L'oiseau plus vaste sur
son erre voit l'homme libre de son ombre, à la limite
de son bien.
Mais notre front n'est point sans or. Et victorieuses
encore de la nuit sont nos montures écarlates.
Ainsi les Cavaliers en armes, à bout de Continents, font
au bord des falaises le tour des péninsules.
- Midi, ses forges, son grand ordre... Les promontoires
ailés s'ouvrent au loin leur voie d'écume bleuissante.
Les temples brillent de tout leur sel. Les dieux s'éveillent
dans le quartz.
Et l'homme de vigie, là-haut, parmi ses ocres, ses craies
fauves, sonne midi le rouge dans sa corne de fer.
Midi, sa foudre, ses présages ; Midi, ses fauves au forum,
et son cri de pygargue sur les rades désertes !...
- Nous qui mourrons peut-être un jour disons l'homme
immortel au foyer de l'instant.
L'Usurpateur se lève sur sa chaise d'ivoire. L'amant se
lave de ses nuits.
Et l'homme au masque d'or se dévêt de son or en l'honneur de la Mer.
Il y a bien évidemment plusieurs lectures possibles à ce poème. La simple lecture disons... "géographique" est
une dédicace à la région dans laquelle il se sentait à son aise. Relisez ce poème après quelques jours au bord de la Méditerranée (ou faîtes un appel à vos vieux souvenirs), et vous comprendrez
la portée de cette première lecture.
Il y a tant à écrire sur ce poème. Pour les plus curieux, sachez qu'il existe des publications sur l'oeuvre de Perse, notamment Souffle de Perse, Revue de l'Association des Amis de la Fondation Saint-John Perse : un régal pour mieux comprendre l'oeuvre parfois difficile de ce
poème génial.
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