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Editeur : Albin Michel (collection Latitudes)

Publication : Mai 2004 (This cold heaven, 2001)

Pages : 432


Le mammouth...

C'est lors d'une séance d'archéologie impromptue organisée dans ma bibliothèque que j'ai fait cette découverte surprenante, cet objet lourd et contondant, de prime abord une arme antique avec des armoiries étranges. En réalité, il s'agissait d'un récit de voyage comme je les aime, dans le froid du Grand Nord, là où les extrêmes dévoilent des facettes de l'humanité que nulle autre endroit dans le monde ne sait extraire de la torpeur humaine.

Je crois que j'ai eu peur en parcourant les premières pages de ce récit de sept voyages au Groenland d'une américaine dont je ne savais rien d'autre que son nom à mi-chemin entre un personnage des frères Grimm et un comte bavarois sorti d'une trilogie d'Anne Rice. Je me suis immédiatement rappelé Jean Malaurie, l'incomparable héros français qui a bercé ma jeunesse de ses histoires d'Inuït, ses contes et légendes ramenés des pays du froid, ses histoires de traîneaux qui sentaient bon les vacances d'hiver dans le Jura, et toute cette culture des groenlandais qui m'était totalement inconnue à l'époque.

Des récits de voyages contemporains

L'ennui lorsqu'on commence à faire une comparaison, c'est qu'on a peur que le suivant soit une pâle copie du premier. Mais je fus tout de suite rassuré : Gretel Ehrlich n'est pas anthropologue et n'est pas française. Cela fait deux points distinctifs majeurs et même rédhibitoires pour une comparaison. N'en parlons donc plus !

Gretel Ehrlich raconte donc ses voyages, avec un lyrisme propre qui rend poétique tous les jeux de lumières et d'obscurité que la glace révèle à des latitudes où les aurores boréales, les nuits de plusieurs jours, les jours de plusieurs nuits, s'emmêlent dans une féerie optique magique qui nous rappelle les plus grandes heures des lois de Descartes, certaines expériences de Young, de Fresnel, d'Airy ou de Raleigh et autres petits trublions de l'optique géométrique...

Des récits d'expéditions mythiques

Pour rendre ses propos plus digestes, elle insère adroitement les différents récits des expéditions de Knud Rasmussen - si vous ne deviez retenir qu'un nom, ce serait celui-là -, l'explorateur anthropologue danois qui a voué son existence à sortir de l'ombre les peuplades "esquimaudes" (cette appellation est assez péjorative puisqu'elle signifie "mangeurs de viande crue", ce qui ne plait guère aux intéressés, pourtant, dans l'esprit populaire des français, il est inévitable de penser à cette délicieuse glace en bâtonnet, à la vanille et enrobée de chocolat aux noisettes, dont on trouve désormais de délicieuses variantes avec tous les chocolats possibles et tous les fruits exotiques imaginables, mais tout cela ne nous en dit pas plus sur ces récits d'aventures).

Au final :

Gretel Ehrlich a un talent certain pour résumer et nous ressortir avec un brio évident les plus riches heures des expéditions périlleuses de Rasmussen. Rien que pour ces chapitres, ce livre mérite d'être lu. Gretel est passionnée et elle comprend parfaitement la psychologie du personnage, même si son talent de scénaristique aurait éventuellement tendance à combler certaines absences de l'autobiographie du danois. La synthèse que l'américaine nous en donne est parfaitement digeste, et même très agréable à lire.

En revanche, les chapitres concernant ses propres voyages sont moins croustillants. Elle décrit une chronique assez pâlote dans l'ensemble, même si j'ai vraiment apprécié la lecture de ces récits. Certains personnages sont parfaitement décrits : le japonais Ikuo Oshima m'a particulièrement touché pour sa volonté de faire ce qu'il avait envie d'être dans la vie, sans savoir réellement ce qu'il cherchait. Il travaillait dur au Japon, il prenait des cours d'escalade en parallèle, et un jour, un certain Naome Uemura a décidé d'atteindre le pôle nord et l'a enrôlé dans son équipe. Ikuo a trouvé dans la vie dure du Groenland le destin qu'il cherchait sans le savoir. Libéré des contraintes de la vie sociale de Tokyo, il a découvert un monde impitoyable où l'homme a conscience qu'à chaque instant, il peut mourir, et où la quête de la nourriture est une nécessité pour la survie (et non pas la corvée des commissions que nous affrontons tous avec nos chariots).

Pourtant Gretel Ehrlich ne se contente pas de nous narrer les histoires du Groenland : elle étend ses recherches à l'archipel de Baffin-Parry, à l'Alaska également, où vivent les populations Inuïts et Yupiks. Un panorama complet pour celles et ceux qui se sentent du voyage. Vous allez aimer découvrir quelques termes pour dire phoque, ours, renard arctique, chien, et puis la cinquantaine de termes (si ce n'est pas plus) pour désigner la neige (car en inuit, la neige qui tombe s'appelle qaniit, celle qui est déjà tombée s'appelle aput...). Bref, vous en apprendrez énormément sur les habitudes des peuples de l'arctique, pour peu que manger de la poudreuse ne vous rebute pas...

J'ai lu ce livre dans le cadre du défi "Lire autour du monde" et de mon challenge ABC 2009. D'une pierre deux coups, comme dirait l'esquimau chassant le phoque sur la banquise.
Tag(s) : #Littérature américaine

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