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Editeur : Editions du Masque

Publication : Octobre 2001 (The woman in white, 1860)

Pages : 476


Une lecture commune du Blogoclub.

La lecture de ce roman m'a donné envie de lire "Orgueil et préjugés" de Jane Austen. L'ambiance du livre probablement, l'ambiance victorienne, les dialogues (enfin quelques dialogues) et cette courtoisie de la société des gens bien qui bataillent plus avec les mots qu'avec les armes. C'est assez admirable.

Je n'ai pas trouvé que Wilkie Collins soit un auteur particulièrement génial. C'est un auteur intéressant, qui possède de l'humour, une certaine notion de l'art de mener une intrigue avec talent. La construction de son roman est particulièrement originale, proche du roman épistolaire même si ce ne sont pas exactement des lettres échangés entre les protagonistes, mais plus une sorte de rapport à fournir devant le juge pour justifier de tous les faits et actes des principaux personnages.

Toutefois, j'ai trouvé que certains personnages n'étaient pas assez aboutis, parfois trop changeants. L'intrigue peut parfois laisser penser qu'elle est tirée par les cheveux (la partie où Hartright essaie de récupérer le titre de lady Glyde est assez bancale), même si de très bons passages émergent du roman. Les dialogues, s'ils sont emplis d'un humour anglo-saxon caractéristique, ne sont pas toujours très bien maîtrisé par l'auteur et ne reflète pas la personnalité du personnage : Wilkie Collins n'a pas vraiment su donner  des personnalités distinctes à ses différents narrateurs.


J'ai cru lire de ci et de là qu'il s'agissait d'un des premiers thrillers. Ce n'est pas totalement vrai, mais il y a quand même quelques ressorts intéressants qui annoncent les prémisses du roman noir.

Le succès de l'époque victorienne

En parcourant les différents blogs littéraires, j'ai constaté que les romans de l'époque victorienne ont un énorme succès, cristallisé par l'immense "Orgueil et préjugé" de Jane Austen, roman que je n'ai encore jamais tenu entre mes mains honteuses (l'adaptation cinématographique, ça ne compte pas ?), et certains blogueurs se sont tout bonnement lancés dans des swaps victoriens, des cycles de romans victoriens voire même des cycles de Wilkie Collins, la nouvelle star hype qu'il faut avoir sur sa table de chevet (un de ses livres bien entendu).

Galerie de portraits

Procédons à la galerie des personnages qui composent ce roman.

Walter Hartright : Wilkie Collins a voulu en faire son héros, car c'est avec lui que débute le roman et c'est encore avec le petit Walter que le roman se termine. Aux prémisses de l'intrigue, Walter n'est qu'un aquarelliste qui cherche à se faire un petit nom dans la société ; il rencontre très tôt la dame en blanc, et l'aide presque malgré lui. Ce qui le caractérise, c'est un peu le provincial qui ne connaît rien de la vie et qui s'extasie de la campagne de la haute des faubourgs de Londres, qui tombe sous le charme de chaque créature féminine qui croise son chemin (Anne Catherick d'abord, Marian Halcombe de dos et Laura Fairlie enfin). Il est rejeté de Limmeridge House par Marian qui cherche à protéger le coeur de sa demi-soeur.
Walter Hartright, un peu enquêteur du dimanche cherche à percer rapidement le secret de la dame en blanc, mais il n'en a ni les moyens, ni les compétences. Il manque d'indices et de temps et comme il a promis de quitter la propriété des Fairlie, il s'embarque pour un voyage en Amérique centrale où il manquera de mourir trois fois selon son récit.
Revenu à Londres sur la fin de l'intrigue, ayant pris de la graine, il prend en main les choses, prend sous son aile Marian et Laura affaiblies par leurs maladies, et se transforme quelque peu en bras armé de la justice, rendant une visite tonitruante à Mrs Cathrick (mais c'est elle qui dirige l'entrevue avec une pertinence approximative mais suffisante), enquête sur les registres de Old Welmingham et Knowlesbury, entraîne la mort de l'imbécile du village (Sir Percival se suicide en fait, craignant d'affronter le vengeur terrifiant Hartright), perd toutes ses preuves, enquête sur le comte Fosco qui le méprise comme la peste, profite d'un opéra de Donizetti pour créer le face à face de l'année entre Pesca, son petit ami italien ex-secrétaire d'une société secrète, et le comte Fosco espion de cette même société. Hartright réussit son coup de maître en prenant une assurance salvatrice auprès de Pesca s'il ne revient pas de son entretien final avec le comte Fosco. C'est certainement sa seule réussite dans cette intrigue. Même son duel avec le comte Fosco, pour laver l'honneur de sa femme, Hartright ne l'honorera pas. Fosco est retrouvé mort sans qu'il n'y soit directement mêlé.
Un peu veinard et pas tellement sympathique (il est en vérité amoureux de Laura pour son physique de jeune ange blond et un peu pour son titre, mais il aime bien plus la compagnie de Marian, pour tout le reste), Walter est un personnage que j'ai trouvé un peu simplet et plutôt désagréable à suivre.

Marian Halcombe : Voici la première rencontre avec Miss Halcombe dès le début du roman : "[...] la rare perfection de son corps [...] la grâce naturelle de son maintien [...] grande, mais non trop, bien faite et épanouie, mais non trop forte, elle charmait vraiment les yeux d'un homme [...]. Elle avait de beaux cheveux noirs, elle était jeune ! Elle s'approcha encore de quelques pas, et je vis qu'elle était laide !"
Wilkie Collins dresse un portrait assez amusant (amusé) de celle qui représente à mon sens le personnage principal de ce roman : c'est Marian qui manipule avec amour le pantin Lady Glyde, c'est elle qui au début du roman gère les sentiments amoureux du pauvre petit Walter, et tout au long de l'intrigue, elle va se mesurer à Sir Percival (mais alors, elle est stoppée nette par ces conventions sociales qui l'empêchent de réduire à l'infamie le piètre baronnet), à Mrs Fosco qui la craint comme la peste et au Comte Fosco, cet imbécile heureux qui en tombe amoureux.
Il faut avouer que Marian est un esprit libre, disons carrément un garçon manqué, non, non, pas à ce point, car Wilkie Collins prend bien soin de lui donner des sentiments féminins, une sensibilité démesurée, qui parfois, à mesure que l'intrigue se déroule, entre en complète contradiction avec la Marian de Limmeridge House, si sûre d'elle, si époustouflante. Sur la fin, elle est totalement éclipsée par un Walter Hartright un peu revanchard. Dommage, car c'est certainement le personnage que j'ai préféré dans ce roman. Elle méritait un meilleur sort.

Laura Fairlie, Lady Glyde : l'archétype de la cruche blonde, un pur objet féminin sans personnalité, qui se pâme à la moindre occasion, qui ne vit que par procuration et qui n'atteint pas l'once d'une ombre du charisme de sa demi-soeur, qui lui est pourtant dévouée. Elle profite pleinement de son titre pour s'attirer les bonnes grâces des différents personnages du roman, mais Wilkie Collins a pris un malin plaisir à lui donner le rôle du pantin, l'objet de toutes les convoitises, de la poupée de porcelaine convoitée mais trop fragile pour être déplacée brusquement.
Sans grand intérêt dans l'intrigue (elle ne sait même pas dessiner correctement !), hormis peut-être un rôle un peu plus significatif à Blackwater Park, lorsqu'elle cherche à rencontrer son sosie.

Anne Catherick, La Dame en Blanc : finalement, c'est bien elle la pièce centrale de l'intrigue. La fameuse Dame en blanc n'est en réalité qu'une jeune fille qui a cumulé quatre malheurs dans son existence : premièrement, celui de naître avec quelques lenteurs intellectuels (mais ce personnage n'est en rien plus bête que Sir Percival, et que dire de la comparaison avec Laura Fairlie...) ou du moins de paraître comme telle ; deuxièmement, celui d'être le sosie de Laura Fairlie ; troisièmement, celui d'avoir cru déceler un semblant du secret de sir Percival, alors qu'en réalité elle n'en avait rien perçu ; quatrièmement, celui d'avoir croiser la route du terrible comte Fosco, qui véritable gentleman branquignole, en a fait l'instrument de son complot lucratif.
Anne Catherick s'habille en blanc et son existence a conduit à révéler une fêlure en son coeur. Elle meurt d'une crise cardiaque, sauvant ainsi l'honneur de lady Glyde, car cette disparition prématurée constitue l'unique faille du plan de Fosco.

Sir Percival : le bourrin du roman. Il ne brille ni par sa finesse d'esprit, ni par son langage de rustre. Cette brute impulsive est complètement manipulée par le comte Fosco, à tel point qu'il forme avec sa femme Lady Glyde, un couple sans âme. Il est obnubilé par Anne Catherick (qu'il veut remettre au plus tôt dans son asile) et par l'obtention d'une somme d'argent conséquente. A ce sujet, pour faire signer sa femme un papier qui lui lègue quelques pennies, il y met toute son intelligence et sa subtilité... Incroyable d'être aussi stupide. Wilkie Collins ne lui a laissé aucune chance !
Si au début, Sir Percival arrivait à prendre sur lui dans le but d'épouser Laura Fairlie, une fois cette tâche accomplie, ses ressources mentales se sont évaporées dans le voyage de noces et il en est revenu plus crétin que jamais. Pourtant, son moment de gloire reste son suicide dans l'incendie qu'il a lui même provoqué. Du grand art !

Comte Fosco : c'est censé être la pièce intelligente du roman, mais il s'agit tout simplement d'un mauvais manipulateur. Marian et Laura s'aperçoivent très rapidement de son jeu, et le surnomme "espion" ! Aucune surprise donc à son sujet : c'est un personnage vaniteux qui ne rentre plus dans ses bottes, qui se compare à Napoléon (pour un italien, c'est très surprenant, mais c'est un anglais qui écrit cela) humaniste, et qui est déjà membre de la WWF et de la RSPB, comme le prouve ses souris en cages et ses canaris savants.
Pourtant, c'est de loin le personnage le plus drôle de ce roman, réellement charismatique et attachant, tombé amoureux de Marian Halcombe pour son esprit et son élégance, appréciant l'opéra et le chantant à tout va, raffiné en de nombreuses occasions et respectueux de bonnes règles de la société. Un délice de personnage ! J'ose imaginer que Wilkie Collins s'est identifié au comte Fosco à de nombreuses reprises.

Philip Fairlie : l'oncle de Laura, un être puant, à fleur de peau, désagréable, égoïste, invivable, pusillanime, numismate... Fairlie déteste les hommes, c'est assez clair, mais il connaît les bonnes manières de la société. Le personnage est vraiment excellent, et Wilkie Collins le maîtrise assez bien, surtout lorsqu'il n'en fait pas le narrateur de son roman. Il joue également un rôle important dans cette intrigue, puisqu'en tant que maître de Limmeridge House (il en possède les titres), c'est lui le seul propriétaire digne de ce nom dans tout le roman. C'est donc le personnage le plus influent jusqu'à sa mort.

Vincent Gilmore : l'avocat-conseil de la famille Fairlie. Autant dire que son apparition dans l'ouvrage renforce les liens entre l'intrigue et la loi anglaise de l'époque victorienne : il permet de bien appuyer sur les ressorts qui vont permettre à Fosco et Percival de comploter contre la fortune de lady Glyde.

William Kyrle : le successeur et associé de Vincent Gilmore. Sans grand intérêt a priori, sauf que j'adore la description simple et efficace qu'en fait Wilkie Collins : "C'était un homme mince, pâle et très maître de lui, qui ne défendait que les causes qu'il était certain de gagner." Le bonhomme aurait fait fortune de l'autre côté de l'Atlantique (peut être en d'autres temps...).

Mrs Catherick : la mère de la dame en blanc s'habille en noir. Attention, du lourd, du très lourd. Ce personnage est excellent. Assez à l'aise avec le jouvenceau Hartright, elle le mène à la baguette dans un entretien vivifiant jusqu'à ce que l'auteur ne la transforme en gentille conteuse pour les besoins de son intrigue (car sans cela, le pauvre lecteur que je suis n'aurait jamais de confirmation écrite de toute cette histoire). Elle a épousé un clergyman dans une autre vie, Percival s'est servi d'elle (l'a acheté) pour pouvoir se faire un nom, puis a écarté sa fille incontrôlable Anne Catherick en la mettant dans un asile. Mrs Catherick cristallise tout ce que la bourgeoisie a de puant à cette époque où le paraître se matérialisait par une ardoise vierge chez les commerçants, une réputation blanche comme les robes de sa fille et deux places réservées à la paroisse locale. Wilkie Collins l'a assez mal considéré à la fin du roman, elle méritait mieux.

Mrs Clements : cette dame a élevé Anne Catherick et l'a aidé lors de son évasion à Londres. Un peu naïve et sans grand intérêt dans le récit.

Mrs Fosco : le bon chien-chien à son maî-maître. Cette époque victorienne étouffe les femmes les plus talentueuses. Bavarde autrefois, elle est muette comme une carpe auprès du comte, il est vrai quelque peu expansif. Elle lui est totalement dévouée néanmoins. On ressent quelques passages d'humanité de sa part, particulièrement à Blackwater Park, où d'ailleurs elle connaît son moment de gloire en devenant celle qui tire les ficelles l'espace d'un instant. Elle respecte probablement Marian, mais sa fierté - et le complot - l'empêche de trop se dévoiler.

Mr & Mrs Rubelle : deux sbires du comte Fosco prêt à tout pour accomplir ses basses oeuvres.

Pesca : l'ami redevable de Walter Hartright. Un petit bonhomme italien qui en réalité est un espion à la solde d'une société secrète, et qui semble être redoutable à son insu. Plein de vie lors de ses apparitions au début et à la fin du roman (enfin, un peu moins à la fin, quand il est contraint à faire verser un peu de sang, involontairement pense-t-il en plus !).

Le blond à la balafre : encore un méchant qui tue un autre méchant. Du coup, est-ce que cela en fait un gentil ? Pas forcément...

Les domestiques : je passe, ils n'ont d'intérêt que pour la trame de l'intrigue.




A tous ceux qui sont arrivés jusque là, je les remercie pour leur patience, pour leur courage et leur abnégation (???) et je leur souhaite une excellente année 2009, pleine de bonheur (de lecture), de santé et que leur PAL diminue !

Tag(s) : #Littérature anglaise

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