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Ce n'est pas vraiment un livre dont il s'agit ici, mais de la transcription de vingt-cinq émissions de France Culture passées durant l'été 2003. Je me souviens parfaitement d'une soirée de Juillet. Il devait être 00h30 et à cette heure-là, France Culture proposait une rediffusion de l'émission du midi. J'étais au volant de ma voiture, je revenais d'une soirée avec des amis et j'avais mis la radio. J'aimais écouter certaines émissions nocturnes de France Culture, où le décalage avec le monde dans lequel nous vivons est parfois si intense que le rêve, avant d'aller s'endormir, et déjà un peu présent.
Mais ce soir, j'ai tout de suite été captivé par la voix de ce bonhomme (je m'imaginais un vieux monsieur un peu bourru), qui parlait avec passion de la peinture. Les gens passionnés savent communiquer leur passion. Je suis à peu près persuadé qu'un mec passionné par la confection de cotons-tiges pourrait sans problème m'intéresser à tous les procédés d'élaboration, toutes les évolutions culturelles et techniques, et même marketing de la confection des cotons-tiges. Bon, cela pourrait m'intéresser disons quelques minutes. Et après je me rendrais compte que ce ne sont que des cotons-tiges.
Exit les cotons-tiges. L'homme était féru de peinture et, pendant que je roulais dans le noir, il décrivait avec une érudition et une approche sans précédent la fameuse Joconde de Vinci. Et ce n'était pas tant l'érudition qui m'étonnait le plus, mais la façon dont il abordait une toile de maître. Il partait de zéro ou presque. Il essayait de faire abstraction (mais c'est impossible !) de tout ce qu'on savait de ce tableau pour essayer de comprendre ce que Vinci avait représenté : "D'abord, la Joconde est assise dans un loggia, c'est-à-dire qu'il y a des colonnes de part et d'autres, sur les bords droit et gauche, jointes par le muret, derrière elle. Elle tourne le dos au paysage, qui est très lointain. Ensuite, elle est assise dans un fauteuil, je le sais uniquement parce que le bras gauche de la figure est appuyé, parallèlement au plan de l'image, sur un accoudoir. Mais cet accoudoir est l'unique trace du fauteuil, il n'y a pas de dossier, ce qui est étrange." Arasse procède en réalité méthodiquement, en regardant ce qu'il y a dans un tableau, plan par plan.

Cela peut sembler simpliste, mais tout son art de critique est là. Arasse a mis plus de vingt ans pour aimer ce tableau. En réalité, il veut nous dire qu'il a mis plus de vingt ans pour l'analyser et en arriver à des paradigmes d'analyse d'apparence si simples qu'il semble parfois prendre des raccourcis pour en arriver à ses fins. En réalité, derrière la sobriété des schémas, il y a des années de recherches, de comparaisons, de compréhension de l'histoire de la peinture, d'analyse de tableaux. Même si Arasse ne peut pas vraiment décrire ses schémas d'analyse, avec le brio d'un mathématicien réalisant une démonstration de référence, il donne suffisamment de clés pour que nous puissions comprendre comment il en arrive à certaines conclusions et comment nous pouvons nous-mêmes appliquer sa méthode aux tableaux que nous voyons dans les musées. Après la lecture de ces émissions, vous ne verrez certainement jamais plus le Louvre comme avant.

Parmi les éléments capitaux de cet ouvrage, il faut noter le parallèle entre l'histoire de la perspective (à l'époque florentine) et les peintures de l'Annonciation. Il faut également ajouter une sympathique présentation des travaux du génial Vermeer. Enfin, deux curiosités qui montrent à quel point observer est important pour comprendre : l'escargot dans l'Annonciation de Francesco del Cossa et surtout le visage dans L'Immaculée Conception de Benvenuto Garofalo...

Une délice à lire l'été, à la plage :)
Tag(s) : #Essais

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