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Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /Jan /2008 22:15
- Publié dans : Littérature française - Par Julien
4 / 5

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Les  lignes de faille sont transgénérationnelles.  Les racines, ce sont les terres. A chaque génération, on rajoute une strate, comme pour couvrir le passé. Mais de temps à autres, avec l'accumulation, les strates travaillent, celles d'en-dessous poussent celles du dessus par endroit, et voilà les failles qui apparaissent.
D'autres fois, cela pend juste au nez, on voit une démarcation. C'est une zone à risque sismique, à tremblement de terre. On sait que tout peut basculer.
Nancy Huston s'amuse avec cela. Les conflits et les liens de génération. On s'entend parfois mieux avec ses grands parents qu'avec ses parents, on a des affinités, des liens de sang plus forts, plus mystiques, car on connaît seulement certaines facettes de la génération n+2, comme on dirait en maths. Alors que la génération n+1, celle-là, on en a subit presque tous les aspects, aussi bien positifs que négatifs.
Et puis, on était trop jeunes, enfants. On ne se rendait pas vraiment compte, - à moins que, justement, on voyait la vérité presqu'en-face et ça nous aveuglait parfois. Les temps changent, et tout ne peut pas être expliqué. Il y a les non-dits, ce qu'on croit être, ce qu'on laisse paraître, et d'une génération à l'autre, on sait mais on ne veut pas accepter.

Toute cette terre mélangée... On sent bien que les plus anciens ont laissé quelque chose. Comme s'il y avait des fossiles par-ci, par-là. C'est une empreinte puissante et subtile, comme un tâche sur le corps, comme une quête commune. Et tout commence par l'oubli.
Car l'oubli est au centre de ce livre. La capacité de pouvoir oublier, fermer les yeux.
C'est une histoire d'oubli, de mémoire et de pardon. C'est une histoire habilement menée, c'est fluide et prenant, c'est simple et fin à la fois.

C'est un livre qui dévoile vos propres lignes de faille...

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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 00:01
- Publié dans : Vie du Blog Lectures - Par Julien
Je prends peu à peu conscience qu'il y a quelques lecteurs qui viennent régulièrement jeter un oeil curieux (mais certainement averti, car j'imagine bien que vous êtes des lecteurs insatiables) sur ces quelques pages.

Je vous souhaite donc mes meilleurs voeux pour 2008 et surtout que vous puissiez lire des livres qui vous bouleversent (positivement bien sûr), qui ne vous laissent pas sans réaction, qui vous donnent envie d'agir, de vivre ou d'espérer, et qui fassent que la littérature reste essentielle pour tout le monde.

Quant à moi, je tiendrai à jour ce blog et je pense enrichir la liste des articles de mes lectures récentes et moins récentes...

N'hésitez pas à me laisser vos commentaires, ce blog ne demande qu'à vivre !

Bonnes lectures !

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Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /Jan /2008 08:45
- Publié dans : Fouillis littéraire - Par Julien
Pour ne pas échapper à la règle, je me suis fixé quelques bonnes résolutions (en fait en décembre 2007, mais c'est peut-être mieux d'anticiper l'année comme cela) :
- lire plus régulièrement,
- mettre à jour mon blog plus régulièrement également.

Deux résolutions seulement, mais il va falloir s'y tenir.

Un exemple de ma PAL (déjà grignotée) :

Auteur Titre Editeur Pages Nb Jours Début Fin
Somoza José Carlos La Caverne des Idées Babel 338 22 24/11/2007 16/12/2007
Huston Nancy Lignes de Faille Babel 468 12 16/12/2007 28/12/2007
Todorov Tzvetan Les Abus de la Mémoire Arléa 61 3 28/12/2007 31/12/2007
Boorstin Daniel Les Découvreurs Robert Laffont 692 35 31/12/2007 04/02/2008

Tout un programme ! Ne vous fiez pas aux nombres de jours, je suis un lecteur très lent et j'accorde de surcroît peu de temps à la lecture dans mon emploi du temps quotidien. Les lectures avanceront donc à mon rythme tranquille...
D'ici là, je continuerai de mettre en ligne les articles de livres que j'ai lu en 2007.

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Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /Jan /2008 23:34
- Publié dans : Littérature espagnole - Par Julien
3 / 5

Voici un livre brillant : l'auteur déroule deux récits en parallèle, celle d'un traducteur et celle de l'objet de sa traduction. Les histoires s'imbriquent, s'enlacent. Somoza est un véritable tisserand  et construit son texte à partir de schéma très structurés (les douze travaux d'Héraclès), mais surtout, introduit son concept d'eidesis, des images dans le texte, indépendantes du récit originel, signalant un message caché.

La Caverne des Idées est brillamment construite, le récit est prenant et comporte de nombreux rebondissements. Il n'y aurait pas grand chose à reprocher à Somoza, si ce n'est justement cette construction parfois trop lourde, ses personnages un peu convenu et des rebondissements souvent un peu trop deus ex machina. Cela fait partie du jeu, quand on construit une trame à la fois si complexe et si structurée, cela laisse parfois peu de place pour respirer.

Une lecture à conseiller cependant.


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Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /Jan /2008 23:09
- Publié dans : Littérature américaine - Par Julien
3 / 5

Le style de Percival Everett est suffisamment original pour valoir le détour. L'histoire est entrecoupée de saynètes, de pensées (au sens pascalien), d'extraits de pièce de théâtre, d'extraits de roman, en un sens de tout ce qui compose l'univers du personnage, Thelonious Monk Ellison, un écrivain un peu trop intellectuel. Effectivement, toutes ces interruptions du récit montrent à quel point Monk est en décalage avec le commun des mortels, faisant d'Effacement un roman forme-sens. Ajoutons à cela, le brillant passage sur le livre du personnage Monk, une excellente mise en abyme.
Cependant l'univers de Monk ne me semble ni réaliste (le décès de sa soeur, l'homosexualité de son frère, la maladie de sa mère, ses propres doutes, tout cela lui tombe dessus d'un seul coup), ni intéressant (Percival Everett ne parvient pas à me capter !). Je me suis pourtant prêté au jeu.

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Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /Jan /2008 22:37
- Publié dans : Littérature française - Par Julien
2 / 5

Laurent Gaudé est le lauréat du Prix Goncourt 2004 avec ce Soleil des Scorta.
Peut-être faut-il être allé dans les Pouilles pour apprécier ce livre à sa juste valeur ? J'ai pourtant essayé de me mettre dans les bonnes conditions : la plage méditerranéenne au mois d'août, le sable brûlant... Mais je n'ai pas réussi à "rentrer" dans ce livre. La destinée des Scorta m'a laissé de marbre !
Rien dans le livre ne m'a paru suffisamment consistant, ni dans le sujet, ni dans le style, et c'est malheureusement une grosse déception.

Je n'en resterai cependant pas là avec Laurent Gaudé, et tenterai la lecture de La Mort du roi Tsongor
prochainement.

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Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /Jan /2008 22:14
- Publié dans : Littérature américaine - Par Julien
4 / 5

Russell Banks est particulièrement brillant lorsqu'il s'agit de rentrer dans la peau de ses personnages. Dans De Beaux Lendemains, l'histoire tourne autour de l'accident mortel d'un bus de ramassage scolaire. Tourne autour, car chacun des personnages - ils sont quatre - raconte l'histoire de son propre point de vue.

Le sujet principal de ce livre est la question de responsabilité. L'avocat Mitchell Stephens est le personnage autour duquel la responsabilité, les coupables et les raisons du drame gravitent. Mais ce n'est pas lui le maillon essentiel de la chaîne. Et c'est ce que Russell Banks veut nous montrer très subtilement. Chacun des personnages, à son tour, aura sa part de responsabilité dans l'après-accident, car chacun devra vivre avec cela, une perte, une culpabilité, un désir de vengeance ou un handicap.

Le récit m'a laissait une impression de crescendo pour atteindre le paroxysme avec l'histoire de Nicole Burnell, qui montre le pouvoir du pardon, avec une mélancolie indescriptible.


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Lundi 19 février 2007 1 19 /02 /Fév /2007 06:20
- Publié dans : Littérature française - Par Julien
2 / 5

Ce livre a remporté le prix Renaudot 2004. Je pensais que c'était la première fois que je lisais un prix Renaudot, mais j'ai appris par la suite que Voyage Au Bout de la Nuit avait remporté le prix en 1933. Rien de moins. Voici toute la difficulté de juger de la qualité d'un livre couronné d'un prix : s'agit-il d'un prix de complaisance, de compassion, ou par défaut, parce que cette année-là, il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent ? S'agit-il d'un prix remis pour la qualité littéraire, pour le sujet qui fait écho à cet instant à un certain regard de la société ? Je pense qu'il ne faut pas oublier que les prix sont "datés", c'est-à-dire qu'ils répondent à l'attente d'une année et ne couronne pas nécessairement les livres intemporels que les lecteurs futurs liront toujours avec la même fièvre... Ici, pour ce premier prix remis à titre posthume, nous ne sommes pas dans la même guerre que celle qui entraîne Bardamu : la débâcle française de juin 1940 dont un résumé correct se trouve sur ce lien.

Le livre laisse un goût d'inachevé. Pas seulement dans le dénouement, mais dans la construction. Les personnages sont sans relief, les histoires mal traitées ; l'ensemble manque de liens, de liant. Le style est très scolaire, peut-être même un peu raté dans le sens où le vocabulaire est pauvre et les phrases quelconque. La critique est facile, certes, mais quand on commence à remarquer tous ces détails, c'est aussi que l'intrigue n'est pas au rendez-vous.
Les portraits du milieu bourgeois, à grands coups de pinceaux, n'apportent pas grand chose au ressort dramatique. On sent néanmoins un certain potentiel dans ce livre, inexploité, sous-jacent, qui à tout moment semble pouvoir surgir, sans jamais s'accomplir. C'est sans doute la raison pour laquelle j'ai poursuivi la lecture jusqu'à la dernière page, toujours dans l'espoir de voir décoller une intrigue.
A moins d'être un fervent admirateur des histoires de la seconde guerre mondiale, je ne conseille pas ce livre, en dépit de son estampe "Prix Renaudot".

Pour terminer sur une note plus positive, le traitement du rôle des femmes pendant la débacle est particulièrement intéressant, surtout dans Dolce. Il y a de plus de nombreuses réponses aux interrogations que peut se poser celui qui voit l'événement de loin : pourquoi les français n'ont-ils pas réagi face à l'occupant ? pourquoi certaines femmes ont-elles succombé à des officiers allemands ? pourquoi n'y avait-il pas plus de résistants ? Tout ce qui nous semble évident aujourd'hui parce que nous ne vivons pas en temps de guerre... parce que nous ne nous rendons pas compte de ce que c'est. Le livre d'Irène Némirovsky est là pour cela. Pour nous faire prendre conscience de toute la difficulté de concilier instinct de survie familial, intérêt communataire et sentiment patriotique.


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Lundi 9 octobre 2006 1 09 /10 /Oct /2006 22:35
- Publié dans : Littérature française - Par Julien

5 / 5


C'est l'histoire d'un chef-d'oeuvre absolu de la littérature. Et c'est là que le bas blesse : son auteur pourrait probablement être exécrable, il a quand même digéré une existence de chair et de sang, de souffrance et d'abandon, de douleur et d'absurdité. C'est un voyage qui se passe dans la tête. La nuit, c'est le monde, le monde en pleine ébullition du début du XXème siècle. A l'aube d'un monde de tortures et de terreurs, le parcours de Bardamu porte en lui les germes de l'absurdité du monde qui éclora quelques années plus tard.

Je n'ai aucune idée de ce qui a pu être dit sur Céline, de toutes les analyses qui ont pu être faites sur son roman. Ce que je vois quand je lis Céline, c'est une prose explosive, raffinée et brûlante à la fois, entre les enfers et le paradis, une écriture qui vient des tripes et pas seulement celles de l'auteur, mais toutes celles de l'humanité. Car pour écrire ce livre, pour lire et comprendre, avaler, absorber, ce livre, il faut être à l'écoute de l'humanité, celle qui souffre et qui nous regarde avec ses yeux pourris, pour nous dire à quel point nous sommes pourris et misérables. Et quand on fouille dans cette pourriture, à force de remuer, on finit par trouver.

Car sous ces litres de fanges, Céline nous laisse entrevoir l'espoir, le nécessaire espoir, et même si personne n'y croit plus, si personne ne veut plus y croire, tout ce monde-ci n'est pas vain, toute cette nuit n'est pas sans espoir. Il est évident qu'au bout de la nuit, il y a l'aube, mais quelle aube ? Celle des camps de concentration ? Celles des bombes nucléaires ? Celles de l'exploitation des richesses par les grandes puissances, ces colons qui agissent à visages masqués ?

Malgré l'absurdité du monde, tel qu'il est vu par Céline, tel qu'il est réellement, je ressens derrière chaque lueur dans ce livre, les éclats de l'aube que Céline aurait voulu, un éternel recommencement, auquel s'ajoute la conscience collective, plus important que tout le reste. Le monde n'est pas sans espoir, après la nuit, viendra la lumière. Fiat lux.

Pour être honnête, il m'a fallu presque un an pour terminer ce livre. Mais c'est sans conteste le livre le plus marquant de cette année et peut-être même de ces dernières années. En faisant abstraction de tout ce qui a pu être dit sur l'auteur et de tout ce que Céline aura pu faire, je trouve qu'il y a indéniablement du génie dans chaque paragraphe de ce livre. Un génie de la littérature pour moi.


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Mardi 3 octobre 2006 2 03 /10 /Oct /2006 00:11
- Publié dans : Littérature russe - Par Julien

  3 / 5

 

 


Quatre nouvelles de Tchekhov sur la Russie de la deuxième moitié du XIXème siècles. On pénètre dans une Russie provinciale et pauvre avec Une Rencontre. Le ton est lancé avec une citation de Maximov en exergue. Efrème Denissov, avec son canasson et sa télègue, avec son tronc rempli de pièces et ses billets collés sur sa poitrine, avec toute la lassitude de la Russie au crépuscule de sa splendeur, fait la quête pour un église détruite par la foudre. A l’orée d’une sombre forêt, il rencontre Kouzma, un insatiable fauteur de trouble, beau parleur de surcroît. Kouzma va voler et dépenser une partie de l’argent récolté par Denissov, agresser le prêtre. L’autre prônera la non-violence et l’indifférence, prétextant que l’argent volé était l’argent de Dieu et que Kouzma n’aura qu’à s’arranger avec ce dernier le moment venu. Difficile de supporter l’indifférence d’Efrème face à l’idiotie de son agresseur.


Pourtant, on comprend qu'il y a beaucoup plus de profondeur dans la signification de cette nouvelle qu'il n'y paraît de prime abord. La rencontre n'est pas seulement celle de Denissov et de Kouzma : c'est également la rencontre entre deux visions du monde antagoniste, la rencontre entre la foi et le pragmatisme, entre le bien et le mal, entre la violence et la paix, entre le malicieux et le débonnaire. Denissov semble être le grand perdant de cette rencontre, mais il en retire peut-être encore plus de sagesse.


Dans les trois autres nouvelles, Les Feux, Chez Des Amis et La Fiancée, ce sont les thèmes de l’empreinte de l’homme sur Terre, de la mémoire et de l’oubli, et de la vanité de l’existence humaine qui sont présents. Dans Les Feux, Tchekhov, ou son double, raconte la discussion d’un soir dans un endroit perdu où un ingénieur et un étudiant palabrent sur la futilité de l’existence. La nouvelle fait penser à une ébauche du travail de Stéphane Zweig, de mise en abyme du récit, lorsque Ananiev raconte son histoire d’amour déçue avec Kissotchka, un amour d’enfance retrouvé plusieurs années plus tard, la marque du temps ayant ravagé l’existence de la jeune femme.    


Dans Chez Des Amis (quels amis !), le narrateur, surnommé affectueusement Micha, se rend dans la propriété des Lossev qui cherchent à éviter leur ruine et espèrent que leur hôte se décidera enfin à épouser la cadette Nadejda. Le maître de la propriété, Sergueï est l’archétype de l’alcoolique débonnaire qui va conduire son entreprise et toute sa famille à la ruine. Malgré une volonté vigoureuse de s’en sortir, Tatania, l’aînée, est impuissante. Micha, qui hésite certainement à sauver la famille, finit par fuir cet endroit, bien décider à oublier toute cette fâcheuse décadence.  


Dans La Fiancée, Nadia, promise à un homme qu’elle n’aime pas, s’éprend de Sacha, décide de fuir sa famille en pleine décrépitude avec lui, mais ne lui avoue pas son amour et part à St Petersbourg, pour ne revenir chez elle qu’un an après. Elle revoit Sacha, malade et s’inquiète de sa santé. Elle se rend compte que tout a changé (elle a changé), et quand elle reçoit un télégramme qui lui annonce la mort de Sacha, elle découvre enfin qu’elle est libre, que plus rien ne la retient.


Dire que Tchekhov écrit sur le pessimisme, c’est peu dire. Il n’y a pas d’intrigue complexe ici, pas de rebondissement, rien de fantasque ou d’onirique. Ce sont juste des destins ordinaires, tellement ordinaires qu’ils nous en retournent l’estomac. On en sort secoué, et chaque décision de notre existence, tous ces instants qui font que notre vie prend un cours et pas un autre, une voie et pas une autre, tous ces moments dont on sait qu’ils sont important à l’instant où nous les vivons et qui restent gravés dans la mémoire, resurgissent à chaque fois que l’on se demande où on en est. Où en sommes-nous de nos existences ? Voilà ce que nous demande Tchekhov. Comme ses personnages, sommes-nous perdus dans l’immensité de la vie, sommes-nous tristes, accablés par le sort, notre destin nous convient-il ? Ne sommes-nous pas qu’un maillon infime de l’humanité, elle-même ridicule, dans l’Univers ? On pourrait résumer par cette phrase d’Ananiev : « les pensées de tout homme sont aussi dispersées, aussi désordonnées que ces feux ; leur orientation unanime vers un but lointain demeure obscure, et, sans rien illuminer, sans dissiper les ténèbres, elles s’évanouissent au terme de notre existence… » (Les Feux).  


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Lundi 11 septembre 2006 1 11 /09 /Sep /2006 14:03
- Publié dans : Littérature américaine - Par Julien

4 / 5

 Russell Banks a certainement du talent. Du talent pour raconter l'histoire d'un gamin de 14 ans, Chappie, qui n'est plus tout à fait un gamin. Chappie, avec son mohawk et son tatouage, se définit comme un mall rat échoué dans une minuscule ville américaine, Au Sable (NY). Il cherche à fuir son univers familial ravagé (mère alcoolique, beau-père pervers) en dealant et en se droguant avec son ami Russ. On sent que c'est encore un gamin, au début du livre, et on sent bien que ce qu'il va endurer va le faire mûrir, mais on ne sait pas vraiment comment. Un fruit qui mûrit trop vite à tendance à pourrir... Une rencontre dans le centre commercial - un canadien accompagné d'une petite-fille - va être le point de départ d'un voyage initiatique qui conduiront Chappie à la découverte progressive de sa véritable identité : Bone.

Il est difficile d'en dire plus sur l'histoire sans en gâcher l'effet de surprise. Non pas qu'il y ait des rebondissements extraordinaires - extraordinaires non... Mais il n'en reste pas moins que les rebondissements sont autant de pistes pour Bone de réfléchir à son identité, de se positionner entre le bien et le mal, d'évoluer subtilement - à la manière du roman subtilement ficelé de main de maître par Russell Banks. Certains évènements du début ont une importance capitale dans l'apprentissage de Bone, même s'il ne s'en rend compte qu'à la fin. Il y a même quelques références amusantes à d'autres livres de l'auteur, histoire de construire un univers cohérent, dans lequel chacun des personnages à un chance de rédemption.

 


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Samedi 9 septembre 2006 6 09 /09 /Sep /2006 14:13
- Publié dans : Littérature sud-américaine - Par Julien

2 / 5

En 1973, au Chili, Mario Jimenez devient le facteur de Pablo Neruda, réfugié sur l'Île Noire. Petit à petit, les rapports des deux hommes se transforment en amitié et Mario demande à son illustre aîné de lui enseigner la poésie, afin de séduire la belle Beatriz Gonzalez, fille de la patronne de l'auberge. Le poète accepte d'aider le jeune homme et celui-ci conquit le coeur de sa belle, malgré la vigilence de la mère envers l'illusion de la poésie et la tromperie des hommes. Tout cela sur fond d'élection présidentielle chilienne remporté par Allende, avec Pablo Neruda nommé ambassadeur à Paris.

Ce livre m'a été prêté par un collègue enthousiasmé par sa lecture. Même s'il se lit aisément, je n'ai pas pris un plaisir énorme à le lire : j'ai trouvé l'histoire assez plate et je ne sais pas si le traducteur a réussi à rendre fidèlement le style de l'auteur. Si quelques détails historiques, qui m'ont permis de faire des recoupements avec le livre d'Isabel Allende Mon Pays Réinventé, m'ont accroché, l'histoire en revanche n'était sans doute qu'un prétexte à la mise en exergue du poète Pablo Neruda.


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Samedi 9 septembre 2006 6 09 /09 /Sep /2006 14:08
- Publié dans : Littérature espagnole - Par Julien

 Attention... La lecture de ce livre peut vous marquer quelques temps... Mais si vous ne voulez pas vous laisser influencer par des critiques élogieuses sur un livre, ne continuer pas cet article et ne chercher pas à savoir ce qui se dit sur ce livre. Acheter le livre, lisez-le et revenez ici lire la suite. C'est certainement le genre de livre que j'aimerais à nouveau avoir la chance de lire pour la première fois, de redécouvrir à nouveau. En général, je ne relis pas un livre que j'ai déjà lu, sauf chef-d'oeuvre. Et assurément, je relirai l'Ombre du Vent.

C'est avec ce genre d'ouvrage qu'on se demande ce qui distingue un livre quelconque d'un grand livre, et ce qui fait qu'un grand livre deviendra un grand livre de la littérature. Il y a réellement un phénomène autour de ce livre, les gens l'apprécient. Est-ce que dans cinq ans, dans dix ans, on le lira avec autant d'intérêt ? C'est prendre un risque que d'affirmer qu'il restera lu, mais je veux bien prendre le risque car j'ai rarement autant été marqué par la lecture d'un livre, sans qu'il ne remette en cause mes convictions profondes sur le monde qui m'entoure. Sentiment très difficile à exprimer, mais il ne faut pas s'attendre à lire du Sartre, du Camus, du Céline ou du Malraux. Ce n'est pas de la littérature engagée mais un roman d'apprentissage, un roman sur les livres, sur l'amour et l'amitié, sur le bonheur en quelque sorte. Car pour un amoureux des livres, l'Ombre du Vent parle d'amour et de bonheur.

Le livre est vraiment bien construit avec de nombreuses mises en abyme et une intrigue bien ficelée. Le suspens est au rendez-vous, les personnages sont truculents et la poésie est présente partout, dans chaque recoin du roman. Qu'on nous raconte encore des histoires comme celle-là !
Pour le synopsis : Daniel Sempere nous raconte comment son père, libraire passionné, le conduisit un petit matin de 1945 dans le Cimetière des Livres Oubliés, afin d'y prendre un, et un seul livre. Dans le dédale de la bibliothèque cachée, Daniel met la main sur son destin, sur un livre qui le marquera à jamais : L'Ombre du Vent. Tout le reste découle de cette rencontre entre un jeune garçon et ce livre écrit par un illustre inconnu Julian Carax. Parfois aux limites du fantastique, les histoires s'imbriquent et font jaillir tout ce que la vie comporte d'émotions, de joies et de douleurs.

Sur les blogs des internautes ou sur le net, les critiques encensent ce roman. La critique du magazine Lire en dit long également.


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Samedi 9 septembre 2006 6 09 /09 /Sep /2006 14:05
- Publié dans : Littérature américaine - Par Julien
Siri Hustvedt

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