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Editeur : La Découverte

Publication : Janvier 2007

Pages : 274


Nourrir l'humanité

C’est pendant les terribles vacances de Noël que j’ai commencé la lecture de ce livre. C’était à la fois approprié, et à la fois culpabilisant de le lire à cette période.
Le sous-titre de l’ouvrage est explicite : « Les grands problèmes de l’agriculture mondiale au XXIème siècle. » Pas de tromperie sur la couverture cette fois-ci. Le contenu du livre reflète bien ce à quoi j’étais en droit de m’attendre à la vue de la couverture.

Bruno Parmentier nous explique tout d’abord pourquoi la France possède une des meilleures agricultures du monde : grâce aux nombreux progrès dans le domaine technique, en une cinquantaine d’année, non seulement la France ne connaît plus de famine, mais en plus, elle alimente une bonne partie de l’Europe désormais, comme le font l’Espagne ou les Pays-Bas. L’auteur s’étonne que nous ne nous étonnions pas que nos supermarchés soient remplis de nourriture et que nous ne manquions de rien. Il est en effet étonnant que tout soit disponible tout de suite. Il nous faut du lait, du beurre, du pain, des œufs, des madeleines, des cookies, des yaourts à la confiture, du chocolat… et hop, un petit tour au supermarché, et nous trouvons tout, en grande quantité, avec une grande variété de produits.

L'eau en priorité

Passé ce constat, Bruno Parmentier s’intéresse aux autres pays dans le monde, particulièrement ceux avec une démographie en explosion, ou au moins en croissance, mais dépourvu d’une agriculture digne de ce nom. Les pays développés ne pourront pas fournir de la nourriture pour tout le monde, et certains pays en voie de développement n’ont pas encore forcément le niveau d’agriculture suffisant pour subvenir aux besoins de sa propre population, aujourd’hui. Alors, avec l’augmentation de la population, sans une véritable révolution agricole, il y aura à nouveau des famines.

Voilà l’état des lieux. Cela veut dire qu’il faudra produire plus. Mais un paramètre déterminant est à prendre en compte : c’est la diminution des ressources pour mener à bien une agriculture de qualité. Il y aura moins de terres agricoles (une bonne partie est déjà épuisée ou le sera d’ici 2050), moins d’eau, moins d’énergie. Pourtant, il faudra produire trois fois plus. Une gageure.

L’auteur annonce donc « la fin de l’eau douce, pure abondante et bon marché » dans un petit chapitre très complet. L’eau sera à l’origine de nombreux conflits, et Bruno Parmentier responsabilise les agricultures sur la gestion de cette ressource stratégique (« les agriculteurs, consommateurs et responsables de l’eau »). Ce chapitre mériterait un plus grand développement, mais finalement, j’ai apprécié ce qu’en présente l’auteur car cela permet de se faire une première idée très précise. Je pense que le livre d’Erik Orsenna, L’avenir de l’eau, doit apporter un autre éclairage, dans son genre, sur cet aspect.

Ecosystèmes et énergies

Autre chapitre qui mériterait un livre à lui tout seul, c’est celui sur la diminution de la biodiversité. Après les principes généraux, Bruno Parmentier explique pourquoi la diminution du nombre d’espèces présente des risques majeurs, et comment « les agriculteurs deviennent dépendants d’une poignée de producteurs de semences », ce qui n’est jamais très bon... Ah, les monopoles !


Autre inquiétude : elle concerne les énergies. L’agriculture a besoin d’énergie. L’ère du pétrole arrive à son crépuscule. Les solutions ne manquent pas, du moins en théorie. En pratique, il faudra un investissement financier et humain considérables pour voir enfin des effets notables. L’auteur prétend que l’agriculture peut proposer des solutions, notamment avec les biocarburants. Même s’il émet de nombreuses réserves (disparition des jachères en Europe, mauvais rendement, nécessité d’arbitrage entre nourriture et énergie), l’auteur n’en défend pas moins les aspects écologiques et économiques des biocarburants : moins de gaz à effet de serre, et plus d’emploi.

Comme si cela ne suffisait pas, l’équation intègre également deux nouveaux paramètres, enfin, ils ne sont pas nouveaux, mais en première approximation, nous avions tendance à les négliger naguère, alors qu’ils sont désormais des paramètres à part entière pour la résolution de nos problèmes d’agriculture pour l’horizon 2050 : l’augmentation de la chaleur et des épidémies. C’est l’impact résultant des changements climatiques prévisibles.

Génétique ?

Nous comprenons alors avec Bruno Parmentier que le problème agricole ne pourra pas être résolu avec les « armes » dont nous disposons aujourd’hui. L’arsenal des techniques biologiques intervient à ce point de la réflexion, avec l’épineux sujet des OGM.

Les dernières considérations sont biologico-géo-politico-stratégico-agricoles et ne manquent pas d’intérêt.

Au final

En définitive, tous les grands thèmes côtoyant l’agriculture sont abordés sur le plan du devenir. Comment allons-nous gérer les prochaines famines et nous préparer à assurer un avenir encore possible à 10 milliards d’êtres humains sur une planète qui étouffe.
Dans les prochaines décennies, et cela se joue également en ce moment même, les différents choix politiques, en matière d’investissements, d’axes de recherche et de développement, et leurs applications seront d’ores et déjà décisifs pour l’avenir de l’humanité. Il est à prévoir des conflits, des famines, des épidémies (ce serait tragique si ce n’était pas déjà le lot de l’humanité depuis des siècles) : il risque d’y avoir toujours autant d’injustice et les inégalités vont s’accroître (confère la pensée de John Rawls) dans le domaine de la production agricole. Les « progrès » (on n’utilise plus tellement ce terme, d’ailleurs) de la civilisation seront éclipsés par tous les nouveaux problèmes que vont soulever la surpopulation et l’augmentation de la densité humaine (explosion démographique, alors que la surface habitable tend à diminuer…).

J’ajouterai que le livre est assez factuel et que les arguments sont avancés chiffres à l’appui, l’origine de ces chiffres étant parfois même commentés (chiffres gonflés de l’ONU ou sous-estimés dans d’autres cas).

Une lecture que je conseille à tous les curieux de notre avenir global.
Tag(s) : #Essais

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