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Editeur : Gallimard (Collection Folio)

Publication : Février 2004

Pages : 74

 

Un récit de "résistant" ?

J'ai récemment lu le premier roman de Marc Dugain, La chambre des officiers, que j'avais trouvé excellent. Marc Dugain nous contait, indirectement peut-être, l'histoire de son grand-père gueule cassée. Cette fois-ci, c'est Michel Quint qui nous conte l'histoire de son père, "résistant". Je mets des guillemets, car la destruction de transformateurs est certes un acte de résistance (et sans jeu de mots de physicien...), mais ... J'y reviendrais.

Michel Quint raconte comment son père et son oncle se sont retrouvés emprisonnés dans un trou, gardé par un soldat allemand plutôt sympathique et moralisateur, qui leur faisait le clown pour leur faire oublier qu'ils allaient probablement être fusillés pour trahison. Au final, c'est le cheminot qui a été grièvement brûlé lors de l'explosion causée par les deux hommes, qui est dénoncé par sa femme et qui accepte de servir de bouc émissaire, sauvant ainsi les deux coupables.

Grosso modo, je n'ai pas tellement apprécié le style de l'auteur dès les premiers mots, mais petit à petit, je me suis laissé gagner par une certaine originalité dans le langage, dans le choix des mots, une sorte d'argot du nord de la France.

L'existentialisme dans tout ça...

Pourtant, quelque chose m'a dérangé dans cette histoire, quelque chose dans la morale même de l'histoire : les deux coupables ne se dénoncent pas, au risque de faire condamner les deux autres hommes enfermés avec eux. Pire, c'est la victime collatérale de leur attentat qui est dénoncée par sa propre femme, belle par ailleurs, qui épousera l'oncle sauvé par cet artifice. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ne matière de courage, de sens des responsabilités, d'honnêteté même, il y aurait pas mal de chose à redire et je pense même que Sartre aurait traité cette affaire avec virulence.

Par ailleurs, mettre tout cela entre les mots d'un enfant, rend certainement la pilule plus douce, un peu comme la musique mièvre sentimentale dans les films tragiques pour nous tirer les larmes des yeux. Du pathos, d'une certaine manière. De plus, l'histoire de ce clown au procès Papon ne m'a pas franchement convaincu, ni dans son attitude, ni dans ses propos (« Sans vérité, comment peut-il y avoir de l'espoir... ? »).

En définitive, si j'ai trouvé une certaine originalité dans la forme et dans l'intrigue, la morale de cette nouvelle m'a laissé perplexe, car sous couvert de "pudeur, humour et tendresse" (confère quatrième de couverture), Michel Quint laisse planer sur l'ensemble une sorte réflexion existentialiste sur son oeuvre (volontairement, involontairement ?), entre les non prises de responsabilité de ses héros, le huis clos dans la fosse, l'angoisse devant la mort... La nouvelle a au moins le mérite de faire réfléchir...
Tag(s) : #Littérature française

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