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  Camus-Albert---L-Etranger.jpg

Editeur : Gallimard (Folio)

Publication : Décembre 1971

Pages : 185

 

Encore un chef-d'oeuvre

C'est HambreElie qui m'a donné l'idée. Enfin, cette idée trottait depuis un petit moment, mais il fallait une étincelle - il me faut malheureusement toujours une étincelle pour déclencher quelque chose.  Quand j'ai pris en main L'étranger, livre que j'avais déjà parcouru avidement lorsque j'étais collégien, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Mais je pressentais bien que cette nouvelle lecture du court roman serait l'occasion d'une nouvelle perception de l'oeuvre. Je ne me trompais pas. Il y a un temps pour lire et apprécier certains livres. Je me dis également que je passe très certainement à côté d'excellents livres et que certaines de mes critiques précédentes sur ce blog sont finalement un peu sévères et ne correspondent qu'à la perception d'une oeuvre, en regard d'un état d'esprit à un moment de ma vie.

Meursault apprend le décès de sa mère, mais n'y réagit pas. C'est le premier choc pour le lecteur. Choc relatif aujourd'hui, cependant. On se demande si le narrateur n'est justement pas sous le choc de la nouvelle et s'il ne réalise pas. D'ailleurs, il ne veut pas voir le corps, il ne veut pas matérialiser cette mort.
Il aime le silence. Il n'aime pas parler. On sent que parler et écouter lui demande un certain effort (ex : le concierge à l'asile). Il ne comprend pas l'administration (asile, procès). Il s'ennuie profondément et cherche à faire passer le temps (la journée au balcon). Finalement, qu'il soit en prison ou chez lui le dimanche, l'ennui est presque le même. Cet ennui, cette routine, cette habitude, tous ces éléments reviennent régulièrement dans le roman. « Pour moi, c'était sans cesse le même jour qui déferlait dans ma cellule et la même tâche que je poursuivais. » Le mythe de Sisyphe.

Meursault / Sisyphe

Et Camus pense qu'il faut penser que Sisyphe est heureux d'accomplir cette tâche. Peu importe la signification de cette tâche. Meursault est ainsi. Il vit l'instant présent. Il aime le soleil, plonger dans la mer, embrasser Marie, le goût du sel et cette nature algérienne - méditerranéenne -, une vie simple comme le repas au cabanon de Masson. On retrouve de larges souvenirs de Noces dans cette première partie de L'étranger. Meursault est un homme sensible. Quoiqu'il en laisse paraître. Sa sensibilité n'est pas en liaison avec la société. Elle est directement connectée à la nature, à son environnement sensible.

Le meurtre en lui-même, même s'il dévoile la sensibilité du narrateur, est absurde. Meursault n'a aucune raison de tuer l'Arabe. J'ai lu quelques commentaires de lecteurs exprimant qu'il s'agissait d'un crime raciste, mais il ne s'agit pas du tout de cela. En dépit des apparences et de notre regard biaisé contemporain, Arabes et Français vivaient en bonne entente à Alger avant l'indépendance. Le meurtre est absurde car Meursault tue un homme armé sans raison. Ce n'est pas de la légitime défense. Et il vide son chargeur sur le corps inerte de la victime. C'est ainsi que le roman bascule.

Le procès qui s'en suit est vécu par Meursault comme un évènement extérieur. La rencontre avec le juge instructeur fervent croyant, ou encore l'aumônier. Tout le procès semble absurde, tant l'avocat général cherche à montrer que le fait que Meursault n'ait pas été triste le jour de l'enterrement de sa mère était la principale raison de son culpabilité dans le meurtre de l'Arabe. Meursault n'éprouve aucune culpabilité, aucun remords. C'est un personnage qui paraît bien insensible à la justice des hommes, quoique quelques répliques finales montrent le contraire. Il trouve cela complètement injuste.

A aucun moment Camus ne cherche à montrer la culpabilité de Meursault. Cela ne fait aucun doute, finalement, même si tout concours à montrer le contraire. En réalité, les propos de Camus sont bien plus généraux que le simple crime de son personnage : il parle de l'ennui de l'existence (la prison de Meursault n'est pas tellement différente de la pièce  de son appartement dans laquelle il était enfermé dans la première partie du roman), de l'absurdité de la condition humaine, de l'injustice de la justice, de l'inadéquation entre le crime et la sanction ou encore de l'inutilité de la privation de la liberté.

Le style


La sobriété du style de Camus est superbe : avec concision, il atteint une sorte de vérité littéraire. Son héros, dénué de caractéristique psychologique, n'en est pas moins sincère dans ses propos, vrai dans son style.

Un livre essentiel dans la littérature française. Il me fait penser au Désert des Tartares de Buzzati.

Voici une critique de roman assez intéressante : Etranger à soi-même...

Lecture commune organisée par HambreElie dans le cadre du challenge Camus.

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Tag(s) : #Littérature française

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