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J’ai tout de suite été séduit par le trait de dessin de Guy Delisle, un trait simple et efficace, en noir et blanc, sans fioriture et pourtant fidèle à la réalité.


A la manière d’un reporter réalisant son travel-book, Guy Delisle dépeint son aventure en Corée du Nord, bercé par les regards inquisiteurs de Kim Il-Sung et de son fils Kim Jong-Il dont le double portrait orne l’ensemble des lieux publics de la capitale nord coréenne.
L’auteur est arrivé à Pyongyang dans le cadre de son travail – il supervise la réalisation de dessins animés. Il y a emporté quelques effets personnels, dont le 1984 de Georges Orwell. Très vite, il s’aperçoit de l’impossibilité d’avoir une relation franche avec son guide qui le suit dans tous ses déplacements. L’influence du régime est omniprésente.

Dans le quotidien, le narrateur perçoit tour à tour la misère – mais il n’en aura jamais la confirmation par son guide, prétextant du bénévolat lorsque des enfants arrosent la pelouse d’un parc en écopant un bassin avec des sceaux, ou encore lorsque des femmes arrachent les mauvaises herbes sur les bords d’une autoroute déserte –, la solitude, l’absurdité.

La misère au quotidien avec le paiement en sacs de riz pour les employés de la compagnie de dessins animées coréenne ; la misère avec ses hommes qui bravent les interdits pour cueillir quelque fruit sur un arbre de la ville ; la misère avec l’extinction de tous les feux de la capitale, la nuit, à l’exception d’un bâtiment en hommage au guide de la nation. Misère et solitude donc pour le canadien, exilé dans un hôtel, à l’écart du centre ville. Un hôtel vide, comme abandonné, mais dans lequel les maigres délégations étrangères sont placées, pour permettre un meilleur contrôle de leurs déplacements.

Solitude face à ces individus qui ne peuvent s’exprimer dans sa langue, mais qui de toute façon ne peuvent s’exprimer tout simplement. La sincérité et l’objectivité sont exclues des conversations, qui les rendent ternes, qui frustrent le narrateur. A plusieurs reprises, le lecteur sent que le narrateur va craquer face ce qu’il considère une aberration. Mais le narrateur semble trop désabuser pour craquer. Il sait qu’il est de passage ici, qu’il est un témoin privilégié, alors en attendant son départ de ce pays loufoque, il dépeint tout ce qui lui paraît digne d’intérêt, ou mémorable, ou absurde.

L’absurdité est reine dans ce pays. Une autoroute qui ne mène nulle part ailleurs qu’un musée à la gloire du guide de la nation. C’est tout le symbole de ce régime où toutes les voies de communications sont dirigées vers Kim Jong-Il (et son père, omniprésent).

Par ailleurs, la narration de Guy Delisle est véritablement structurée : les cases sont bien organisées, les enchaînements (petites cases successives, planche entièrement dessiné) entraînent le lecteur avec efficacité pour une lecture fluide.

En définitive, j’ai lu avec un grand intérêt cette BD qui décrit, avec son regard occidental et forcément biaisé, le voyage d’affaire d’un canadien dans le régime dictatorial de la Corée du Nord. Un passage empli de misère, de solitude et d’absurdité, mais dont émane invariablement une humanité, à la fois de la part du héros que, pourtant, rien ne semble toucher, et des différents coréens qu’il rencontre, dont on imagine difficilement ce qu’ils pensent réellement, mais dont on ne peut imaginer qu’ils soient complètement sincères. Une façade pour sauver la face.

Tag(s) : #BD

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