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Eros et Thanathos

La passion qui sous-tend le récit est fortement liée à la mort. Mais face à ces deux thèmes si présents dans la littérature, les fameux Eros et Thanathos, Fuentes ajoute le liant inévitable qui les unie, la passion : « La passion première ne se répète jamais. Le regret, en revanche, ne nous quitte pas. La nostalgie. Celle-ci devient mélancolie et nous habite comme un fantôme frustré. Nous savons faire taire la mort. Nous ne savons pas dompter la souffrance. Nous devons nous contenter d'un amour qui ressemble à celui dont nous avons gardé le souvenir dans le sourire d'un visage disparu. » (Chap. 8, p. 187).

Cette passion est symbolisée de plusieurs manières. Aussi bien à travers La Damnation de Faust de Berlioz, à travers la passion du chef d'orchestre pour son art et de la cantatrice pour le chant (l'ambition), à travers l'histoire d'amour d'Inès pour le double de Gabriel, de Gabriel pour Inès.

Même si je ne détaille pas vraiment cette partie, il faut comprendre que c'est un peu le nerf qui constitue ce récit. J'ai préféré prendre plus de temps sur les autres thèmes présentés par Fuentes.

Les doubles

La dualité est omniprésente dans le roman. L'alternance des histoires, l'une contemporaine, l'autre préhistorique (ou presque). Les thèmes sont doubles : mémoire et oubli, amour et mort, mort et vie, bonheur et malheur, individu et collectif, mère et fille, frère et soeur, culture et instinct, Nouveau Monde et Europe...

Les doubles sont omniprésents : Inès Rosenzweig devient Inez Prada, Inez est le double de a-nel, Gabriel est le double de son frère blond, Gabriel est très certainement le double de ne-il, Gabriel est le double de Faust, Inez est le double de Marguerite...

« Il vivait à travers moi et je vivais à travers lui. » (Chap. 2, p. 57).


Le temps

Le temps est sans aucun un thème majeur pour Fuentes. Il faut savoir que l'auteur mexicain a entrepris une oeuvre gigantesque dans laquelle L'instinct d'Inez ne représente que le tome III du chapitre I (Le Mal du Temps). Il a intitulé cette oeuvre : "L'âge du temps". On comprend alors que l'objet initial de Fuentes est d'inscrire son roman dans une grande fresque dont le thème est le leitmotiv essentiel.

La structure du livre permet de dévoiler la gestion temporelle de la narration de l'auteur :
     Chapitre 1 : en 1999, à Salzbourg (Vienne). Gabriel est vieux.
     Chapitre 2 : en 1940, à Londres et dans la campagne anglaise. Rencontre entre Gabriel et Inès.
     Chapitre 3 : à l'aube de l'humanité, une femme découvre le chant comme nécessité pour exprimer ses sentiments.
     Chapitre 4 : en 1949, à Mexico. Gabriel rend visite à Inez Prada.
     Chapitre 5 : suite du chapitre 3.
     Chapitre 6 : en 1967, à Londres.
     Chapitre 7 : suite du chapitre 5.
     Chapitre 8 : suite du chapitre 1.
     Chapitre 9 : suite du chapitre 7.

Mais le rapport au temps ne s'arrête pas là. Fuentes distille quelques pistes tout au long du roman, où le temps est torturé :
« Quand je dirige une œuvre comme le Faust de Berlioz, je renonce, je t'assure, à mesurer le temps. » (Chap. 2, p. 50)
« [...] inversez les temps, imaginez la musique comme une inversion du temps, un chant de l'origine, une voix de l'aube sans antécédent ni suite... » (Chap. 4, p. 124)

En lisant L'instinct d'Inez, j'ai longtemps pensé à La pensée et le mouvant d'Henri Bergson. Je n'ai pas encore terminé d'analyser quelques passages de l'ouvrage du prix Nobel français, mais j'ai le sentiment que de nombreuses notions bergsoniennes se retrouvent dans le roman du mexicain. Ne serait-ce que cette histoire de temps, ou encore cette notion d'instinct que j'aimerai retrouver dans les textes de Bergson (je connais l'opposition intuition / intelligence, mais je ne sais pas comment le philosophe perçoit l'instinct...).
Tag(s) : #Littérature sud-américaine

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