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Fouiller

Littérature américaine

Samedi 17 octobre 2009
 


 

Editeur : Folio

Publication : Janvier 2009

Pages : 122

 

Le prix Nobel de Littérature 1962

Dans la lignée de mon immense challenge Prix Nobel, cette lecture de quelques nouvelles de John Steinbeck aura été l'occasion pour moi de découvrir l'écrivain américain. Le meurtre et autres nouvelles contient quelques nouvelles à la manière du Benjamin Button de Francis Scott Fitzgerald : j'ai parfois trouvé le style assez proche.

Le harnais

La première nouvelle du recueil évoque la vie d'un fermier dans son village de Californie, qui toute sa vie aura été sous l'emprise d'une femme trop mesurée à son goût. A l'image du harnais (une sorte de gaine de minceur) qu'il porte pour faire disparaître son gros ventre et lui donner l'apparence d'un jeune premier, il aura vécu son existence pour faire plaisir à son épouse chétive, lui prêtant au final l'origine des contraintes qu'il s'impose à lui-même pour lui plaire.

Par Julien
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Mardi 24 février 2009


Editeur : Pocket

Publication : Décembre 2008 (3ème édition)

Pages : 117


Je veux aller au cinéma le voir

Mon papa me laisse écrire un article tout seul, alors je vais vous raconter l'histoire de Benjamin Button qui a décidé sans le vouloir de naître un jour comme un vieillard et de vivre toute sa vie à l'envers, c'est-à-dire que lorsque le temps il passe, Benjamin Button qui est déjà vieux au départ, il devient de plus en plus jeune.

Au début, cela m'a fait tout drôle de savoir que le vieillard était considéré comme un bébé, et c'est pourquoi son père à Benjamin Button il le rejette. Après, on s'aperçoit que le bébé qui est une espèce de vieux passe du bon temps avec son grand-père qui fait le même âge, parce qu'ils ont des similitudes et qu'on les considère l'un et l'autre de la même façon, alors ils se racontent des choses entre eux, des choses qui les concernent.

Quand Benjamin veut s'inscrire à l'université, les gens se moquent de lui parce que physiquement c'est un vieux, mais en fait, il est jeune dans sa tête et pourtant, il faut croire que dans la vie, on ne peut vivre en société que si on fait l'âge qu'on est censé avoir pour faire les choses.

Plus tard, quand Benjamin vieillit, il devient plus jeune physiquement, et c'est avec son père, qui pour le coup a le même âge que Benjamin se sent le plus proche. On ne parle plus du grand-père à ce moment là. Mais le père est très fier de son fils qui lui ressemble, comme si c'était un miroir qui avait de l'avenir.

Quand Benjamin Button tombe amoureux d'une fille plus jeune (beurk, les filles c'est nul), elle lui dit qu'elle s'ennuie avec les gars plus jeune parce qu'ils ne parlent que de champagne et d'argent, et qu'ils ne sont pas matures. Elle épouse Benjamin, mais tous les gens disent que c'est une trop grande différence d'âge et qu'elle épouse un vieillard. En fait, plus les années passent et plus Benjamin devient jeune.

Heureusement que les gens sont bêtes et qu'ils z'ont une mémoire de poisson rouge (je crois que ça a à voir avec un truc que les grands appellent tout le temps carpe diem), et qu'ils oublient tout le temps ce qui s'est passé quelques années auparavant, sinon tout le monde trouverait bizarre ce Benjamin Button.

A un moment, Benjamin doit avoir le même âge que sa femme, mais c'est une période de sa vie où Benjamin travaille beaucoup trop et il n'a pas beaucoup de temps à lui accorder. Elle le savait, elle qui a dit à un moment que les jeunes étaient immatures, que les trentenaires travaillaient trop et que les vieux étaient trop proches de la mort.
Cette période là de sa vie est marquée par la guerre, mais la guerre fait s'écouler le temps trop rapidement, et Benjamin ne voit rien passer.

Puis Benjamin devient de plus en plus jeune, se venge de l'université qui l'a refusé, et fait des trucs de jeunes. Il devient très proche de son fils, mais comme Benjamin devient de plus en plus jeune, jusqu'à redevenir un enfant, il devient un boulet pour toute sa famille, pour son fils plus particulièrement. Son fils n'a pas tellement envie de s'occuper de son père et lui donne une nourrice. Jusqu'à ce que Benjamin redevienne un bébé.

J'ai beaucoup aimé cette histoire, parce qu'elle raconte que n'importe quel bout qu'on prend la vie d'un homme, les extrémités sont toujours des étapes où on dépend de quelqu'un d'autre de sa famille. Qu'on la prenne à l'endroit ou à l'envers, la vie est toujours un peu la même.
Et puis l'autre chose que j'ai trouvé bien montré, c'est que l'âge est quelque chose d'important dans les relations entre les hommes, et que c'est dommage qu'un enfant ne puisse pas faire certains trucs s'il est déjà prêt dans sa tête, et qu'un vieillard soit relégué à l'arrière plan s'il est encore vif dans son esprit.

Je suis sûr qu'il y a encore tout plein d'enseignements qu'on peut tirer de cette nouvelle, mais je ne suis pas encore assez grand pour tout comprendre. Mais j'ai beaucoup aimé et j'ai envie de voir le film maintenant. Merci papa pour m'avoir laissé écrire et corrigé les fautes d'orthographes, enfin presque toutes.
Par Julien
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Samedi 3 janvier 2009




Editeur : Albin Michel (collection Latitudes)

Publication : Mai 2004 (This cold heaven, 2001)

Pages : 432


Le mammouth...

C'est lors d'une séance d'archéologie impromptue organisée dans ma bibliothèque que j'ai fait cette découverte surprenante, cet objet lourd et contondant, de prime abord une arme antique avec des armoiries étranges. En réalité, il s'agissait d'un récit de voyage comme je les aime, dans le froid du Grand Nord, là où les extrêmes dévoilent des facettes de l'humanité que nulle autre endroit dans le monde ne sait extraire de la torpeur humaine.

Je crois que j'ai eu peur en parcourant les premières pages de ce récit de sept voyages au Groenland d'une américaine dont je ne savais rien d'autre que son nom à mi-chemin entre un personnage des frères Grimm et un comte bavarois sorti d'une trilogie d'Anne Rice. Je me suis immédiatement rappelé Jean Malaurie, l'incomparable héros français qui a bercé ma jeunesse de ses histoires d'Inuït, ses contes et légendes ramenés des pays du froid, ses histoires de traîneaux qui sentaient bon les vacances d'hiver dans le Jura, et toute cette culture des groenlandais qui m'était totalement inconnue à l'époque.

Des récits de voyages contemporains

L'ennui lorsqu'on commence à faire une comparaison, c'est qu'on a peur que le suivant soit une pâle copie du premier. Mais je fus tout de suite rassuré : Gretel Ehrlich n'est pas anthropologue et n'est pas française. Cela fait deux points distinctifs majeurs et même rédhibitoires pour une comparaison. N'en parlons donc plus !

Gretel Ehrlich raconte donc ses voyages, avec un lyrisme propre qui rend poétique tous les jeux de lumières et d'obscurité que la glace révèle à des latitudes où les aurores boréales, les nuits de plusieurs jours, les jours de plusieurs nuits, s'emmêlent dans une féerie optique magique qui nous rappelle les plus grandes heures des lois de Descartes, certaines expériences de Young, de Fresnel, d'Airy ou de Raleigh et autres petits trublions de l'optique géométrique...

Des récits d'expéditions mythiques

Pour rendre ses propos plus digestes, elle insère adroitement les différents récits des expéditions de Knud Rasmussen - si vous ne deviez retenir qu'un nom, ce serait celui-là -, l'explorateur anthropologue danois qui a voué son existence à sortir de l'ombre les peuplades "esquimaudes" (cette appellation est assez péjorative puisqu'elle signifie "mangeurs de viande crue", ce qui ne plait guère aux intéressés, pourtant, dans l'esprit populaire des français, il est inévitable de penser à cette délicieuse glace en bâtonnet, à la vanille et enrobée de chocolat aux noisettes, dont on trouve désormais de délicieuses variantes avec tous les chocolats possibles et tous les fruits exotiques imaginables, mais tout cela ne nous en dit pas plus sur ces récits d'aventures).

Au final :

Gretel Ehrlich a un talent certain pour résumer et nous ressortir avec un brio évident les plus riches heures des expéditions périlleuses de Rasmussen. Rien que pour ces chapitres, ce livre mérite d'être lu. Gretel est passionnée et elle comprend parfaitement la psychologie du personnage, même si son talent de scénaristique aurait éventuellement tendance à combler certaines absences de l'autobiographie du danois. La synthèse que l'américaine nous en donne est parfaitement digeste, et même très agréable à lire.

En revanche, les chapitres concernant ses propres voyages sont moins croustillants. Elle décrit une chronique assez pâlote dans l'ensemble, même si j'ai vraiment apprécié la lecture de ces récits. Certains personnages sont parfaitement décrits : le japonais Ikuo Oshima m'a particulièrement touché pour sa volonté de faire ce qu'il avait envie d'être dans la vie, sans savoir réellement ce qu'il cherchait. Il travaillait dur au Japon, il prenait des cours d'escalade en parallèle, et un jour, un certain Naome Uemura a décidé d'atteindre le pôle nord et l'a enrôlé dans son équipe. Ikuo a trouvé dans la vie dure du Groenland le destin qu'il cherchait sans le savoir. Libéré des contraintes de la vie sociale de Tokyo, il a découvert un monde impitoyable où l'homme a conscience qu'à chaque instant, il peut mourir, et où la quête de la nourriture est une nécessité pour la survie (et non pas la corvée des commissions que nous affrontons tous avec nos chariots).

Pourtant Gretel Ehrlich ne se contente pas de nous narrer les histoires du Groenland : elle étend ses recherches à l'archipel de Baffin-Parry, à l'Alaska également, où vivent les populations Inuïts et Yupiks. Un panorama complet pour celles et ceux qui se sentent du voyage. Vous allez aimer découvrir quelques termes pour dire phoque, ours, renard arctique, chien, et puis la cinquantaine de termes (si ce n'est pas plus) pour désigner la neige (car en inuit, la neige qui tombe s'appelle qaniit, celle qui est déjà tombée s'appelle aput...). Bref, vous en apprendrez énormément sur les habitudes des peuples de l'arctique, pour peu que manger de la poudreuse ne vous rebute pas...

J'ai lu ce livre dans le cadre du défi "Lire autour du monde" et de mon challenge ABC 2009. D'une pierre deux coups, comme dirait l'esquimau chassant le phoque sur la banquise.
Par Julien
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Samedi 1 novembre 2008
4 / 5


Ah Paul Auster ! Le premier auteur que j'ai lu dans la langue de Shakespeare. C'était Vertigo et j'avais absolument adoré ce livre. Par la suite, j'ai enchaîné avec la Trilogie New-Yorkaise, puis La Musique du Hasard et Léviathan. Un auteur majeur dans l'histoire de New-York (et surtout de Brooklyn), inconstestablement.

Ce livre faisait partie de la lecture commune du Blogoclub pour le 1er novembre, et double coïncidence : je l'avais déjà lu et je n'avais toujours pas rédigé d'article sur ce roman. J'en profite donc pour réparer cette injustice et pour aller fouiner dans mes souvenirs...


J'ai lu Brooklyn Follies à sa sortie, en septembre 2005. Pour moi, cela ne ressemble pas à du Paul Auster, car il manque une dimension kafkaienne dans ce Brooklyn-là. Pas de mysticisme, pas de terrorisme, pas de mise en abyme terrifiante, de psychopathe milliardaire ou de détective farfelu. Dans ce roman, ce sont des gens comme vous et moi, enfin, surtout comme Nathan Glass qui fait sa crise de la quarantaine à soixante ans et qui décide de partir en vadrouille avec son neveu Tom.
C'est un roman d'apprentissage, pour tout être humain sans distinction d'âge, car c'est un apprentissage de la mort que Paul Auster nous propose clairement. Pour apprécier sa propre existence, il faut bien préparer sa mort. L'incipit du livre est explicite à ce sujet. Nathan cherchait un bel endroit pour mourir.

Je me souviens encore du sentiment que ce livre m'a laissé : je suis resté perplexe. A la manière des livres de Russell Banks, je savais que ce roman était très bon, mais je n'arrivais pas à voir en quoi il me marquait. Etait-ce le deséspoir de ces héros ordinaires qui cherchaient vainement un sens à leur existence ? Etait-ce le message d'espoir qui serpente tout au long du roman, jusqu'aux dernières pages (attention, de mémoire, les derniers mots tombent comme un couperet sur l'ensemble du roman) ?

Il est parfois bon de se laisser porter par ce sentiment de joie intense (mêlé d'un profond questionnement sur sa propre identité) que procure la lecture de certains livres, et même si Brooklyn Follies ne ressemble pas à ce que Paul Auster a pu faire de mieux, il n'en est pas moins remarquable.

Par Julien
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Dimanche 19 octobre 2008
4 / 5


Arthur Gordon Pym, l'intrépide

Le cercle faiblement lumineux d'une bougie oscillant sur les fines pages du vieux livre ; une odeur de cire, de sciure, de rhum frelaté et d'antiques relents de poisson émanant du pont de bois ; et cet effroyable sentiment de pouvoir mourir atrocement à chaque instant, mutilé par un éclat de bois, coulé par un naufrage sous le grain à "bas ris", dérouillé par un acte déloyal de mutinerie, capturé par une piraterie inopinée, avalé par une avarie surprenante mais probable, victime d'un empoisonnement sournois, découpé d'un coup de hache, ou desséché par la soif : tels sont les conditions déplorables et les inévitables tourments auxquels le lecteur sera confronté en se plongeant au coeur du récit des Aventures d'Arthur Gordon Pym.

Arthur Gordon Pym, de Nantucket, assuré d'obtenir l'héritage d'un aïeul fortuné, se lie d'amitié avec Auguste, fils d'un capitaine de navire. Les deux garçons sont bercés par les aventures marines et décident un soir, sans préparation, de prendre le large. Rapidement, ils sont pris dans une tempête qui détruit leur embarcation, et sont sauvés dans des conditions épiques par un baleinier dont l'équipage est tout bonnement fantomatique (I). Ayant frôlé la mort de très près, les deux jeunes décident, quelques mois plus tard, de s'embarquer à nouveau sur le Grampus, un brick devant mettre voile en juin 1827 pour une pêche à la baleine. Comme le père d'Arthur s'oppose à ce projet, Auguste propose à son plus jeune ami de cacher dans la cale du baleinier, et une fois que le navire sera suffisamment loin pour ne plus faire demi-tour, il pourrait se montrer. Arthur s'exécute, passe quelques jours dans l'obscurité de sa cale avec une cruche d'eau et quelques provisions, mais, en dehors d'une apparition furtive d'Auguste, n'a plus aucune nouvelle de son ami pendant plusieurs jours. En compagnie de Tigre, son terre-neuve, Arthur va tergiverser, dormir de faiblesse pendant plusieurs jours, avant de découvrir un mot laissé par Auguste, attaché à son chien (II). Après avoir trouvé plusieurs stratagèmes pour décrypter le message, Arthur, assoiffé et affaibli, est rejoint par Auguste (III). Ce dernier lui explique qu'une mutinerie a éclaté au quatrième jour de la traversé et qu'il a échappé à une mort certaine grâce à la bonté du maître cordier, Dirk Peters (IV), et comment, prisonnier, il résolut de lui écrire un message avec son sang sur une lettre attaché à Tigre (V).
La suite du résumé peut être consulté dans le lien Wikipedia (en fin d'article). J'ajouterai simplement l'évènement central du roman, qui a sans doute marqué Yann Martel dans la rédaction de son Histoire de Pi : la "Courte Paille", où Richard Parker, ayant proposé que l'un des survivants du naufrage soit sacrifié pour nourrir les trois autres, perd son tirage au sort. Chapitre central où Arthur Gordon Pym relate précisément ses états d'âme : particulièrement intéressant, surtout lorsque cette citation toute faite pour notre ami canadien surgit du texte de Poe.  « [...] et maintenant, que je dusse vivre ou mourir, les chances étaient précisément égales. En ce moment, toute la férocité du tigre s'empara de mon coeur, et je sentis contre Parker, mon semblable, mon pauvre camarade, la haine la plus intense et la plus diabolique. »


Poe manie avec une habileté maîtrisée les affres du sordide et détaille avec précision la vie à bord du brick, toujours dans ce qu'elle a de plus dangereux ou de plus effroyable : il aime côtoyer les morts et les fantômes. Par exemple, les baleiniers qui sauvent Arthur lors de sa première escapade avec Auguste, ressemblent en tout point à ces fameux marins du vaisseau hollandais qui revenait d'entre les enfers ; toujours dans la même veine, Arthur se déguise en revenant défiguré pour triturer les esprits ivres et crédules des mutins, le tout dans une atmosphère de tempête, sous un ciel sombre, avec le vent qui souffle comme un esprit malin et un navire qui tangue à en avoir le haut-le-coeur. Remarquablement, l'effroi est instillé habilement par l'auteur, afin de rendre plus intenable la situation du héros et plus incroyable la marche du destin, afin de tenir le lecteur en haleine car à chaque chapitre une nouvelle aventure aux limites de l'humanité. Oui, c'est cela, aux limites de l'humanité. Il faut croire que Poe a voulu savoir jusqu'à quel point l'être humain était capable de vivre. Cela pourrait paraître sordide, mais le héros de Poe ne se décourage pas, même dans les pires moments où il semble voir approcher, dans le noir de sa torpeur, la terrible faux luisante. Arthur G. Pym ne se laisse pas abattre et, même s'il occulte parfois son courage au profit de sa bonne étoile, sa seule raison d'exister est l'aventure, on le sent rapidement.

Toute la seconde moitié du roman, le seul écrit par le sudiste Poe, est consacré à des considérations, certes aventureuses, mais avant tout symboliques, sous couvert de précisions réalistes quasi-scientifiques :  digressions ornithologiques avec une énumération pertinente de l'ensemble des espèces pouvant être rencontrées dans l'océan Pacifique ou Antarctique ; digressions nautiques avec l'ensemble détaillé des manoeuvres bien connues des marins ; digressions cartographiques avec les positions de latitude et de longitude des îles Kerguelen, des Cochons ou encore de la fameuse île Tsalal ; digressions géologiques sur l'île de Tsalal... On sent bien l'influence qu'a pu exercer Edgar Poe sur un auteur comme Howard Philip Lovecraft.


Je m'accorde une sorte de prolongation de l'Histoire de Pi de Yann Martel en découvrant l'ouvrage qui est, d'une certaine manière, à l'origine du Booker Prize 2002. Inévitablement, les liens sont puissants : le naufrage du Grampus ; Gordon Pym, le héros, qui se retrouve seul avec Tigre, ici, un chien ; le personnage de Richard Parker, qui propose aux rescapés de manger l'un d'entres eux pour sauver les naufragés restants - et au passage, le cannibalisme de Richard Parker est comparable au terrible tigre de Bengale de Martel ; autant d'images extraites de l'oeuvre de Poe (et traduite avec une certaine musicalité par Baudelaire) qui sont évoquées aussi bien dans le tableau de Géricault (Le Radeau de la Méduse) que dans le roman du canadien.



Martel est allé plus loin dans le réalisme descriptif que ce qu'avait osé son illustre prédécesseur. Au compagnon canin, Martel propose un tigre de Bengale. Au coq, une ménagerie composée d'une hyène, d'un zèbre et d'un orang-outang. Aux naufrages successifs, il invoque une errance unique mais bien plus longue. Au cannibalisme introduit par Poe, il répond par la scatophagie de Pi Patel (mais il reprend d'une certaine manière le cannibalisme avec le cuisinier français). Il n'est pas inconcevable que Martel, ayant lu ou relu les aventures d'Arthur Gordon Pym, ait vu émerger de la trame du récit ce qui allait bientôt devenir un remarquable roman. Car l'unique roman de Poe a marqué un grand nombre d'écrivains et, en raison notamment, mais pas seulement, de la seconde partie du livre, a suscité une multitude d'interprétations.

Pourtant, tandis que notre contemporain s'est amusé à une écriture à base de soupçons de poésie, au risque de tomber sur quelques plages d'ennui ou de langueur - mais c'est là aussi toute la force de l'écriture performative de Martel -, Poe ne s'égare pas dans les limbes poétiques : chaque évènement sur la navire est un prétexte à une aventure, à une action, à un mouvement, à un enchaînement de causes conséquences, et lorsque le temps s'écoule lentement dans les aventures, le lecteur est malgré tout porté par un flux d'écriture constant et entraînant. Voilà donc le tour de force du talentueux Poe.

En définitive, je retrouve mon âme d'adolescent à suivre les aventures effroyables d'Arthur G. Pym et, une fois n'est pas coutume, la veine des flibustiers et des mutins méchants a réveillé le navigateur imaginaire qui sommeillait en moi... Ensuite, l'énigme fantastique de la fin du récit m'a moins tenu en haleine. J'avais trop l'impression de lire, de façon totalement justifiée, les prémisses de Dans l'abîme du Temps de Lovecraft, que je trouve plutôt soporifique (j'évoque uniquement la nouvelle, pas le livre éponyme qui comporte l'excellente nouvelle La maison de la sorcière).

Pour aller plus loin dans l'analyse même de ce livre, je vous conseille de jeter un oeil curieux sur l'excellent article Wikipedia correspondant : Les Aventures d'Arthur Gordon Pym.

Par Julien
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Samedi 20 septembre 2008
5 / 5


Il n'est parfois nul besoin d'écrire un roman de 500 pages pour émerveiller un lecteur sur le talent d'un auteur.

Le conte de Noël d'Auggie Wren
est un chef-d'oeuvre d'efficacité. Paul Auster réalise un véritable travail d'orfèvre en moins d'une trentaine de pages, avec un brio qu'il ne répètera malheureusement pas toujours dans les romans qui constituent son oeuvre.
Mais là, nous tenons la quintessence du talent d'Auster.


Paul, le narrateur, doit écrire un nouvelle pour le New York Times qui doit paraître au matin de Noël. Auggie, qui tient une boutique de cigares, à Brooklyn inévitablement, connaît Paul depuis onze ans. En échange d'une invitation au restaurant, Auggie va raconter à Paul une histoire pour le conte de Noël. L'histoire en elle-même est d'une sobriété épatante ; mais elle atteint la sensibilité du lecteur avec une rare simplicité.
Pourtant, la mise en abyme réalisée par Paul Auster est digne des plus grands (je pense à Gide ou à Zweig), car ce conte a réellement été publié dans le New York Times en 1990.


Du moment qu'une personne y croit, il n'existe pas une histoire qui ne puisse être vraie
. Paul Auster est rejoint par Yann Martel sur ce point.

Je n'ai  pas lu ce conte dans la version "Actes Sud Junior" mais les illustrations peuvent y ajouter un petit quelque chose (en espérant que cela ne dénature pas l'histoire). J'avais en mémoire, en lisant le texte, l'extrait du film de Wayne Wang, Smoke  (avec l'excellent Harvey Keitel) qui y fait référence.

Par Julien
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Samedi 24 mai 2008
4 / 5



Résumé :

William Bloom raconte l'histoire, la vie et la mort, de son père Edward, dont la biographie confond rêve et réalité, mythes et légendes. Pour William, son père est à la fois un personnage fascinant, mythomane, courageux et intrigant. En définitive, il ne connaît son père qu'au travers des récits fantasque de sa "vie", mais c'est comme cela, après tout, qu'est son père : un gros poisson insaisissable.

Par Julien
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Jeudi 3 janvier 2008
3 / 5

Le style de Percival Everett est suffisamment original pour valoir le détour. L'histoire est entrecoupée de saynètes, de pensées (au sens pascalien), d'extraits de pièce de théâtre, d'extraits de roman, en un sens de tout ce qui compose l'univers du personnage, Thelonious Monk Ellison, un écrivain un peu trop intellectuel. Effectivement, toutes ces interruptions du récit montrent à quel point Monk est en décalage avec le commun des mortels, faisant d'Effacement un roman forme-sens. Ajoutons à cela, le brillant passage sur le livre du personnage Monk, une excellente mise en abyme.
Cependant l'univers de Monk ne me semble ni réaliste (le décès de sa soeur, l'homosexualité de son frère, la maladie de sa mère, ses propres doutes, tout cela lui tombe dessus d'un seul coup), ni intéressant (Percival Everett ne parvient pas à me capter !). Je me suis pourtant prêté au jeu.
Par Julien
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Jeudi 3 janvier 2008
4 / 5

Russell Banks est particulièrement brillant lorsqu'il s'agit de rentrer dans la peau de ses personnages. Dans De Beaux Lendemains, l'histoire tourne autour de l'accident mortel d'un bus de ramassage scolaire. Tourne autour, car chacun des personnages - ils sont quatre - raconte l'histoire de son propre point de vue.

Le sujet principal de ce livre est la question de responsabilité. L'avocat Mitchell Stephens est le personnage autour duquel la responsabilité, les coupables et les raisons du drame gravitent. Mais ce n'est pas lui le maillon essentiel de la chaîne. Et c'est ce que Russell Banks veut nous montrer très subtilement. Chacun des personnages, à son tour, aura sa part de responsabilité dans l'après-accident, car chacun devra vivre avec cela, une perte, une culpabilité, un désir de vengeance ou un handicap.

Le récit m'a laissait une impression de crescendo pour atteindre le paroxysme avec l'histoire de Nicole Burnell, qui montre le pouvoir du pardon, avec une mélancolie indescriptible.

Par Julien
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Lundi 11 septembre 2006

4 / 5

 Russell Banks a certainement du talent. Du talent pour raconter l'histoire d'un gamin de 14 ans, Chappie, qui n'est plus tout à fait un gamin. Chappie, avec son mohawk et son tatouage, se définit comme un mall rat échoué dans une minuscule ville américaine, Au Sable (NY). Il cherche à fuir son univers familial ravagé (mère alcoolique, beau-père pervers) en dealant et en se droguant avec son ami Russ. On sent que c'est encore un gamin, au début du livre, et on sent bien que ce qu'il va endurer va le faire mûrir, mais on ne sait pas vraiment comment. Un fruit qui mûrit trop vite à tendance à pourrir... Une rencontre dans le centre commercial - un canadien accompagné d'une petite-fille - va être le point de départ d'un voyage initiatique qui conduiront Chappie à la découverte progressive de sa véritable identité : Bone.

Il est difficile d'en dire plus sur l'histoire sans en gâcher l'effet de surprise. Non pas qu'il y ait des rebondissements extraordinaires - extraordinaires non... Mais il n'en reste pas moins que les rebondissements sont autant de pistes pour Bone de réfléchir à son identité, de se positionner entre le bien et le mal, d'évoluer subtilement - à la manière du roman subtilement ficelé de main de maître par Russell Banks. Certains évènements du début ont une importance capitale dans l'apprentissage de Bone, même s'il ne s'en rend compte qu'à la fin. Il y a même quelques références amusantes à d'autres livres de l'auteur, histoire de construire un univers cohérent, dans lequel chacun des personnages à un chance de rédemption.

 

Par Julien
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