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Editeur : Stock

Publication : Novembre 2008

Pages : 130


On m'aurait menti ?

J'ai participé à l'opération Masse Critique (ce nom me fait peur ! Masse ça fait lourd et critique c'est assez sérieux et grave...) de Babelio et après avoir coché une grande quantité de livres que j'espérais recevoir et oh surprise, je reçois un mail très amical qui m'annonce que je suis le futur heureux propriétaire du livre Petites leçons sur le grec ancien, moyennant une critique sur mon blog tout de même (rien n'est gratuit, j'en ferai de la pub, mais c'est à l'insu de mon plein grès puisque c'est un plaisir de participer à cette excellente initiative - au passage, si des concessionnaires veulent que je critique leurs voitures en l'échange d'un exemplaire, ou des agences de voyages, ou Swarowski ou ...). Tout heureux, je me poste devant ma boite aux lettres, je fais un affût, et j'attends que le postier se montre avec le colis en question.

S'écoulent ainsi quelques jours dans le froid, la grisaille, la pluie fine puis intense, quelques passereaux se posent sur mon épaule, j'arrive à effrayer un chat en poussant un cri rauque, et hop, le postier se montre avec mon colis. Je lui saute dessus, et à la vue de ma barbe d'homme des cavernes, il hurle, pousse quelques incantations, me jette le colis dans les bras. Pour ne pas le terroriser plus longtemps, je lâche un grognement syndical de satisfaction et fonce chez moi ouvrir le colis. Et là, nouvelle surprise !

Le livre de Jacqueline de Romilly (de l'Académie française, précise l'éditeur Stock, à prononcer de manière pompeuse avec une bouche en cul-de-poule) et co-écrit par Monique Trédé (qui ne fait partie de l'Académie française, ce qui fait nettement chuter la moyenne qualitative de l'ouvrage que mes mains tremblantes tiennent fébrilement), une illustre inconnue pour moi, mais qui est tout de même bardée des diplômes nécessaires à la rédaction d'un ouvrage de vulgarisation scientifique ou historique pour l'ignare que je suis (agrégation - mais de l'université précise-t-on, ce qui est moins bien, non ? -, docteur d'Etat - on se croirait durant la guerre froide de l'autre côté du rideau de fer -, directrice d'un centre d'étude à la rue d'Ulm - la classe !).

Bref, l'espace d'un instant (certains instants s'éternisent, comme on dit...), j'ai osé penser que l'éditeur était de ceux qui vendent un ouvrage sous le nom d'un auteur connu alors qu'il a été écrit par un illustre inconnu, et que pour introniser ce dernier, il faut annoncer le premier, dévoiler le second comme remplaçant officiel, avant qu'une funeste annonce sur la page wikipedia décès ne viennent tarir une vache à lait providentielle qui assure tant de ventes, et là, hop on ressort l'illustre inconnu intronisé comme successeur, et les ventes sur un obscur livre sur le grec ancien continuent, avec de belles retombées chez ce bon éditeur. Mais, je pense que je m'égare, et ce que j'ose penser et assez inconcevable finalement. Fermons cette digression avant que je ne perde la moitié des personnes intéressées par une critique constructive de cet ouvrage de Monique Trédé (puisqu'on ne précise nulle part qui a fait quoi dans l'ouvrage, j'en conclue que c'est Monique Trédé qui l'a écrit pour des raisons évidentes, mais elle n'aurait pu le faire sans Jacqueline de Romilly pour d'autres raisons évidentes).

Le grec, c'est bien !


Après deux chapitres introductifs sans grande consistance dont l'objet principal est de nous faire comprendre que le grec ancien vaut la peine de s'y intéresser, les "leçons" débutent au chapitre 3 (p. 53) avec la description de l'ordre des mots dans la phrase. Les exemples tirés de l'Iliade sont merveilleusement bien choisis et non seulement nous apprenons rapidement la structure élémentaire de la phrase en grec ancien, mais également nous est évoqué une brève analyse des oeuvres majeures d'Homère.
A ce niveau de lecture, je me rends compte que je ne sais absolument rien du grec ancien puisque je ne l'ai pas étudié à l'école (et quelle erreur !) parce que je n'en avais pas envie. Ce livre est donc fait pour moi, qui découvre cette langue morte.

Pourtant, ces leçons ne sont pas véritablement une initiation du type "le grec ancien pour les nuls". Les termes techniques s'enchaînent, les exemples parfois trop précis tirés des textes anciens d'Euripide, d'Homère, de Platon, se suivent (et c'est une bonne chose), mais les nuances de traductions, d'interprétation de l'emploi du parfait plutôt que du présent, ou de telle différence de position du mot dans le vers, en grec et dans la langue traduite, et qui en modifie complètement le sens, toute cette profusion de détails parfois trop techniques relève typiquement de l'universitaire qui s'adresse à un public déjà averti.

Ainsi, les chapitres 3 à 6 sont réservés à une synthèse grammaticale peuplée d'exemples pointus avec lesquels les jeunes étudiants en grec doivent être confrontés, si ce n'est pas les khâgneux bûchant sur une quelconque traduction antique. Car en définitive, ce livre s'adresse à eux, ceux qui ont déjà posé un pied dans la mare au grec ancien, qui ont trouvé l'eau chaude et Monique Trédé pousserait volontiers pour qu'ils prennent un petit bain qui ne leur fera aucun mal...

Le chapitre 7, le seul qui mérite un peu d'attention, est un regroupement d'exemples de poésie et de théâtre, sans véritable fil conducteur digne de ce nom, mais qui peut inciter à lire les oeuvres d'Euripide, d'Eschyle ou d'Homère...

Et le plaisir dans tout ça ?

Enfin, le dernier chapitre, le 8, est consacré à une énumération des mots français qui trouvent leur origine dans le grec ancien (en gros tout le vocabulaire scientifique). Et on s'extasie de voir que téléchirurgie, inventé en 1990, est composé de trois mots grecs (je vous passe les détails palpitants). Rien de bien transcendant à se mettre sous la dent. Allez, profitez pleinement avec moi de cette expérience en apprenant deux termes techniques :

Hapax = mot qui n'a qu'une seule occurrence dans la littérature ; dont on ne connaît qu'un exemple dans une langue.
Les hapax se trouvent par exemple dans la Bible, dans l'Iliade ou l'Odyssée, dans les oeuvres de Rabelais, dans les créations poétiques et dans les oeuvres philosophiques.

Aoriste = temps que l'on retrouve dans certaines langues indo-européennes (dont le grec) mais qui ne se retrouvent pas tel quel en latin. C'est un temps qui ne dénote aucun temps (comprenne qui voudra !).

Au final, plaisir de lecture et intérêt technico-intellectuel n'étaient pas au rendez-vous de ce livre qui ravira certainement quelques petites têtes blondes en mal de lettres classiques...



Livre reçu et lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio.

Sur les blogs :
- Daniel Fattore présente ce livre avec plus d'enthousiasme, mais pour lui aussi le public à destination est bien celui des étudiants en langue ancienne,
- Hortensia est également enthousiaste sur cet ouvrage,
- Sur Bulle de Papier, on encense cette "perle"...

Je suis un peu "Into the wild"...
Tag(s) : #Essais

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