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J’ai été intrigué par le livre de cet avocat, d’abord parce qu’il avait écrit avec le chroniqueur judiciaire du Figaro, Stéphane
Durand-Souffland. Le style de ce journaliste m’a souvent paru en décalage avec les articles qui s’inscrivait dans le Figaro, et passé l’effet de surprise, le ton n’en est pas moins en décalage
avec la plupart de ces confrères. L’association Dupond / Durand allait-elle faire des étincelles dans ce livre sur le thème de l’avocat de la défense ?
A vrai dire, ce n’est pas vraiment le style qui brille dans ce livre. Le ton, quant à lui, est à peine plus reluisant. Car ce
n’est pas vraiment le lectorat cible de cet ouvrage. Les phrases sont courtes, précises. Le style est très libre, pratiquement oral, ce qui peut gêner parfois, et plus particulièrement dans un
chapitre où j’ai quelque peu été déconcerté par les phrases sans verbe, sans réelle structure.

En réalité, l’intérêt de ce type de livre ne situe nullement dans le style, mais plutôt dans ce qu’il raconte. Eric
Dupond-Moretti fait d’emblée le plaidoyer de l’avocat de la défense :



« Je suis avocat depuis 1984. La plupart du temps, je suis du côté de celui que vous pouvez être tenté d’appeler
« le monstre » […]. Faut-il être malade pour être un bon médecin ? L’avocat n’est pas un moraliste : il a fait des études de droit. Il a appris que la procédure pénale n’a pas pour objet de
séparer le bien du mal, mais de permettre à la justice de faire son œuvre tout en garantissant les libertés individuelles et en sauvegardant la présomption d’innocence. »



L’avocat n’a pas à s’occuper de morale, mais uniquement de droit. La justice n’est pas morale, seule les lois le sont. L’avocat
s’assure que les lois, que les procédures, ont été appliquées selon le droit. L’avocat de la défense s’assure que le jugement ne s’effectue pas sur un sentiment, mais sur une intime conviction.
C’est-à-dire que chaque preuve apportée par l’accusation est irréfutable ; ou encore, que la peine que prononceront le juge et le jury soit juste en regard des faits reprochés – dans le cas où
l’accusé reconnaît son crime par exemple :



« Défendre, c’est aussi se battre pour que celui qui avoue son crime soit condamné à une peine juste : l’avocat
est alors le barrage qui contient la vague du lynchage légal ou de la vengeance populiste. »




S’il doit y avoir un jugement, alors il faut que la défense puisse se défendre. Sinon, il ne s’agirait que d’un simulacre de
procès, de justice. Toutefois, Eric Dupond-Moretti dénonce longuement dans son livre les inégalités d’un jugement. Notamment, il s’attarde sur la proximité entre le juge et le procureur de la
République, entre le juge et l’avocat général. En gros, le juge penche naturellement en faveur de l’accusation – en raison de la promiscuité des étudiants à l’Ecole Nationale de la Magistrature,
de l’interchangeabilité des fonctions durant les carrières – en dépit de la présomption d’innocence : c’est théoriquement à l’accusation de faire la preuve de la culpabilité d’un accusé, et non à
la défense d’apporter la preuve de son innocence.
Ce déséquilibre entraîne dans les faits une grande difficulté à la défense de prouver l’innocence d’accusé, qui n’ont pas
d’alibi parce qu’ils n’ont pas à en avoir, qui n’ont pas d’explications claires parce qu’ils ne comprennent pas ce dont on les accuse. Ainsi, il est toujours plus difficile de prouver qu’un
accusé n’a rien fait, plutôt que de prouver qu’il a fait quelque chose.
Et cette inégalité dans le traitement, selon Eric Dupond-Moretti, justifie que l’avocat de la défense use de tous les moyens
pour défense son client. En somme, la fin justifie les moyens : vice de procédure, vice de jugement, tout est bon pour faire annuler un procès, surtout si les magistrats n’ont pas fait
correctement leur travail ou n’ont pas été loyaux.
Personnellement, j’ai eu du mal à distinguer à quel moment Eric Dupond-Moretti considérait que la fin ne justifiait pas les
moyens. C’est-à-dire qu’il semble justifier le fait que les magistrats ne soient pas réglos envers lui comme seule raison pour user de tous les stratagèmes ; mais j’ai le sentiment qu’il use de
ces stratagèmes à toute occasion, indépendamment du juge. Si le juge est injuste au regard du déroulement du procès : tant mieux pour Eric Dupond-Moretti, ce n’est que justice. Mais si le juge
est juste ?

L’auteur évoque également quelques procès célèbres et les travers de l’administration judiciaire, en passant par un cas
personnel où un magistrat voulait purement et simplement l’écarter de son chemin en faisant planquer de la drogue dans sa voiture.

Finalement, la lecture est digne d’intérêt. Elle m’a permis de mieux cerner les étapes d’un procès au pénal (cour d’assises,
cour d’appel, cour de cassation) et les rôles de chacun des intervenants (juge d’instruction, procureur de la République, avocat général, substitut du procureur, juge, jury, juge des libertés et
de la détention, etc.). Par ailleurs, en raison de sa simplicité stylistique, le livre de 250 pages se lit d’une traite, en quelques heures à peine : un ouvrage grand public qui mérite une
lecture si, comme moi, vous ne connaissez pas grand-chose à la Justice de notre pays, la vision par le spectre de l’avocat de la défense en prime.
Tag(s) : #Essais

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