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Le principe d'Heisenberg

L'un des grands principes de la mécanique quantique est que l'observateur d'une expérience interfère nécessairement avec les résultats de celle-ci, de telle sorte qu'il est impossible de déterminer expérimentalement certaines conclusions théoriques. Ceci se fait un peu à l'image de la philosophie kantienne qui montre que la connaissance de la chose en soi ne peut pas être atteinte dans la mesure où elle n'est pas accessible par l'expérience (la conscience de l'être humain). En gros, on ne peut pas connaître certains trucs. Il en va de même avec le succès littéraire. Il y a ce que la raison détermine (la théorie) et ce que le coeur ressent (l'expérience). En théorie, le roman de Virginie Langlois est plutôt une réussite. Mais l'expérience a été faussé par ma présence de lecteur qui n'a pas aperçu le résultat des ingrédients qui compose l'ouvrage : amour, science, intrigue, poésie... tout semble s'être volatilisé, peut-être mélangé et dénaturé, évaporé, sous les effets ravageurs de cette mécanique quantique...

Sous des aspects d'intrigue policière, le roman met en parallèle (dans quel espace les parallèles se croisent-elles ?) deux affaires, l'une à Sanary sur Mer, ville tranquille de la côte varoise où une fausse poupée russe atteinte de cécité convoque les flèches de cupidon pour attirer dans ses mailles un peintre visionnaire sympathique ; l'autre, outre-atlantique, qui présente un étudiant à la limite de l'autisme, un professeur simili-fol-dingue à la limite de l'espion génial et une bande de rigolos de la NSA.

L'intrigue n'est pas tellement complexe, mais elle a le mérite d'exister et de donner un peu d'entrain au roman.
En effet, le style est intéressant (c'est-à-dire qu'il n'est pas mauvais), mais il semble manquer quelque chose, que l'intrigue comble partiellement, mais qui laisse le lecteur sur sa faim. La psychologie des personnages est presque trop conventionnelle, et pourtant Virginie Langlois a déployé des subterfuges assez fins pour donner un peu de consistance à ces héros ordinaires. Les descriptions frisent pourtant le stéréotype dans bien des cas (Patricia, un personnage de garçon manqué, Alessandra, la poupée russe trop intelligente et trop sensible, Yannick le bougon rustre, Sachs le peintre sans saveur, Greg le gentil étudiant) ; les dialogues manquent de spontanéités, l'anti-américanisme primaire fait penser à celui de "La Reconstruction" d'Eugène Green (non pas ce livre !).

Vouloir tout raconter et le lecteur devient passif

Je pense que ce qui est le plus dommageable, c'est de vouloir tout expliquer, jusqu'à des traits psychologiques qui auraient pu transparaître en filigrane lors de la lecture. En essayant de justifier tous ses propres choix, d'une part le lecteur peut penser que l'auteur le prend pour un imbécile, et d'autre part cela montre que l'auteur n'a pas confiance en son talent pour créer un roman de qualité.
Pourtant, moi lecteur, j'ai eu envie d'en savoir plus, de tirer sur ce fil d'intrigue qui allait m'emmener dans un quelconque labyrinthe, pourvu qu'il me mène quelque part où il se passe quelque chose qui élève mon esprit. N'allez pas dire que je tire des ficelles là où il ne faut pas... Toute fiction est potentiellement un bien pour l'esprit, pourvu que l'auteur y ait mis toute sa sueur d'écrivain et tout son talent...

On ne peut pas avoir la même attente d'un roman sans autre prétention que de divertir que d'un roman d'apprentissage de l'existence ; on ne peut pas avoir la même attente d'un jeune auteur prometteur que d'un vieil écrivain nobellisé. Il faut être réaliste. La note que j'ai attribué à cet ouvrage reflète non le talent de la romancière mais le plaisir que j'ai pris à le lire. Très franchement, ce livre n'est pas mauvais, et de nombreux lecteurs (et nombreuses lectrices) le trouveront certainement excellent - c'est d'ailleurs pourquoi je le recommande à tous. Toutefois, ce roman ne semble pas devoir laisser une trace indélibile dans mon esprit.

J'ajouterai que Virginie Langlois s'est bien documentée pour écrire ce roman, parfois proche du thriller et qu'elle a sans doute réalisé un gros travail pour préparer son intrigue. Cela rattrape un peu le sentiment de facilité ou d'explications systématiques. Dans le domaine des explications, les parties finales sur la mécanique quantique sont très accessibles et certaines métaphores (déjà connues ou nouvelles) permettent de bien découvrir cet aspect de la physique (c'est toujours une bonne piqure de rappel qui intervient à un bon moment de l'intrigue).

Je suivrai néanmoins avec plaisir cet écrivain sympathique qui pour son second roman laisse transparaître une grande... potentialité ;)
Tag(s) : #Littérature française

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