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Editeur : Seuil

Publication : Mars 1999

Pages : xxx

 

Le prix Nobel de Littérature 1998

Voilà sans aucun doute l'ouvrage qui m'a donné envie de découvrir les lauréats du Prix Nobel de Littérature, le fameux défi Prix Nobel que je ne terminerais certainement pas de mon vivant !
José Saramago possède un style absolument génial. C'est surprenant comme certains auteurs passent bien à la traduction tandis que pour d'autres, c'est beaucoup plus délicat. Je ne résiste pas au plaisir de pouvoir vous faire lire quelques lignes du style somptueux que Saramago présente dès les premières pages de son Histoire du siège de Lisbonne :

p. 15 : « Quand seule une vue mille fois plus perçante que celle que la nature peut donner serait capable de distinguer à l'orient du ciel la différence initiale qui sépare la nuit de l'aube, le muezzin se réveilla. Il se réveillait invariablement à cette heure, en fonction du soleil, peu lui importait que ce fût l'été ou l'hiver, et il n'avait pas besoin d'un quelconque appareil à mesurer le temps mais simplement d'un changement infime de l'obscurité de la chambre, le pressentiment de la lumière à peine devinée sur l'épiderme du front, un souffle ténu passant sur les cils ou une première et presque imperceptible caresse qui, d'après tout ce qu'on sait ou croit, est l'art exclusif et le secret non révélé jusqu'à aujourd'hui des belles houris qui attendent les croyants dans le paradis de Mahomet. Secret, et aussi prodige, sinon mystère impénétrable est le don qu'elles possèdent de retrouver leur virginité sitôt qu'elles la perdent, et c'est là apparemment une béatitude suprême de la vie éternelle qui tend à prouver de façon définitive que les peines, les siennes et celles d'autrui, ne s'achèvent pas avec cette vie-ci, non plus que les souffrances imméritées. »

Ce style, parfois au service d'une petite réflexion - Saramago ne semble pas être un philosophe, mais ses propos, ses thèmes et peut-être thèses peuvent caresser l'idée d'avoir quelque chose à voir avec la philosophie, finalement -, s'enrichit d'un soupçon d'espièglerie, car l'auteur joue avec les mots comme il disserte avec humour sur certains sujets d'une banalité effarante :

p. 27 : « Faire erreur, a dit celui qui savait, est le propre de l'homme, ce qui signifie, pour autant que prendre les mots au pied de la lettre ne soit pas une erreur, que qui ne commettrait pas d'erreur ne serait pas un vrai homme. Toutefois, cette maxime suprême ne saurait être utilisée comme excuse universelle qui nous exonèrerait de tous nos jugements boiteux et de nos opinions manchottes. »

En dépit de ce semblant de banalité, Saramago assène les vérités du quotidien qui nous glissent pourtant entre les doigts à chaque fois que nous n'y prêtons plus attention. Il nous rappelle ainsi à notre devoir d'être humain, avec nos limites.

p. 27 encore : « [...] s'il avait eu la sagesse et la prudence de ne pas croire aveuglément dans ce qu'il croit savoir, car c'est de là que proviennent les pires méprises et non pas de l'ignorance. »

Enfin, sans crier au génie, le lecteur comprend toute l'intelligence de l'auteur quand celui-ci annonce tout bonnement :

p. 33 : « il n'est pas rare que se révèlent aussi en rêve de grands mystères, parmi lesquels nous n'inclurons pas le numéro du gros lot de la loterie, banalité suprême et indigne de tout rêveur qui se respecte. »

A ce niveau de mon article, le blogueur un peu malin et curieux, remarquera avec une certaine désillusion, que ce fameux lauréat du Prix Nobel portugais est un adepte de l'adjectif « suprême » ;-) C'est certainement un peu présomptueux de sa part, je vous l'accorde, mais après tout, nous n'avons pas affaire ici au commun des mortels ! Nonobstant, d'aucun ne prétendra que c'est votre humble serviteur qui a chopé le melon, car c'est bien lui qui a sélectionné ces citations dans le fouillis merveilleux de ce roman. Passons, ce ne sont que de malencontreuses coïncidences !! ;-)

Le tour de force

Mais voilà, l'Histoire du siège de Lisbonne c'est une sorte d'uchronie, enfin pas exactement, mais c'est une grande réflexion sur la traduction et sur le pouvoir du traducteur sur le texte qu'il traduit, sur l'auteur qu'il traduit. Les conséquences d'un caractère oublié, ou en l'occurrence d'un mot, dans un livre d'histoire, peuvent littéralement modifier l'Histoire d'un pays. Et le traducteur n'y va pas de main morte : il est complètement conscient de cette modification - néanmoins sans percevoir les impacts et les retombées de ses actes.

Je ne cacherai pas que le roman contient quelques longueurs et c'est tout à fait compréhensible en raison du style de l'auteur. Mais que sont ces longueurs face à la qualité littéraire et au fond surprenant et passionnant de l'ouvrage ? Je pense d'ailleurs que l'origine de ces longueurs provient presque exclusivement de la structure dense du texte en un seul paragraphe.

Tag(s) : #Littérature portugaise

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