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Fouiller

Littérature française

Vendredi 25 septembre 2009
 


 

Editeur : Belfond

Publication : Février 2008

Pages : 183

 

Un livre dédicacé

Lorsque j'ai acquis ce livre avec la griffe gentille de l'auteur, j'étais emballé de pouvoir lire une livre d'un auteur qui était une lectrice assidue de Paul Auster. C'est définitivement cet argument qui m'avait convaincu de faire l'acquisition de ce roman. Paul Auster. Voilà  un bel argument de vente, finalement. Je dois également avouer que la couverture est assez jolie, même si elle est un peu bizarre.

Inconscient le titre a dû me plaire. Les constellations du hasard. C'est un très beau titre. Cela ne veut rien dire, mais c'est beau. Cela pourrait sortir tout droit d'un poème. Mais franchement, une constellation, je vois ce que c'est : un regroupement d'étoiles. Plusieurs constellations, cela peut faire une voûte céleste. On pourrait dire les constellations du ciel, mais sans préciser, cela veut dire la même chose. Ca sent le pléonasme. En revanche, une constellation de fleurs, cela peut faire un bouquet. Sauf qu'on imagine bien que la constellation, ce n'est pas un amas globulaire, mais plutôt une association géométrique d'objets distants dans l'espace mais dont la projection sur une partie plane ou sphérique (mais en deux dimensions, une projection donc) propose des possibilités géométriques de pouvoir relier certains objets entre eux.

Je suppose donc que le terme constellation veut dire ici qu'on réalise un regroupement selon un critère erroné, mais avec des allures de trompe-l'oeil, d'objets qui n'ont aucun rapport entre eux. Et comme il y a plusieurs constellations, il y a plusieurs regroupements d'objets qui n'ont rien à voir entre eux. Kervalec, Asturias, Auster : trois destins qui n'ont rien à voir, si ce n'est celui d'être projetés dans le plan d'un même roman ??

Et quand on rajoute la dernière touche à ce titre, le hasard, on comprend que c'est carrément une théorie du chaos qui se profile derrière cette littérature ! Les constellations du hasard, cela ressemble à un attracteur étrange ;)

Là où je n'ai pas aimé le style

Je suis un grand râleur, je le sais, mais je suis également ici pour dire ce que j'ai pensé d'un livre. Et là, si le style n'est pas mauvais, il ne m'a guère emballé. Je n'ai pas retrouvé l'intensité que Paul Auster instille dans ses romans - c'était pourtant une belle occasion pour l'auteur français d'imiter son collègue américain ou du moins son traducteur chez Actes Sud. Occasion manquée.

Le personnage de Kervalec est sans grande consistance. Il parle à un chien comme si c'était sa future femme, il marmonne comme un gamin à qui on aurait planqué le pot de Nutella, il chouine comme un furet en laisse. Les personnage secondaires sont un peu stéréotypés. Les descriptions sont sans talent. Seule l'intrigue semble pouvoir prendre un détour agréable au moment où l'histoire d'Alejandro Asturias démarre. On sent bien que l'auteur n'est pas à son aise avec le roman, mais qu'elle aime le théâtre. Il faudrait détailler cela, mais cela n'en vaut pas vraiment la peine.

L'histoire, en quelques lignes

Kervalec, un breton plein d'espoir, rêve de rencontrer Paul Auster pour que ce dernier le prenne sous son aile et le propulse au rang de grand écrivain de ce bas monde. Le jeune français un peu fou-fou perd ses illusions en se faisant rapidement dépouiller dans les rues amicales de New York, de son argent, de son billet retour, de son manuscrit. Quel dommage ! Il est de ce fait "obliger" de satisfaire les désirs de son logeur, afin de pouvoir lui régler son loyer. Heureusement, ces désirs ne consistent qu'en la rédaction de l'histoire d'Alejandro Asturias.
Par Julien
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Lundi 27 avril 2009
 


    

Editeur : Gallimard (Collection Folio)

Publication : Février 2004

Pages : 74

 

Un récit de "résistant" ?

J'ai récemment lu le premier roman de Marc Dugain, La chambre des officiers, que j'avais trouvé excellent. Marc Dugain nous contait, indirectement peut-être, l'histoire de son grand-père gueule cassée. Cette fois-ci, c'est Michel Quint qui nous conte l'histoire de son père, "résistant". Je mets des guillemets, car la destruction de transformateurs est certes un acte de résistance (et sans jeu de mots de physicien...), mais ... J'y reviendrais.

Michel Quint raconte comment son père et son oncle se sont retrouvés emprisonnés dans un trou, gardé par un soldat allemand plutôt sympathique et moralisateur, qui leur faisait le clown pour leur faire oublier qu'ils allaient probablement être fusillés pour trahison. Au final, c'est le cheminot qui a été grièvement brûlé lors de l'explosion causée par les deux hommes, qui est dénoncé par sa femme et qui accepte de servir de bouc émissaire, sauvant ainsi les deux coupables.

Grosso modo, je n'ai pas tellement apprécié le style de l'auteur dès les premiers mots, mais petit à petit, je me suis laissé gagner par une certaine originalité dans le langage, dans le choix des mots, une sorte d'argot du nord de la France.

L'existentialisme dans tout ça...

Pourtant, quelque chose m'a dérangé dans cette histoire, quelque chose dans la morale même de l'histoire : les deux coupables ne se dénoncent pas, au risque de faire condamner les deux autres hommes enfermés avec eux. Pire, c'est la victime collatérale de leur attentat qui est dénoncée par sa propre femme, belle par ailleurs, qui épousera l'oncle sauvé par cet artifice. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ne matière de courage, de sens des responsabilités, d'honnêteté même, il y aurait pas mal de chose à redire et je pense même que Sartre aurait traité cette affaire avec virulence.

Par ailleurs, mettre tout cela entre les mots d'un enfant, rend certainement la pilule plus douce, un peu comme la musique mièvre sentimentale dans les films tragiques pour nous tirer les larmes des yeux. Du pathos, d'une certaine manière. De plus, l'histoire de ce clown au procès Papon ne m'a pas franchement convaincu, ni dans son attitude, ni dans ses propos (« Sans vérité, comment peut-il y avoir de l'espoir... ? »).

En définitive, si j'ai trouvé une certaine originalité dans la forme et dans l'intrigue, la morale de cette nouvelle m'a laissé perplexe, car sous couvert de "pudeur, humour et tendresse" (confère quatrième de couverture), Michel Quint laisse planer sur l'ensemble une sorte réflexion existentialiste sur son oeuvre (volontairement, involontairement ?), entre les non prises de responsabilité de ses héros, le huis clos dans la fosse, l'angoisse devant la mort... La nouvelle a au moins le mérite de faire réfléchir...
Par Julien
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Lundi 16 mars 2009



Editeur : Jacques André (Collection En attendant le bus)

Publication : Octobre 2008

Pages : 61


Un bébé sans saveur...

Et le bébé était cuit à point est un livre que l'éditeur m'a gentiment envoyé, en échange d'une critique éventuelle ("qu’il soit éventuellement le sujet d’une de vos chroniques de lecture"). J'ai décidé de jouer le jeu, car si la démarche peut être critiquable (confère l'article sur la publicité dont profitent les éditeurs avec nos blogs), j'ai été recommandé par Géraldine auprès de cet éditeur, et le contact a été, dirons-nous, très humain aussi bien dans les premiers mails que lors de la réception de l'ouvrage qui contenait un marque-page de l'éditeur avec une inscription manuscrite au dos : "En vous souhaitant bonne réception et bonne lecture". D'accord, c'est simple, mais c'est efficace et je remercie l'éditeur pour cette délicate attention. En échange, voici donc mon billet, avec toute l'honnêteté et la subjectivité dont je peux faire preuve. Bien que je n'ai pas apprécié l'ouvrage, il mérite bien qu'on parle un petit de lui.

Le livre appartient donc à une collection "En attendant le bus" et cette collection porte parfaitement son nom, car la soixantaine de pages du petit livre se dévorent assez rapidement, même pour un lecteur lent et non assidu comme moi.

L'histoire est celle d'une jeune femme, Blanche, à la vie morne, à l'allure morne, et qui se sent écrasée par sa mère qui vit parfaitement son divorce en multipliant les amants. La mère se débarrasse du chat Harmonie et en obligeant Blanche à la prendre dans son appartement. Ce chat va être l'élément déclencheur de la nouvelle vie de Blanche : nouvel amant, nouvelles réussites dans son travail (industrie agro-alimentaire), nouveau bien-être. Jusqu'à ce que Blanche découvre l'horrible vérité.

Tout d'abord, j'ai cru comprendre qu'il y avait de l'humour dans le traitement de ce récit, mais je n'ai pas bien compris ce qui était drôle. Quoique, humour ne veut pas forcément dire drôle... Mais l'humour noir fait sourire. Là, je n'ai rien vu passer, même en lisant entre les lignes...

Ensuite, les différents éléments de l'histoire ne sont traités que partiellement, la faute à la longueur du récit, mais si l'histoire avait été plus longue, il n'est pas sûr que je serai allé beaucoup plus loin dans ma lecture : le thème du chocolat revient quelques fois pour montrer que Blanche possède un travail qui ressemble à celui d'Octave dans 99 francs de Beigbeder (les slogans ou idées qu'elle trouve ne tiennent pas la route, et ne sont toujours pas... drôles...) ; les différentes scènes semblent improbables, la mère qui balance le chat, l'amant qui débarque chez Blanche, la présentation de Blanche devant son patron et les clients - on dirait que tout est bancal, sans trop savoir pourquoi ; l'aspect conte est sous-jacent dans le récit, et pourtant mal exploité - on comprend presque mieux la quatrième de couverture que le récit lui-même.

A french psycho

A cela, faut-il ajouter la présence bien trop patente de la psychanalyse tout au long du récit, de l'allusion au complexe d'Oedipe inversé (la castration symbolique), à l'explicite citation de Jung. Cela ne laisse plus grand chose au lecteur pour se poser des questions en attendant son moyen de transport préféré. Entre une héroïne qui s'appelle Blanche (comme Blanche-neige ou toute autre héroïne de conte de fées, immaculée et vierge), et le chat qui se nomme Harmonie (histoire de bien faire comprendre au lecteur que le chat est la cause du bien-être entre Blanche et son amant), et la mère jamais nommée. Non, c'en est trop, Bruno Bettelheim a laissé un héritage bien trop grand pour qu'il puisse être récupéré partiellement et sans âme de cette manière !

L'essentiel, néanmoins, est que ce court récit remplisse sa fonction première : nous faire patienter pendant qu'on attend le bus. Et pour ça, il est très efficace ! Pour ma part, ce n'est pas ce que je recherche dans la littérature. Le livre m'a paru bien fade, sans grand intérêt et j'ai activé ma mémoire "poisson rouge" pour le lire : aussi vite lu, aussi vite oublié.

Dernier bémol : le rapport quantité / qualité / prix. Ce petit livre coûte 5 €. D'accord, l'éditeur est un petit éditeur et ce livre n'a pas le même tirage que les folio à 2 €, mais je me rappelle avoir lu L'étrange histoire de Benjamin Button pour la modique somme de 1,5 € et encore, il y avait une seconde histoire. La concurrence sera donc rude, car pour mettre 5 € pour 61 pages, il faut vraiment que le récit en vaille la peine...

Sur les blogs :

Je ne donnerais qu'une seule adresse : celle de Géraldine dont le commentaire est enthousiaste (et vous pouvez même lire une interview de l'auteur sur son blog).
Par Julien
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Dimanche 8 mars 2009



Editeur : Seuil

Publication : Aout 2008

Pages : 316


Une surprise !

Quelle lecture, cette traversée du Mozambique par temps calme !

Un véritable roman d’aventures aussi improbable que surprenant. Tout est parti du titre. Pourquoi ce titre ? Pour deux raisons : d’une part, j’ai cru comprendre que l’auteur aurait aimé avoir écrit un livre qui s’appelle comme cela ; d’autre part, moi lecteur, j’avais toujours eu envie de lire un livre qui s’appelle comme cela. Même si le sujet du livre n’a rien à voir avec son titre...

L’histoire, enfin… les aventures

La Traversée du Mozambique par temps calme est une quête menée par le capitaine Belalcazar à la recherche du fameux trésor de Païtiti dans la forêt tropicale du Pérou. Un navire est affrété, l’équipage trié sur le volet (Hug-Gluq et Negook, les deux frères d’une tribu indienne d’Alaska, Florence Malebosse une mystérieuse navigatrice, Fontaine la cuisinière du bord amoureuse du capitaine). Les aventures se succèdent sur les mers, sur la glace lorsque le navire se prend dans la banquise, dans la forêt tropicale. Patrice Pluyette entraîne le lecteur tour à tour dans un univers de pirates ou d’aventures maritime à la Poe (Les aventures d’Arthur Gordon Pym), de chasseurs de phoques ou d’ours à la Gretel Ehrlich (Ce paradis de glace) ou Jean Malaurie (Les derniers rois de Thulé), d’amazonien réducteurs de têtes à la Lévi-Strauss (Tristes tropiques).

L’ensemble est décrit avec un humour ravageur, une ironie omniprésente. Inévitablement, le roman me fait penser à Don Quichotte, avec cette vanité dans la recherche d’un trésor - le bonheur -, en dépit des obstacles et autres embûches que l’auteur s’amuse à mettre dans les pattes de ses personnages.

La raison d’être du roman

Il me semble que le passage essentiel de ce livre réside dans ce court passage, qui me fait penser au meilleur de Buzzati dans Le désert des Tartares :

« Nous courons tous pour rien, pense-t-il. L’homme est comme cette flamme, toujours à vouloir monter plus haut, grandir, et à la fin s’épuise, s’éteint. La lumière du jour devrait nous suffire. La vie commence au saut du lit. Il faudrait partir en expédition autour de sa chambre, oublier le reste du monde. Les richesses amassées sont toujours plus nombreuses quand on va les chercher en nous-mêmes, tout près. Plût au ciel que je ne susse rien de l’existence de Païtiti. Ma curiosité me tuera. Je suis déjà vieux. Le temps est peut-être venu pour moi d’abandonner la partie. »

Ce chapitre 27 est certainement un tournant dans l’ouvrage.

Comme les personnages, le lecteur subit les aventures proposées par Pluyette et se laisse porter par ces flots continus de péripéties, de jeux de mots, de références, de parenthèses comiques, d’allusions freudo-sexuelles (les apparitions de Sophie dans la deuxième moitié du roman), de clins d’œil.

Et que dire de la structure de l’ouvrage, découpée en quatre parties (« Où nous découvrons les personnages et l’existence de Païtiti », « Le voyage en mer », « Le grand froid », « Dans la jungle » et « Païtiti »), elles-mêmes composées de courts chapitres dont le nom dévoile ce qui va arriver. Exception faite pour la dernière partie à Païtiti, où le suspens bat son plein.
L’auteur aime dévoiler par avance les prochaines aventures (il annonce par exemple les réapparitions de Sophie, la disparition de Hug-Gluq, etc…) pour tenir le lecteur en haleine, et aussi pour s’amuser avec lui. Les personnages n’étant que des pantins (et cet aspect me fait penser à l’excellent film de Spike Jonze « Dans la peau de John Malkovitch »), après tout, pourquoi s’embarrasser de ces pantins et les traîner un peu partout dans l’histoire alors qu’on peut les faire apparaître et disparaître à son grès !

Au final !

Le livre est d’une grande richesse. Patrice Pluyette a mis tout son talent pour concocter un objet littéraire agréable à lire, le sourire au coin des lèvres. Je pense sincèrement que l’auteur est passé très près, très très près d’un chef-d’œuvre. Pourquoi très très près ? Pour moi, et la définition de chef-d’œuvre est définitivement subjective – personne ne pourra me faire croire qu’Exercices de styles est un chef-d’œuvre quand bien même je reconnaîtrais une grande quantité de virtuosité et que les commentaires sur cette œuvre sont très justement élogieux -, le chef-d’œuvre n’était pas loin car Patrice Pluyette a su mettre tous les ingrédients attendus dans un roman, une histoire avec des péripéties (nombreuses), des personnages avec une psychologie suffisamment détaillée pour qu’on s’y attache (même si les personnages sont mis en lumière les uns après les autres, certains plus que d’autres, au détriment des autres qui disparaissent parfois du récit), de la tension dramatique dont je ne saurais trop m’expliquer d’où elle vient (j’ai encore des progrès à faire dans ma compréhension des œuvres), des allusions subtiles, un style si particulier qu’il en devient original, une histoire elle-même plutôt classique car c’est son traitement qui la rend singulière.

Les points négatifs, non, ne parlons pas de points négatifs, mais d’axes d’amélioration, sont probablement donc au nombre de deux :

1.    la gestion des personnages assez inégale dans le récit, mais à chaque fois qu’ils sont détaillés, ils viennent immédiatement à l’esprit comme s’ils existaient depuis toujours au fond de nous-mêmes ;
2.    le patchwork d’aventures / péripéties, qui s’interrompent parfois subitement au grès de l’amusement de l’auteur : je sens très bien qu’une fois que l’auteur en a eu assez d’une situation, ne sachant pas trop comment s’en sortir, il utilise un joker, une sorte de deus ex machina pour dénouer une situation inextricable (merci Sophie), et parfois, l’auteur s’en amuse même, en montrant qu’il peut le faire, mais se reprend, et n’utilise pas son joker finalement (passage de la glace à la forêt tropicale par un tunnel sous terre).

De là à recommander le livre, je ne sais pas trop. A mon avis, il ne laisse pas indifférent et il est tout aussi facile d'adorer que de détester. Si vous êtes curieux, n'hésitez pas à le lire, c'est un régal.

Quelques notes éparses

Ci-dessous quelques notes relevées pendant la lecture du roman et qui témoigne de la richesse de l’ouvrage.

Le navire se prénomme Catherine comme l’amour impossible de Belalcazar envers une femme qui n’aime que les femmes.
Les références aux Aventure d’Arthur Gordon Pym sont nombreuses :
« […] nos deux types embarquent clandestinement à bord d’un cargo pour l’Europe, couchés sur le flanc dans une cage de la dernière soute, déguisés en barzoïs. »
 « Son pied se prend dans un cordage et il reste suspendu jusqu’au matin, le menton effleurant les ailerons des requins prêts à charger, mais il est sauvé à temps par l’équipage hilare d’un bateau de commerce qui fait route vers Nantucket. »
« […] nous savons la réputation des voiliers sortis des rives de la Clyde […] »
« Kycash, désigné à la courte paille pour découper Jean-Philippe en six parties égales, va user de ses ongles à défaut d’un autre outil sous la main pour charcuter la viande. »
Par Julien
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Mercredi 4 mars 2009



Editeur : Folio

Publication : Mars 1982 (en poche)

Pages : 158


De la technique pure

Cette fois-ci, je vais faire court. A l'image de ce livre finalement.

Si je devais comparer ce livre à quelque chose, ce serait à un solo de guitare, vous savez, ces solos de guitare de type métal-fusion-jazz, où la technicité (on ne parle même plus de technique dans ce cas là) est omniprésente et ne symbolise que l'envie du musicien de montrer ses immenses qualités techniques, et tout ceci au détriment du reste, la beauté de la musique, l'harmonie, l'agencement des notes entre elles, une poésie des silence, etc...

Raymond Queneau décline ainsi une histoire (ha ha, comment peut-on appeler cela une histoire !!!), ou plutôt un hybride de description narrative, sous quatre-vingt-dix-neuf façons distinctes. Un ennui profond à la lecture, même s'il faut reconnaître la performance et la technique de l'auteur. A ranger avec le Bécherelle, le dictionnaire des synonymes et l'histoire de la linguistique.

Une lecture pour le cadre de mon challenge ABC. Je tenterai une autre oeuvre de Queneau, même si j'ai un a priori négatif désormais...
Par Julien
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Dimanche 1 mars 2009




Editeur : Folio

Publication : Juin 1993

Pages : 288


L'Europe et l'Afrique

Voici ma lecture commune du blogoclub (confère les blogs de Sylire et Lisa pour les comptes-rendus de lecture) pour ce 1er Mars. Après avoir lu La dame en blanc de Wilkie Collins, j'ai donc, avec mes co-lecteurs du club, rendu un hommage au prix Nobel de littérature 2008, Jean-Marie Gustave Le Clézio. Il fallait bien cela pour célébrer ce prix universel (enfin, je ne suis pas sûr qu'il fasse l'unanimité aux USA, mais c'est une autre histoire...).

Je n'ai fait l'acquisition de ce livre que le samedi 14 février, et cela me laissait exactement 14 jours pour le lire et en faire un compte-rendu, avec au milieu de tout cela, deux semaines de travail intense qui me laissaient complètement exsangue - intellectuellement il s'entend - le soir venu, au moment où la lecture devient le loisir idéal pour rompre avec la routine journalière.

Présentation historique

14 mars 1948, embarquement pour l'Afrique. Puis 1968, sur la fin.

Présentation des personnages

Maou : Maria Luisa, d'origine italienne, la mère de famille du roman qui s'est mariée avec ce bel anglais, Geoffrey, mais finalement sans trop le connaître - il en était ainsi à cet époque, juste avant la seconde guerre mondiale. De son mari, elle attendait déjà un enfant lorsque l'élu de son coeur a décidé de se rendre en Afrique. Pour ne pas bousculer les projets de son tendre, elle a décidé de ne rien dire. De cette union d'un autre temps (pour nous lecteurs) naquit Fintan, car Maou aime aussi l'Irlande. En revanche, elle ne se fait à sa vie coloniale africaine.

Fintan : le petit garçon de 12 ans qui découvre la vie africaine, un peu les yeux et le coeur de l'écrivain au coeur du récit. Il est naïf et son âme d'enfant regarde avec une poésie sans mesure la nature sauvage d'Onitsha.

Geoffroy : un peu en retrait, le père de famille n'est finalement qu'une pièce rapportée au récit. Peut-être est-il l'élément déclencheur qui a permis à Maou et Fintan de le rejoindre, mais finalement on s'aperçoit que plus que l'amour d'un homme, c'est la curiosité de découvrir un continent à la fois originel et mystérieux qui a été le moteur des retrouvailles. De Geoffroy, nous ne connaîtrons que son métier d'ingénieur (et encore cela reste évasif) à la United Africa, et sa passion pour les sources du Nil, la reine noire, le peuple de Meroë. Fintan le voit comme un père parfois violent. Pourtant, Geoffroy a la fièvre, la fièvre amoureuse du continent africain, ce qui le rend certainement plus humain, et en fait une pièce centrale dans le roman de Le Clézio.

Gerald Simpson : l'archétype du colonialiste. Un officier anglais qui utilise des esclaves noirs enchaînés pour se faire construire une piscine ne peut pas être foncièrement bon. Nous n'en savons pas beaucoup plus à son sujet, mais Maou se méfie de lui et cela suffit au lecteur pour ne pas l'apprécier.

Sabine Rodes : alors lui, car ce n'est pas une femme mais un homme - Le Clézio aime bien jouer avec son lecteur -, représente l'anti-colonialiste de base, c'est-à-dire un gars aussi puant que les colonialistes de base mais dans un autre style, manipulateur, perfide. Il a quelque chose d'un gourou, finalement.

Bony : fils d'un pêcheur. Il initie Fintan à la nature d'Onitsha, à la vie d'un enfant dans le petit port. On peut dire que c'est le genre de mauvaise fréquentation qu'une mère ne souhaite pas voir pour son fils, mais qu'à son contact, Fintan s'épanouira tellement plus qu'avec le fils d'un occidental qu'on ne peut pas imaginer en vouloir à Fintan de "traîner" avec lui ;)

Oya : la beauté muette, celle par qui le destin de ceux de Meroë s'accomplit. Tout le monde en tombe amoureux. Elle personnifie l'Afrique.

Les éléments

Le Clézio est un écrivain du monde. Il ne prend pas son public pour des ignares, loin de là. Pour comprendre toute la subtilité de l'écriture de l'auteur, il faut s'être levé de bonne heure, avoir voyagé, connaître les langues. Le Clézio n'explique pas ses sous-entendus. Il présuppose que le lecteur de ses oeuvres sera à même de comprendre ce qui se trame entre les lignes et même dans les diverses allusions inhérentes aux descriptions. Personnellement, dois-je avouer que je suis trop jeune, que mes connaissances sont encore trop limitées pour apprécier la pleine mesure de quelques références dans l'ouvrage.

Par exemple, dans ce roman complexe, JMG ne dévoile pas tout, le lecteur doit en découvrir plus par lui-même :

Fintan : Druide de la mythologie celtique. Il est associé au Déluge, ce qui explique notamment les nombreuses pluies et son rapport à l'eau.
"Je kanyi la" : je ne sais toujours pas ce que cela peut bien vouloir dire, et typiquement, Le Clézio ne précise jamais la traduction des dialectes peul ou autres. Il met le lecteur à la place du personnage, Fintan le plus souvent, qui apprend avec nous les finesses linguistiques, j'espère pour lui avec plus de réussite que pour moi.
la troupe de l'Old Vic de Bristol : une école de théâtre très exigente, créée en 1946, ce qui rend improbable l'appartenance de Sabine à cette entité, mais permet de comprendre le caractère complexe du personnage.

Le Clézio est surtout un écrivain des éléments. Ce roman, mais cela s'applique à de nombreuses de ses oeuvres, s'évertue à décrire une vision du monde qui est le propre des grands voyageurs et des poètes (mais les poètes sont de grands voyageurs à leur manière), une vision faite d'une légère dose de mystique et d'énormes portions de nature, l'eau, l'air, le feu, la terre se mélangeant dans le récit pour dévoiler les attentes et les aspirations de chacun.

L'eau

Onitsha est un petit port fluvial, le roman éponyme ne pouvait pas ne pas être un roman sur l'eau. Elle est présente partout, et c'est certainement l'élément central du récit, bien plus déterminante que la terre du continent. Le voyage de Bordeaux à Onitsha à bord du Sarabaya est une première aventure maritime déterminante, car Fintan y vit sa renaissance (on peut supposer que c'est également le cas pour Maou), dans l'incipit : « Le Sarabaya, un navire de cinq mille trois cents tonneaux, déjà vieux, de la Holland Africa Line, venait de quitter les eaux sales de l'estuaire de la Gironde et faisait route vers la côte ouest de l'Afrique, et Fintan regardait sa mère comme si c'était pour la première fois. »

Le père, Geoffroy travaille dans une compagnie maritime / fluviale ; le nom même de Fintan ; Sabine Rodes emmène Fintan sur le fleuve, pièce géographique incontournable dans le paysage littéraire d'Onitsha ; Fintan et Bony observent les femmes (et Oya) nues dans la rivière ; Maou se délecte d'un bain revigorant après le long voyage pour venir en Afrique ; la pluie contribue également à cette atmosphère humide. Autant d'exemples qui précisent le caractère élémentaire du roman.

La terre

Deuxième et à la corde avec l'eau, vient la terre, cette terre du continent, mêlée à l'eau dans les vagues boueuses du fleuve, mais terriblement présente, y compris pour les personnages : Fintan s'évertue à marche pieds nus, au contact de cette terre brûlante ; les forçats chez Gerald Simpson creusent un trou pour la piscine dans le sol sanguinolent (« A coups de pioche et de pelle, ils ouvraient la terre rouge, là où Simpson aurait sa piscine »), Fintan et Bony cassent des termitières, on fait des statuettes d'argiles séchées au soleil...

L'air

« L'harmattan soufflait. Le vent chaud avait séché le ciel et la terre, il y avait des rides sur la boue du fleuve, comme sur la peau d'un très vieil animal ». Le vent est tout aussi présent dans le récit, lorsque l'orage gronde ponctuellement, lorsque le souffle bouillant de l'harmattan caresse les sols, et même lorsqu'il est absent, son absence est remarquée par la chaleur étouffante. Le vent est lié au feu (la chaleur), la terre et la mer. C'est le liant entre les trois autres éléments.

Le feu

Le feu, c'est le soleil brûlant. « Avant la pluie, le soleil brûlait ». C'est le feu qui pousse Geoffroy à poursuivre son aventure à la recherche du peuple de Meroë, la reine noire - cette histoire dans l'histoire, marquée par une marge à gauche prononcée dans le livre. C'est le feu qui fait vivre les hommes. Parfois les éléments se mélangent, à l'approche de la mort notamment : « Le ciel est immense, d'un bleu presque noir. Geoffroy sent le feu qui s'est rallumé au centre de son corps, et le froid de l'eau qui monte par vagues, qui le remplit ».


La beauté des mots, la violence des sons

La langue précise et circonvolutionnaire de Le Clézio marque son style si particulier. Circonvolutionnaire parce que l'auteur répète les choses au fil du récit, les précise, les peaufine, réitère ses idées pour qu'elles envahissent la pensée du lecteur, lui laisse le temps de s'imprégner de cette ambiance si intense, si volatile, si présente, si intangible, et tout cela au détriment du récit qui n'avance pas comme dans les autres romans. Tout est latent, tout semble se dérouler au rythme des personnages. C'est probablement l'un des problèmes de ce roman : le lecteur a les mêmes attentes sur le récit, que Maou sur l'Afrique, et pourtant, Maou et lecteur sont à la fois déçus et à la fois sous le charme de tant de splendeur, tant de poésie.

Car Le Clézio possède cette force tranquille de pouvoir dénoncer sans prendre partie, de pouvoir frapper du point sur la table avec des gants de velours (arf !) et à chaque fois que le livre résonne de bruits puissants, il y a derrière tout cela un message universel. Voici quelques extraits pour exprimer ma pensée :

« A l'aube, il y avait eu ce bruit étrange, inquiétant, sur le pont avant du Sarabaya. Fintan s'était levé pour écouter. [...], tout le pont avant du Sarabaya était occupé par les noirs accroupis qui frappaient à coups de marteau les écoutilles, la coque et les membrures pour arracher la rouille. »

« Des cris traversait le vacarme, sortaient Fintan de sa stupeur. Des enfants couraient dans le jardin, sur la route, leurs corps noirs brillant à la lumière des éclairs. Ils criaient le nom de la pluie : Ozoo ! Ozoo !... Il y avait d'autres voix, à l'intérieur de la maison. »

« Elle tressaillit tout à coup. Elle entendait le roulement des tambours, très loin, de l'autre côté du fleuve, comme une respiration. C'était ce bruit qui l'avait réveillée, sans qu'elle s'en rende compte, comme un frisson sur sa peau. [...] Le roulement lointain s'arrêtait, reprenait encore. Une respiration. Cela signifiait aussi quelque chose, mais quoi ? Maou n'arrivait pas à comprendre. »

« Elle écoutait avec une attention presque douloureuse les bruits de la vie ordinaire, les appels des coqs, les aboiements des chiens, les coups de hache, les pétarades des moteurs des pirogues de pêche, le bruit des camions roulant sur la piste d'Enugu. Elle attendait le grelottement lointain du générateur qui allait mettre en marche les rouages de la scierie, de l'autre côté du fleuve. Elle écoutait tout comme si elle savait qu'elle n'entendrait plus ces bruits. »

Onitsha, Biafra, avril 1968, photo de Gilles Caron

Bilan

Ce roman complexe de Le Clézio m'a tout d'abord laissé perplexe, je dois le reconnaître. Je ne suis pas immédiatement rentré dans l'histoire. Mais, petit à petit, à l'image de ce continent qui envahit la peau de ses personnages, le récit a déployé ses racines en moi, avec la complexité de sa structure (sous des apparences simples, la construction de la narration est très recherchée), avec la magie de sa langue, souvent précise, souvent juste, Le Clézio utilisant des tournures qui dans n'importe quel autre roman paraîtrait mièvre, mais dans le sien, elle sublime le récit par leur simplicité et leur évidence trop évidente, et le récit, s'il m'avait paru bien fade, se révèle d'une réelle complexité avec l'enchevêtrement des légendes, des amours, des aspirations, des histoires dans le temps, des amitiés éphémères, des hommes et de la Nature si puissante, si fragile. Le tout, pour nous présenter un continent, pas n'importe lequel, l'Afrique, avec une force, une passion, sans limites. Un livre marquant, parce qu'au final, il nous montre une voie pour notre propre existence, au travers de destins d'êtres qui nous sont finalement si proches.

Par Julien
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Vendredi 13 février 2009




Editeur : Pocket

Publication : Décembre 1999

Pages : 165


Les gueules-cassées

Je n'avais pas prévu de lire ce livre maintenant. Il fait néanmoins partie de mon challenge ABC 2009. D'accord, ce livre est très court : pas plus long qu'une nouvelle de Stefan Zweig. Le style est simple et sobre. Il se lit donc rapidement. Je l'ai dévoré.

L'histoire est celle d'Adrien, ingénieur du génie civil transformé le temps d'une guerre en officier subalterne. Pas le temps de voir son premier Allemand, en 1914, qu'il prend un éclat d'obus en pleine figure. Le voilà transporté dans une salle sans miroir au dernier étage du Val-de-Grâce à Paris. Ce sera la chambre des défigurés de cette guerre, qui ne va pas désemplir. Avec ses trois compagnons à la gueule-cassée, Weil, Penanster et Marguerite, Adrien va revenir à la vie et affronter la dure condition de sa blessure.

La lecture de ce livre m'a retourné. C'est très difficile d'imaginer ces blessures (j'ai depuis vu un extrait du film, mais cela ne correspond en rien à ce qui est décrit dans le livre). L'absurdité de la guerre est partout en filigrane ; la naïveté de ces blessés est impressionnante, mais touchante de réalité : c'est très facile pour nous, avec le recul, d'avoir un esprit critique a posteriori, mais la description de l'état d'esprit des officiers faite par Marc Dugain est, selon moi, criante de vérité et reflète parfaitement l'idée que je me suis faite de ces hommes à cet instant là de leur existence et de l'Histoire.

Un style d'une efficacité époustouflante

Le livre est merveilleusement construit : le style empêche l'ennui, la sobriété révèle l'émotion dans les gestes simples, les paroles touchantes, l'architecture simple et efficace - comme je les aime finalement - rend la lecture facile tout en permettant au lecteur d'être actif, de compléter les descriptions, les situations, les attitudes des personnages. La clôture de l'histoire est tout aussi magnifique et répond avec brio avec mes attentes de lecteur et d'être humain. A ma grande surprise, chapeau bas !

Je manque encore de recul pour pouvoir analyser plus précisément ce livre. Mon enthousiasme l'emporte cependant et ce billet reflète mon "sortir-de-lecture" !

Sur les blogs :

De nombreux blogueurs ont lu ce livre. Par exemple, Jules a aimé, Sentinelle a aimé, Flora a aimé.
Par Julien
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Samedi 29 novembre 2008

2 / 5



Comme un téléfilm moyen...

J'ai entendu quelqu'un dire aujourd'hui qu'il ne voyait pas pourquoi, quand on réalise un film à partir d'un livre, on ne réalisait pas tout de suite un film sans passer par le livre. Même si cette remarque était lancée sur le ton de la boutade, je ne peux pas m'empêcher de constater qu'un grand nombre d'écrivain contemporain rédigent leurs histoires de manière cinématographique dans l'espoir de vendre les droits d'auteur à l'industrie cinématographique, pour un pécule conséquent.

Le roman, qualifié de thriller par son éditeur, de Karine Giebel, une jeune auteur qui commence à se constituer un lectorat de fans assez remarquable (pour l'avoir vu de mes propres yeux lors d'un salon du livre), pourra donner des idées à un producteur pour réaliser un mauvais téléfilm sur une chaîne sans ambition de la TNT.


Un brin de déjà vu


Les morsures de l'ombre propose un titre bien alléchant (et une couverture assez bien faite, finalement) et dès les premières lignes, j'ai compris que la lecture sera fluide, qu'il n'y aura pas vraiment de surprises dans le déroulement de l'intrigue. Ce sentiment initial n'a pas été démenti par la lecture du roman : la psychologie des personnages est assez simpliste, les héros sont stéréotypés, la grande méchante est folle furieuse, le récit est sans réel intérêt sinon de se lire "sans réfléchir" d'autant que l'auteur nous explique tout et même ce qui est déjà évident (à bien y réfléchir, je n'aime pas ça du tout, j'ai l'impression que l'auteur essaie de montrer explicitement qu'il a construit le récit volontairement, à la différence des grands auteurs). Le style, s'il est possible de parler de style, est basique (pour ne pas encore répéter "simpliste"). Cela a ses avantages, notamment en matière de lecture. De fait, ce thriller est très accessible, même pour un lecteur occasionnel. En définitive, une courte histoire d'une longue torture, sans rien de mirobolant à se mettre sous la dent, mais qui se lit avec une facilité déconcertante.


Pour moi, ce livre n'a strictement rien à offrir, sinon d'être chronophage dans les transports publics (que je ne prends pas en plus - je n'ai rien compris moi !). Dommage car cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un polar...

Par Julien
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Jeudi 20 novembre 2008
3 / 5



De Zanzibar au Cap

Le sous-titre de ce récit de voyage est explicite : « Un voyage en Afrique australe ». Comme indiqué sur la petite carte qui ouvre le récit, « les six Etats de la ligne de front - Tanzanie, Mozambique, Zambie, Zimbabwe, Angola, Botswana - se sont rassemblés sous ce label afin d'affirmer leur commune volonté de lutter contre le régime sud-africain. » Jean Rolin a parcouru la quasi-totalité de ces pays et couche sur le papier l'atmosphère si particulière qui émane de cette grande région de l'hémisphère sud.

Ainsi croque-t-il les images de son périple, à la manière d'un peintre : « Les passagers noirs s'étaient endormis immédiatement après l'appareillage, tout d'un bloc, comme victimes d'un sortilège, et si curieusement imbriqués les uns dans les autres, leurs corps entremêlés et répandus dans un si complet abandon, parfois sur plusieurs épaisseurs, qu'on eût dit l'oeuvre effroyable d'un peintre pompier qui sur la même toile serait parvenu à faire tenir ensemble la mort de Sardanapale, la mise au tombeau d'Attala, le radeau de la Méduse, les pestiférés de Jaffa et la Grèce se lamentant sur les ruines de Missolonghi. » Splendide !



















L'Afrique australe


Pour Jean Rolin, l'Afrique est un continent à part entière : « [...] si l'Afrique est le continent où les choses vieillissent le plus vite, c'est aussi celui où elles durent le plus longtemps. » Le temps n'a pas la même emprise sur les hommes que dans notre monde occidental. Les paysages sont tous plus resplendissants les uns que les autres, mais cette beauté comporte bien ses dangers (« Bien entendu, ni Alexi ni moi n'avons pensé à demander si le lac, en cet endroit, était exempt de crocodiles et de bilharziose »), et l'aventure y est omniprésente, dans la mesure où les moyens de transport sont tous plus aléatoires les uns que les autres.

La beauté sombre de la Ligne de Front

A quelques encablures du désert du Kalahari, dont le fleuve unique Okavango se déverse dans un delta intérieur en plein milieu des plaines arides, Jean Rolin détaille la géographie si intransigeante de ces rivières arides : « Toute la région est alimentée par un barrage, au confluent de deux rivières, la Mananda et la Manzinyama, dans lequel le niveau de l’eau baisse régulièrement, découvrant de curieux amoncellements de rochers gris, comme un troupeau fossilisé d’éléphants que ce brusque retour à la lumière menacerait de réduire en poussière. » Cette vision du Zimbabwe n’est qu’une manière détachée de ne pas s’attarder sur la misère humaine qui affecte ce pays, déjà au début des années 1990 : « […] cette école, en pleine brousse, où les élèves venaient de plus de dix kilomètres à la ronde, et qu’ils sont de plus en plus nombreux à déserter parce que la malnutrition leur interdit désormais de parcourir à pied de telles distances. »

Nous l’avons vu, le temps, le climat, les distances, tout semble différent en Afrique. Une atmosphère si particulière émane des entrailles de cette terre, et stimule l’esprit humain comme un appel amphibologique à découvrir les limites du monde, les limites de l’homme, ce qu’il peut accepter du monde, de plus beau, de plus terrible, tout ce qui va chercher les larmes au fond de notre âme et les tripes au fond de notre cœur. Ce long témoignage ne peut pas être plus éloquent :

« A la pointe du jour, en même temps que le progrès de la lumière fait revenir à la vie d’innombrables oiseaux, parmi lesquels les calaos se signalent par leurs cris à faire dresser les cheveux sur la tête, les premiers rayons du soleil, diffractés ou réverbérés par l’écume, impriment à la mousse vaporeuse qui flotte au-dessus des chutes une teinte si exaltante qu’il est difficile de résister à la tentation de s’y jeter.
Alors que je suis abîmé depuis près d’une heure dans la contemplation de ce spectacle, «
so lovely », écrit Livingstone, que les anges doivent suspendre leur vol pour s’en délecter, je vois avec consternation surgir à quelques pas de moi une créature absolument détestable, une femme que l’on dirait née de l’imagination de quelque auteur boulevardier et misogyne, et dont je m’étais émerveillé, hier soir, à l’hôtel, que son mari pût  subir aussi placidement ses incessantes avanies. Or cette espèce de carabosse envuitonnée, en dépit des regards haineux et menaçants que je lui lance dans l’espoir de la faire fuir, s’obstine et vient se planter à au-dessus du gouffre en ce point précis que les cartes désignent comme « danger point ». L’à-pic est ici de plus de cent mètres. Comment peut-elle être assez sotte pour ne pas se rendre compte que dans ce lieu absolument désert, sans témoin, il suffirait d’un geste maladroit, et bien entendu involontaire de ma part, pour restaurer la magnificence de cette scène que m’a gâchée son intrusion, et faire le bonheur d’un mari ? »

Un peu facile - et surtout inquiétant de la part de ce narrateur (c'est l'auteur puisqu'il s'agit d'un récit de voyage !) -, certes, mais ce continent réveille tout ce que l’être humain a de passionnel, d'affectif, de souffrance, de pureté, de désolation, d'affliction, de naturel et d’émotions entremêlées. De naturel aurions-nous pu simplement constater. Naturel à un tel point que le monde cartésien a complètement occulté ce continent. Un désastre (ou une bénédiction – il reste encore de belles terres sauvages ici bas).

Soixante-huitard sur la route

Car Jean Rolin a l'âme du soixante-huitard sur le chemin d'anciens régimes soutenus par les bolcheviques. Il y a réellement une dimension politique - mais sans lourdeur, sans engagement inconsidéré ou tentative de propagande futile - dans ce récit de voyage : il émane principalement, mais pas seulement, des contraintes administratives engendrées par les traversées des frontières de cette région du sud-est de l'Afrique.

Au final, un petit bijou de récit de voyage qui se lit sûrement en une petite soirée de rêveries et d'atmosphère sèche et humide dans le coeur. Un régal pour les sens.

Par Julien
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Vendredi 14 novembre 2008
0 / 5



Et il n'y a personne pour le dire...

Très intrigué par le personnage du mathématicien génial Ramanujan, je me suis procuré ce livre, car il me semblait qu'il s'agissait d'une vague biographie, ou au moins d'une histoire gravitant autour de l'homme. Je ne connaissais pas Eric Nonn, mais j'ai depuis eu des échos très favorables en sa faveur.

Pour ce qui est de cet ouvrage, j'ai à la fois des scrupules à le commenter car je ne suis pas allé plus loin qu'une quarantaine de pages. En même temps, cela représente 26 % du livre. Amplement suffisant : le style est composé de phrases courtes, souvent entamée par des "il y a", "il y avait" ; le narrateur est omniprésent, commente, questionne la narration, sans réellement apporter un éclairage au récit ; l'histoire est elle-même sans grand intérêt (elle met trop de temps à débuter, sinon). J'aurais bien aimé connaître la réaction d'un éditeur auquel on aurait envoyé le manuscrit de ce roman...

Ne rien dire et le dire mal, si vous pensez que ce n'est pas possible, je vous propose de lire les premières pages de ce roman. Et même cet article aurait les qualités pour être intégré entre deux articles de ce roman. A oublier, définitivement.
Par Julien
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