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Editeur : Gallimard (Poésie)

Publication : Février 1996

Pages : 136

 

Pas loin du haïku

Paul Claudel fut diplomate en Chine et au Japon dans les années 1910 - 1920. Pour un occidental qui découvre la culture asiatique et particulièrement les cultures chinoise et japonaise, il faut bien comprendre le choc que représente l'écart entre les sociétés, l'absence de repères, encore aujourd'hui. Alors, imaginons-nous aujourd'hui cet écart il y a cent ans ?
Pour avoir vécu moi-même une courte période en Chine, j'ai eu l'opportunité d'appréhender très partiellement la culture chinoise. Ainsi, en lisant la préface de Claudel lui-même, je retrouve ce que j'avais senti lors de mon passage sur le sol de Beijing, mais le poète l'énonce infiniment mieux que je ne pouvais moi-même le sentir :

« Il est impossible pour un poète d'avoir vécu quelque temps en Chine et au Japon sans considérer avec émulation tout cet attirail là-bas qui accompagne l'expression de la pensée »

Le lecteur pense bien évidemment à la forme poétique haïku et c'est également ce qu'évoque l'auteur lorsqu'il titre Cent phrases pour éventails.

Le lecteur pourrait également trouver une relation entre Paul Claudel et Saint-John Perse. En effet, en 1916, Alexis Léger foule le sol de Chine en tant que diplomate français. A Pékin, il débute l'écriture d'Anabase. Paul Claudel, son contemporain, s'intéresse plutôt à la forme de l'expression chinoise. Le pinceau et la peinture, la calligraphie, le format particulier des haïkaï.

Mais pas du haïku

Cent phrases pour éventails est en quelques sortes une imitation de la forme du haïku, mais il ne faut pas croire que le recueil s'apparente stricto sensu à la forme poétique japonaise. Claudel en utilise les thèmes principaux comme par exemple la nature, le temps ou les sens :

« Tu m'appelles la Rose dit la Rose mais si tu savais mon vrai nom
   je m'effeuillerais aussitôt »

« Cette nuit dans mon lit je vois que ma main trace une ombre sur le mur
   La lune est levée
»

« Seule la rose est assez fragile pour exprimer
   l'Eternité
»

D'une certaine manière, ce recueil de très courts poèmes s'apparente à des exercices de style poétique sur l'odeur de la rose et la rougeur de la pivoine. S'il est autorisé de le penser furtivement, il serait caricatural de l'écrire.

Plus je lis ces poèmes et plus les souvenirs du monde oriental affluent, bousculent mes sentiments. Paul Claudel a trouvé les mots justes, avec une simplicité efficace, pour transmettre tout ce qu'il a pu comprendre de cette pensée chinoise aux lecteurs français.

Mais pas du haïku

S'il faut vous procurer cet ouvrage, ce n'est pas seulement en raison de son contenu, mais également pour le format lithographié du livre de poche, reproduction fidèle du manuscrit de l'auteur. Il est toujours plus agréable de déchiffrer les calligraphies de l'auteur que de lire un simple texte dactylographié...

Une lecture agréable, sans être exceptionnelle toutefois. Le principe de ces pseudo-haïkus prendrait tout son sel si chaque jour ou de temps à autres, le lecteur s'adonne à la méditation d'un poème. Quittons-nous sur celui-ci, qui fera écho à une part non négligeable de la personnalité de son auteur :


« Pour adorer le Soleil
   Dieu a mis la Lune à notre disposition
»
Tag(s) : #Poésie

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