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Editeur : Allia

Publication : Mars 2009

Pages : 123


Un éditeur que je découvre

Il est rare qu'un livre, je parle de l'objet livre, attire autant mon attention dans une librairie. Je pense que la couverture avec cette photographie en noir et blanc de Frances Amelia Yates sur ce petit livre m'a plu. La facture de l'ouvrage, de bonne qualité, m'a donné envie de le feuilleter. Et là, l'ensemble m'a paru bon, le papier doux au toucher et au regard, le texte d'une taille suffisante pour la lecture, quelques illustrations et photos pour égayer la lecture (cela se justifie d'autant que les fragments autobiographiques sont complétés par quelques portraits de jeunesse de l'intéressée).

Mais les Editions Allia m'ont fait une forte impression : le texte de Frances A. Yates est préfacé et annoté avec à-propos par Jocelyn N. Hillgarth (historienne spécialiste de l'Espagne médiévale), puis postfacé par le traducteur Boris Donné. L'ensemble est de qualité et je suis ravi de cette découverte. Mais ce n'est pas tout :
  • Les éditions Allia publient également Science et tradition hermétique de Frances Amelia Yates, mais également deux ouvrages de Giordano Bruno, De la magie et des liens, parmi tant d'autres ouvrages attisant ma curiosité comme Le Théâtre de la mémoire  de Giulio Camilio ou 900 conclusions de Pic de la Mirandole,
  • En effet, les éditions Allia publient ce que les autres éditeurs ne publient pas - ceci leur a été reproché apparemment. Ils s'intéressent donc à des ouvrages de qualité mais oublié, ou libres de droit mais dont la publication n'est plus à l'ordre du jour,
  • Enfin, les éditions Allia proposent des prix raisonnables, avec même une collection à 3 € dont l'argument de la création est, selon Livres Hebdo n°271 qui recueille les propos de Gérard Berréby, le directeur des éditions : « Les nouvelles générations sont peu disponibles pour la longueur, elles ont un problème crucial avec l'argent et des difficultés de concentration. [...] J'ai donc pensé à proposer un temps de lecture attractif pour accrocher les lecteurs, pour une somme dérisoire. » Bigre, ce constat est inquiétant pour le lectorat et la jeune génération dont je fais partie (enfin j'imagine, car il doit y avoir encore plus jeune désormais !), mais il reflète parfaitement ce qui a déjà été aperçu chez de nombreux éditeurs, avec les collections à 2 €, 1,5€, "en attendant le bus" et autres bribes de livres qui me conviennent parfaitement finalement...
Mais ne retenons que le papier ivoire et le texte de Frances A. Yates.

L'Art de la mémoire

Il est temps de parler un peu plus du contenu. Puisqu'il s'agit d'une tentative d'autobiographie, il me paraît naturel de commencer avec une présentation de l'auteur. Frances Amelia Yates, pour ceux qui ne la connaissent pas, est une historienne britannique qui a consacré ses recherches aux philosophies occultes et néoplatonicienne de la Renaissance et ses contributions majeures sur Giordano Bruno et l'art de la mémoire l'ont rendu célèbre. En France, c'est l'historien de l'art Daniel Arasse qui a traduit l'ouvrage The Art of Memory.

Au passage, l'art de la mémoire est à mon avis une des clés pour comprendre l'incipit de L'instinct d'Inez de Carlos Fuentes (billet à suivre le 1er mai).

Puisque j'aime les recoupements, j'en profite pour préciser que j'ai rencontré pour la première fois Giordano Bruno (littérairement parlant, il s'entend !) dans la pièce du dramaturge Bertolt Brecht La vie de Galilée écrite en 1938 (mais retravaillée jusqu'en 1955). Je pense qu'il n'y a aucun lien entre Brecht et Yates, car l'historienne explique comment elle en est venue à Bruno dans ses fragments autobiographiques.

J'avais adoré L'art de la mémoire, même si le sujet peu parfois sembler complexe ou ennuyeux - en réalité, il ne l'est pas et les applications de cette science sont innombrables... Je trouvais ici l'occasion d'en savoir.

La vie au début du XXème siècle


L'ironie veut que Frances Amelia Yates n'ait jamais réussi à écrire l'autobiographie qu'elle souhaitait écrire. Vers la fin de sa vie, elle a commencé à rassembler ses papiers, retourner sur les lieux de son enfance, rédiger quelques portions de son existence, son enfance, la raison d'être de ses ouvrages. Elle disparut avant d'avoir pu achever son ouvrage, et même pire, avant d'avoir eu le temps d'écrire les grandes lignes de sa vie.

La première partie de l'autobiographie se concentre sur les années entre sa naissance, 1899 et la fin de son adolescence vers 1916 (on peut aisément considérer qu'à cette époque les filles de 17 ans étaient déjà des femmes...). Son éducation atypique - elle n'allait pas systématiquement à l'école, c'est sa mère qui lui donnait des leçons - est peut-être à l'origine de son esprit particulièrement singulier. L'absence de parcours universitaire lui a souvent été reprochée, mais c'est certainement cette originalité qui lui a permis d'aborder ses recherches historiques avec un point de vue inédit.

La deuxième partie de l'autobiographie présente les premiers travaux de Frances A. Yates sur le théâtre français ou shakespearien ou sur John Florio. La troisième et dernière partie de l'ouvrage porte sur les travaux à l'Institut Warburg.

Bilan

J'ai aimé ce livre. Les deux dernières parties donnent un éclairage des travaux de Yates, car avec le recul, elle exprime clairement comment elle a envisagé ses recherches. Mais j'ai particulièrement apprécié la première partie sur la Grande-Bretagne du début du XXème siècle, sur les chantiers navals, sur la vie d'une famille bourgeoise à cette époque encore victorienne...
Tag(s) : #Essais

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