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Poésie

Dimanche 27 septembre 2009
 


 

Editeur : Gallimard

Publication : Mars 1998

Pages : 301

 

Complexe jusqu'à l'insondable !

Il m'a été difficile d'aborder la poésie du prix Nobel de littérature 1979. Je n'y ai pas mis de mauvaise volonté, mais j'ai été dérouté par les textes et n'ai pas réussi à pénétrer le texte d'Odysseas Elytis. Les allusions à la Grèce, son histoire ou sa mythologie (par exemple : « Les Septs Haches »), n'ont pas trouvées les interprétations nécessaires lors de ma lecture, largement en raison de mon manque de connaissance de cette culture.

Si la traduction semble enchanteresse, assez musicale, le texte originel évoque la nature de manière quasi-champêtre, voire carrément ornithologique (« coassements, cricris, au chant lointain du coucou : là, c'est la sarcelle ici la sitelle là-bas la tourterelle le jaseur de Bohême et le bruant fou »), rappelle la culture mathématique grecque avec les angles, les divisions numériques, et autre subtilité géométrique relativement originale en poésie (même si la métrique a quelque chose de mathématique, en général !).

Bref, ce texte a certainement un je-ne-sais-quoi d'universel - ah, si, peut-être la rengaine « En somme, l'univers, l'infime, l'insondable ! » - mais il reste pour moi, assez insondable, effectivement !

Dommage, j'ai l'impression de rater un grand poète. Un jour peut-être...

Par Julien
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Lundi 21 septembre 2009
   


 

Editeur : Gallimard (Poésie)

Publication : Février 1996

Pages : 136

 

Pas loin du haïku

Paul Claudel fut diplomate en Chine et au Japon dans les années 1910 - 1920. Pour un occidental qui découvre la culture asiatique et particulièrement les cultures chinoise et japonaise, il faut bien comprendre le choc que représente l'écart entre les sociétés, l'absence de repères, encore aujourd'hui. Alors, imaginons-nous aujourd'hui cet écart il y a cent ans ?
Pour avoir vécu moi-même une courte période en Chine, j'ai eu l'opportunité d'appréhender très partiellement la culture chinoise. Ainsi, en lisant la préface de Claudel lui-même, je retrouve ce que j'avais senti lors de mon passage sur le sol de Beijing, mais le poète l'énonce infiniment mieux que je ne pouvais moi-même le sentir :

« Il est impossible pour un poète d'avoir vécu quelque temps en Chine et au Japon sans considérer avec émulation tout cet attirail là-bas qui accompagne l'expression de la pensée »

Le lecteur pense bien évidemment à la forme poétique haïku et c'est également ce qu'évoque l'auteur lorsqu'il titre Cent phrases pour éventails.

Le lecteur pourrait également trouver une relation entre Paul Claudel et Saint-John Perse. En effet, en 1916, Alexis Léger foule le sol de Chine en tant que diplomate français. A Pékin, il débute l'écriture d'Anabase. Paul Claudel, son contemporain, s'intéresse plutôt à la forme de l'expression chinoise. Le pinceau et la peinture, la calligraphie, le format particulier des haïkaï.

Mais pas du haïku

Cent phrases pour éventails est en quelques sortes une imitation de la forme du haïku, mais il ne faut pas croire que le recueil s'apparente stricto sensu à la forme poétique japonaise. Claudel en utilise les thèmes principaux comme par exemple la nature, le temps ou les sens :

« Tu m'appelles la Rose dit la Rose mais si tu savais mon vrai nom
   je m'effeuillerais aussitôt »

« Cette nuit dans mon lit je vois que ma main trace une ombre sur le mur
   La lune est levée
»

« Seule la rose est assez fragile pour exprimer
   l'Eternité
»

D'une certaine manière, ce recueil de très courts poèmes s'apparente à des exercices de style poétique sur l'odeur de la rose et la rougeur de la pivoine. S'il est autorisé de le penser furtivement, il serait caricatural de l'écrire.

Plus je lis ces poèmes et plus les souvenirs du monde oriental affluent, bousculent mes sentiments. Paul Claudel a trouvé les mots justes, avec une simplicité efficace, pour transmettre tout ce qu'il a pu comprendre de cette pensée chinoise aux lecteurs français.

Mais pas du haïku

S'il faut vous procurer cet ouvrage, ce n'est pas seulement en raison de son contenu, mais également pour le format lithographié du livre de poche, reproduction fidèle du manuscrit de l'auteur. Il est toujours plus agréable de déchiffrer les calligraphies de l'auteur que de lire un simple texte dactylographié...

Une lecture agréable, sans être exceptionnelle toutefois. Le principe de ces pseudo-haïkus prendrait tout son sel si chaque jour ou de temps à autres, le lecteur s'adonne à la méditation d'un poème. Quittons-nous sur celui-ci, qui fera écho à une part non négligeable de la personnalité de son auteur :


« Pour adorer le Soleil
   Dieu a mis la Lune à notre disposition
»
Par Julien
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Dimanche 13 septembre 2009
 


  

Editeur : Flammarion

Publication : Janvier 1967

Pages : 264

 

Attention, chef d'oeuvre !

Voici un livre qui m'avait été conseillé par une blogueuse, Armande ! Merci à elle ! Dans le cadre du Blog-o-trésor de Grominou, j'ai saisi l'opportunité de le lire et découvrir ainsi une poésie puissante et profonde où l'homme est au centre de cette fureur et tout ce mystère.

Le titre en lui-même pourrait d'ores et déjà faire l'objet d'une étude qui nous emmènerait en direction des mystères médiévaux - ce genre de pièces de théâtre composées de tableaux -, puis vers les chemins du catholicisme entre Passion du Christ et Eucharistie, Trinité, Incarnation, etc... Ce sont des chemins tortueux mais particulièrement riches qui dépassent très largement mes compétences et connaissances, mais dont les analogies apporteraient très certainement un éclairage intéressant à ce recueil de poèmes. Voilà tout ce que vous ne lirez pas dans ce billet !

L'homme au centre de toutes les attentions

L'écriture de René Char me fait vibrer. Il est sans aucun doute dans la lignée des Rimbaud et Saint John Perse. Enfin dans la lignée de Rimbaud, c'est assez évident ! Indépendamment de son itinéraire biographique - mais une fois encore, pour un poète, j'ai du mal à dissocier le texte de l'existence du poète ; les poètes sont très certainement des hommes d'action, aussi paradoxal que cela puisse paraître... -, j'ai abordé le recueil de René Char avec une curiosité naïve et j'ai tout de suite été marqué par l'avant propos de Fureur et mystère.

Par la suite, la lecture de l'oeuvre m'a rappelé Une saison en enfer ou encore quelques passages des Illuminations. Difficile de ne pas faire la comparaison, la transposition de ce qu'a écrit Rimbaud à l'une des deux périodes les plus marquantes du XXème siècle. René Char est très certainement un grand de la poésie du siècle dernier, chantre de l'homme et du poète à la fois.

Une grande lecture !
Par Julien
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Jeudi 19 mars 2009


 

Editeur : Gallimard (Collection Poésie)

Publication : Mars 1999

Pages : 130


Difficile à absorber

Je n'ai jamais lu de livre de Jean Genet et il faudrait très certainement que je lave cet affront avant qu'il ne me reste à l'esprit que ce poème difficile à absorber. Absorber, je crois que c'est bien le mot, car le contexte qui entoure la création du poème met à mal bien des paradigmes sociaux avec lesquels mon caractère est forgé.

Et pour apprécier la poésie, il faut que les mots sonnent en moi, qu'un écho mélodieux répondent au tréfond de mon âme, et exulte en mon coeur (l'endroit est sans aucun doute le même d'ailleurs). Que mes neurones s'agitent et, intuitivement, résonnent à la bonne fréquence, une harmonique, c'est cela que j'attends d'un poème !

Ici, le poème de Jean Genet est dédié à son co-détenu de bagne, ami et amant Maurice Pilorge, condamné à mort et exécuté le 17 mars 1939. Jean Genet y met tout son savoir-faire de poète classique sombre, entre les « épines du rosier », ou l'« ange qui sanglote accroché dans un arbre », puis soudain, nous gratifie de quelques strophes pernicieuses pour le poème lui-même, dont voici la première néfase occurrence :

« Et c'est pour t'emmancher, beau mousse d'aventure,
Qu'ils bandent sous leur froc les matelots musclés.
Mon Amour, mon Amour, voleras-tu les clés
Qui m'ouvriront le ciel où tremble la mâture

D'oû tu sèmes, royal, les blancs enchantements,
Qui neigent sur ma page, en ma prison muette :
L'épouvante, les morts dans les fleurs de violette,
La mort avec ses coqs ! Ses fantômes d'amants ! »



Puis le paroxysme :

« Tristesse dans ma bouche ! Amertume gonflant
Gonflant mon pauvre coeur ! Mes amours parfumées
Adieu vont s'en aller ! Adieu couilles aimés !
Ô sur ma voix coupée adieu chibre insolent ! »

Alors, ce n'est pas tant que je n'ai pas aimé le style de Jean Genet, mais il faut avouer que cet auteur n'a rien d'un poète, pour moi. Peut-être, pour le moins, son style est-il poétique.

En définitive, je n'ai pas aimé. Les mots crus me dérangent sans aucun doute, je préfère de loin quelque chose de plus subtile. Jean Genet poète, ce n'est pas pour moi. En revanche, je préfèrerai certainement ses romans et ses pièces de théâtre.
Par Julien
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Vendredi 30 janvier 2009




Editeur : Points (Collection Points Poésie)

Publication : Février 2008

Pages : 200


Les fleurs noires du mal

La poésie d'Aimé Césaire n'est pas facile à lire. Elle est faite de viscères, de mal, de coup de couteau solaire dans le dos, de crocs et de vampires, de fantômes, de lynch et de serpents. Toute cette atmosphère à la fois délétère et morbide, mais qui, du plus profond d'une humanité nouée avec la nature implacable, recèle d'horizons et de lueurs d'espoirs.

Mais Ferrements ne se limite pas seulement à une sombre parcelle de l'histoire de l'humanité - l'esclavage, ce n'est un secret pour personne. Le recueil délivre également un profond message pour l'engagement, la lutte contre cette face ténébreuse de la société colonialiste. Car, au travers des mots, le lecteur ébahi ressent la puissance, la force qui motive le poète, cet élan d'écriture si vital pour la survie de son être. Oh, quelle puissance dans le choix des symboles ! C'en est parfois déroutant, tourmentant. Même cette nature omniprésente ne peut pas nous soulager du poids de la faute de nos ancêtres. Césaire accuse, mais il le fait noblement, il le fait avec dignité et rage, avec la sagesse d'un démon.

Parmi les grands poètes du XXème

En tombant sur Soleil cou coupé, j'ai fait le parallèle avec deux autres poètes. D'une part avec Ghérasim Luca que j'ai lu récemment et dont le style pouvait laisser penser qu'il aurait pu écrire un tel enchaînement mythique, mais il est arrivé trop tard ou même a-t-il été inspiré par tous ses prédécesseurs pour développer son style si puissant. D'autre part, même si je n'ai pas immédiatement réussi à mettre un nom sur ce qui me semblait être l'oeuvre d'un autre, j'ai finalement retrouvé la présence de Guillaume Apollinaire dont Aimé Césaire poursuivait le sillon. Soleil cou coupé est tout simple le dernier vers du poème Zone du recueil Alcools du poète.

Aimé Césaire est certainement dans la lignée de Saint John Perse. Il en a l'étoffe, notamment biographique (très important chez les poètes finalement). Malgré ce talent, son art me touche moins que celui du maître, même si les similitudes sont grandes. Peut-être que les abîmes dans lesquelles Césaire m'entraîne me paraissent terriblement vertigineuses...
Par Julien
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Dimanche 11 janvier 2009




Editeur : Gallimard (Collection Poésie)

Publication : Octobre 2001

Pages : 309


Echo et bégaiement

Un nez, naît, naît nez, un écho, un écho comme, coco, comme une baie, bée, une baie bouche bée qui rie gaiement, une baie bégaiement, gaiement. Voilà exactement le genre de phrase qu'aurait pu écrire Ghérasim Luca dans Héros-Limite. Chez le roumain-français poète, les mots se suivent et leurs sonorités font échos les uns aux autres, comme une dyslalie mathématique. Les mots forment une suite de son qui se répondent les uns aux autres, et forment ainsi des phrases aux sonorités si parfaites.

Je ne connaissais pas du tout ce poète, et la poésie contemporaine (ou presque) est parfois si difficile, que mon choix pour ce livre à la bibliothèque, si fièrement exposés dans une étage inaccessible pour les personnes du troisième âge car il m'a fallu ramper pour toucher la couverture immaculée de l'ouvrage... Mais j'ai tout de suite compris que son texte devait être déclamé (pas sur un sentier forestier !) en public. Ghérasim Luca donnait effectivement des lectures de ses poèmes et était un grand amateur de théâtre.

« L'objet nu nu numéro 16 »

Le poème éponyme Héros-Limite est un véritable chef d'oeuvre, hymne à l'amour de la langue française, de ses sonorités si douces, qui en font la langue de tous les poètes d'hier, d'aujourd'hui et de demain... Ce poème nous entraîne dans un cheminement semblable à une suite mathématique où les premiers éléments conduisent aux suivants et où la clé pour comprendre le mot se trouve dans la somme de tous les précédents.

Bien sûr, l'écriture est sombre, parfois morbide et est essentiellement axée sur l'eros et le thanatos. Mais les allers retours entre vie et mort,
entre amour et sexe, entre vide et plein, entre fin du monde et angoisse de l'existence, peuplent ce livre avec une intensité décapante, idéal pour nous extirper d'une morne routine feutrée.

Le recueil Héros-Limite est incomparablement meilleur que les deux autres recueils proposés dans ce livre. C'est malheureusement ce qui empêche l'ouvrage de recevoir les 5 étoiles que mérite cette première partie.

Un exemple pour les oreilles !

En poésie, et particulièrement lorsque celle-ci doit être scandée, il faut prendre son temps pour lire. Chaque mot doit être lu avec attention, chaque mot compte et doit être dit distinctement. Alors, seulement, le poème dégagera tout son arôme, toute sa force, et restera dans la mémoire, comme un instant magique où notre âme a goûté cette poésie, sans pouvoir jamais en retrouver l'exactitude de l'instant dans les archives de la mémoire...

« La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie »
Par Julien
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Mercredi 2 juillet 2008

 

Il s'agit là, pour moi, du chef-d'oeuvre absolu de la poésie contemporaine francophone. Publié une première fois en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Vents est sans conteste l'ouvrage de référence de Saint John Perse (Alexis Léger Léger pour les intimes) et sans aucun doute, l'ouvrage qui lui a permis de décrocher un surprenant - a priori seulement car quand on connaît les méthodes d'élection des prix Nobel, il n'y a pas vraiment de surprise à ce qu'un ancien diplomate qui entrait parfaitement dans les critères de sélection soit choisi - prix Nobel de Littérature.
Saint John Perse, s'il faut évoquer l'homme, mais cela ne sert en rien le discours poétique, il faut décorréler l'homme de son oeuvre comme on le ferait tout naturellement pour Céline ou Kafka (et si on ne le fait, il faut le faire sinon on ne peut pas comprendre l'oeuvre en tant que telle), c'est le poète dont l'incarnation dans le monde sociale n'est autre qu'Alexis Léger, un diplomate en vue du Quai d'Orsay (secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères en 1933) jusqu'en 1940. Il doit alors s'exiler aux Etats-Unis où il trouve une terre d'accueil propice à la rédaction de Vents.

S'il s'attaque à l'élément de l'air, Saint John Perse est avant tout un devin. Un poète-devin, et donc visionnaire, qui livre une connaissance du monde qui n'a aucun égal, un monde à la fois érodé et figé, mais en ébullition car les vents balayent la poussière de ce monde.

Saint John Perse est un naturaliste. Il se délecte de champs lexicaux "naturels" d'une précision parfois quasi-entomologique, mais chaque mot a sa place dans le chant poétique. Car si la polysémie des vers en prose donne parfois le vertige, la musicalité, quant à elle, est précise, délicate et clairement identifiable dans cette partition vocale. Vents se lit à haute voix, s'apprend et se récite. D'abord la musique dans la bouche, comme un filet fluet de voix qui s'immisce dans l'atmosphère. Viennent par la suite les sens, successivement... Mais cela reste presque annexe. Apprécier la beauté du monde, c'est également lire les poèmes de Saint John Perse. Qui d'autre que lui transpose avec cette rigueur, cette précision, cette vision, la beauté intrinsèque de la Nature en une musicalité poétique sans précédent ? Ah, on touche ici à quelque chose d'extatique.

Mais si vous n'aimez pas lire, ce livre est fait pour vous. Pas la totalité du livre, car, si vous n'aimez pas lire, vous n'y comprendrez rien - et ne vous en voulez pas pour cela, vous ferez partie de la majorité et il y aura avec vous un grand nombre d'intellectuels par ailleurs très brillant. La poésie s'enseigne, certes, mais pour la ressentir, il faut une certaine prédisposition d'esprit... Non, si vous n'aimez pas lire, apprenez par coeur le verset 1 du chapitre I, ce qu'on appelle parfois l'incipit. Apprenez-le par coeur, et répétez-vous le, juste pour voir si vous le retenez bien. Ce n'est pas plus compliqué que d'apprendre une chanson de popstar par coeur. De toute façon, faites comme si c'était de l'anglais : si vous ne comprenez rien à ce que vous apprenez, ne vous tarauder pas l'esprit : il faut juste arriver à le prononcer correctement.
Car le but du jeu est de se le répéter. De temps à autres pour vérifier que vous le retenez bien. Et puis un jour, dans un moment particulier, par exemple vous serez à la plage, ou à la montagne, il y aura un beau paysage et même un coucher de soleil (il suffit d'attendre que le soleil se couche, parfois c'est long mais ça vaut toujours le coup), et puis quand le soleil se couche, il y a souvent cette brise crépusculaire, vous l'avez remarquée, n'est-ce pas ? Lors de ce moment très particulier, mais pas si rare que cela finalement (sortez de chez vous sinon, si vous ne regardez jamais de coucher de soleil, il faut absolument que vous éteigniez ce satané ordinateur et que vous alliez au contact de la Nature - non que dis-je !! Si tout le monde suivait ce conseil, si tout le monde était kantien, alors nous serions bien trop nombreux à regarder les couchers de soleil et cela perdrait tout son charme...), donc pas si rare, vous pourrez réciter votre poème. Cela viendra naturellement. Là vous verrez comment vous vous sentez. Si cela ne vous fait rien, et bien tant pis, au moins vous aurez essayé et ça, personne ne pourra vous le reprocher, bien au contraire. Autrement, si cela vous fait quelque chose, vous sentirez en vous-même pourquoi la Poésie est à l'Homme ce que les Vents sont à la Terre.


Pour vous donner envie, voici un teaser de l'incipit de Vents :

    C'étaient de très grands vents, sur toutes faces de ce monde,
    De très grands vents en liesse par le monde, qui n'avaient d'aire ni de gîte,
    Qui n'avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
    En l'an de paille sur leur erre... Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

Par Julien
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Mardi 1 juillet 2008


Arthur Rimbaud (1854 - 1891) avait-il eu une correspondance secrète avec Rainer Maria Rilke (1875 - 1926) ? Si ce dernier donnait quelques conseils érudits à un certain monsieur Kappus, il tenait sans aucun doute du premier la nécessité d'exister pour son art et de vivre comme si le temps n'avait pas d'emprise sur lui. Rimbaud n'avait pas la prudence de son successeur. Ce n'était pas non plus le météore qu'on a bien voulu nous faire croire : de 1870 à 1875, Rimbaud écrit son oeuvre. Inutile de tergiverser : lorsque le temps n'a pas d'emprise sur vous et que vous vouez votre vie entière à votre art, l'essentiel peut être dit en quelques heures comme en quelques années. Et Rimbaud n'a pas tourné autour du pot ; il a plongé dedans. Son pot à lui, ce fut dans un premier la poésie. De toute manière, la poésie de l'époque, en pleine crise d'adolescence, avait bien besoin d'un représentant digne de ce nom. C'est Rimbaud qui incarnat le rôle de la Poésie. Il en a payé son écot avec un brio inégalé.

Ensuite, Rimbaud passa le reste de son existence à attendre que les questions effleurées à sa naissance prennent la forme de la sagesse prédite par Rilke. Mais, ce fut dans ces moments là que le temps eut de l'emprise sur Rimbaud ; redevenu banausos, il s'essaya à être un parmi le commun des mortels. Cependant, le mal était déjà fait et, triste de sort que celui de la reconnaissance littéraire qui ignore les uns qui veulent y goûter et encense les autres qui la fuient : le monde peut aujourd'hui s'émerveiller devant quelques chefs-d'oeuvre de la poésie.

Poésies

C'est là que Rimbaud a tué les auteurs de son siècle, portant un coup fatal à tout ce que les autres avant lui avaient entrepris. Rimbaud atteint en quelques vers la quintessence de l'Art, avec une maturité qui tourne le conformisme en dérision (Ophélie) :
    Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
    La blanche Ophélia flotte comme un grand lys
Voilà qui sonne bien ! Mais attendez, Arthur prépare quelques mots ravissants... dont lui seul à le secret :
    Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
    Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
    Tes grandes visions étranglaient ta parole
    - Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !

Le petit Rimbaud aime déjà la pro-vocation (tiens marrant, on croirait lire un philosophe des temps modernes qui invente un mot en ajoutant un tiret entre la préfixe et la racine !) et ne s'en cache pas (Venus Anadyomène) :
    D'une vieille baignoire émerge, lent et bête,
    Avec des déficits assez mal ravaudés ;
    [...]
    - Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
    Belle hideusement d'un ulcère à l'anus


Bravo l'artiste, pour toute cette poésie. Mais c'est ça Rimbaud : un gamin un peu fou fou qui a découvert à sa puberté qu'écrire des vers latins ne suffisait pas ; il fallait chanter l'adolescence à l'humanité toute entière, avec insolence, avec ironie, avec effronterie ! (Roman) :
    On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.

Rimbaud aime par dessus tout la peinture. C'est un poète, d'accord, mais c'est surtout un peintre des mots. Et même, c'est un coloriste des mots. N'ayons pas peur des comparaisons : pour moi, Rimbaud est à la poésie, ce qu'Eugène Delacroix est à la peinture. Non, vous n'êtes pas dans un test de quotient intellectuel (sinon vous vous êtes bigrement égaré), mais sur un simple blog... (Le Mal) :

    Tandis que les crachats rouges de la mitraille
    Sifflent tout le jour par l'infini ciel bleu ;
    Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
    Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Ou encore, l'incroyable quatrain dédié à la déesse égyptienne Nout :

    L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
    L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
    La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
    Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
   
Non, ne cherchez pas cette dernière interprétation, c'est personnel. Mais cela ne fait pas de mal de croire ce que l'on veut... Pour en finir avec les couleurs, je ne citerai pas Les Voyelles.

Pour en finir avec Poésies, je ne peux pas oublier Le Dormeur du Val, daté d'Octobre 1870 : "Les pieds dans les glaïeuls, il dort". C'est-y pas beau tout ça ! Non, franchement, comment voulez-vous reprendre votre terne existence après avoir côtoyer les mots pénétrants de cette ouvrage ? Comment ? Ne regardez plus le monde de la même façon, cela en vaut vraiment la peine. Voilà ce que l'impétueux Rimbaud a compris trop tôt ; il en arrive à des conclusions que nous ne comprendrons au mieux qu'à la fin de notre existence. C'est cela avoir un train d'avance. On peut dire que pour son existence, il a mis la charrue avant les boeufs, le petit Arthur (et vous comprendrez cette expression comme vous voudrez !).

Une Saison en Enfer

Non, ce n'est pas le titre du dernier film produit par Tarantino ou un énième super-production sur la guerre du Viet Nam. Quoique... Ce recueil sort en 1873. Rimbaud a 19 ans à cette époque. Rappelez-vous, vos 19 ans. Vous ne faisiez rien ? Normal, vous ne viviez pas encore. Rimbaud, lui, qui savait que le temps n'avait pas d'emprise sur lui, a fondé le renouveau de la poésie. Rien que cela ! Mais pas que cela !
Claude Lévi-Strauss et ses Tristes Tropiques n'ont qu'à aller se rhabiller (pourquoi lui ? c'est gratuit !) : Rimbaud piétine l'occidentalisme, le christianisme, les enfers et tout ce qui passe à ce moment là sous sa plume. Il piétine, non, il achève, il détruit. Il fallait que les choses soient claires.

    Il faut être absolument moderne.

Rimbaud, c'est la révolte. On a déjà entendu ça... C'est dans sa Saison en Enfer que le poète nous fait sa crise post-pubère, mais il entraîne avec lui une bonne partie du monde littéraire, peut-être de l'humanité, qui en cette fin de 1873 fait une belle crise de puberté, avant que la voix ne s'enraille en 1914 et que les boutons n'éclatent en 1939.

Illuminations

Rimbaud, c'est le Nostradamus de la poésie. Il le prouve avec ces Illuminations excellentes. Pour vous en convaincre, relisez Solde, relisez Villes, relisez Démocratie. Sachez écouter les poètes, ce sont les yeux et les oreilles de votre temps et des temps à venir. Ce sont les véritables guides. Sachez les discerner, parmi la foule. Car dans la beauté des mots, ils exposent le monde. Sachez les comprendre, avant qu'ils ne disparaissent, avant qu'ils ne s'exilent.

    Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m'ont précédé ;

Et vous qui ne connaissez plus une multiplication par coeur, qui n'apprenez plus aucun numéro de téléphone, qui ne retenez pas même les paroles de vos chansons préférées. Si vous ne deviez apprendre qu'une seule chose, apprenez, par coeur, Génie. Et, dans les moments difficiles, dans ces instants intenses qui ne nous sont pas épargnés dans une existence sereine, sachez réciter ce chant divin qui, n'en doutons pas, sauvera l'essence de votre être.
Par Julien
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