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Fouiller

Samedi 22 novembre 2008

Comment écrit-on hurluberlu ?

Le simple fait de demander un autographe à un auteur me fait passer pour un ovni auprès de mes petits camarades. A l'approche de l'un des plus grands salons du livre de la planète entière, certains ne comprennent pas que je m'apprête à demander aux futurs peut-être grands de la littérature française (JM Blas de Roblès, Catherine Cusset, et moins connus mais non moins intéressants, Elisa Brune, Valérie Boronad, Karine Giebel ou Gaëlle Nohant, et peut-être Olivier Descosse), une petite griffe anodine sur un exemplaire de leur propre manuscrit édité sous format broché. Bon, avec cette liste, vous trouverez de quel salon du livre il s'agit ou il peut s'agir...

Mais voilà, la question est tombé : à quoi ça sert ? J'ai tout simplement répondu à rien, car c'est la seule réponse qui peut convenir à cette question, étant donné la tournure et la moue affichée par mon interlocuteur. Inutile de justifier ce qui ne s'explique pas, pensai-je à cet instant, d'autant que le questionnaire n'attends pas d'être convaincu par un quelconque argument, ni même persuadé par ma propre conviction que le plaisir de vivre passe aussi par le plaisir de lire ce que les autres humains ont souhaité nous faire partager.

Et quoi de plus personnel qu'une petit mot, une petite attention, un souvenir indélébile qui nous est directement adressé, et qui restera avec le temps, par cet illustre inconnu dont le nom scintille dans ma bibliothèque comme une étoile variable dans le ciel constellé. Cela peut faire autant rêver que le texte lui-même, cette simple dédicace.

Cela ne sert à rien, et alors ?

C'est vrai que cela peut sembler puéril, mais cela m'oblige à aborder un inconnu pour lui demander quelque chose, et il ne faut pas dire n'importe quoi même s'il n'y a rien à dire en général (en dépit de la répétition des platitudes, j'imagine que les auteurs préfèrent entendre "j'aime ce que vous écrivez", "je vous ai trouvé pertinent à la télé", "j'attends votre prochain ouvrage avec impatience", plutôt que "signez moi cette page blanche, ça pourrait valoir quelques euros de plus lorsque je vendrais mon lot de livres de poche sur le net"), je ne suis pas certain de mettre un terme à cela quand je serai grand ;)

Que n'aurais-je donné pour que Saint John Perse me serre la main, que Zweig croise mon regard, que je me retrouve dans le même compartiment de train que Buzzati ? Ce n'est rien, et ma vie en aurait-elle été différente que d'avoir lu leur livre ? Probablement pas, mais c'est comme ça. Cela fait toujours un petit quelque chose dans le coeur que la raison, dans sa formidable ignorance des choses sensibles, ne comprend pas.
Par Julien - Publié dans : Vie du Blog Lectures
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