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Editeur : Gallimard (Collection Poésie)

Publication : Octobre 2001

Pages : 309


Echo et bégaiement

Un nez, naît, naît nez, un écho, un écho comme, coco, comme une baie, bée, une baie bouche bée qui rie gaiement, une baie bégaiement, gaiement. Voilà exactement le genre de phrase qu'aurait pu écrire Ghérasim Luca dans Héros-Limite. Chez le roumain-français poète, les mots se suivent et leurs sonorités font échos les uns aux autres, comme une dyslalie mathématique. Les mots forment une suite de son qui se répondent les uns aux autres, et forment ainsi des phrases aux sonorités si parfaites.

Je ne connaissais pas du tout ce poète, et la poésie contemporaine (ou presque) est parfois si difficile, que mon choix pour ce livre à la bibliothèque, si fièrement exposés dans une étage inaccessible pour les personnes du troisième âge car il m'a fallu ramper pour toucher la couverture immaculée de l'ouvrage... Mais j'ai tout de suite compris que son texte devait être déclamé (pas sur un sentier forestier !) en public. Ghérasim Luca donnait effectivement des lectures de ses poèmes et était un grand amateur de théâtre.

« L'objet nu nu numéro 16 »

Le poème éponyme Héros-Limite est un véritable chef d'oeuvre, hymne à l'amour de la langue française, de ses sonorités si douces, qui en font la langue de tous les poètes d'hier, d'aujourd'hui et de demain... Ce poème nous entraîne dans un cheminement semblable à une suite mathématique où les premiers éléments conduisent aux suivants et où la clé pour comprendre le mot se trouve dans la somme de tous les précédents.

Bien sûr, l'écriture est sombre, parfois morbide et est essentiellement axée sur l'eros et le thanatos. Mais les allers retours entre vie et mort,
entre amour et sexe, entre vide et plein, entre fin du monde et angoisse de l'existence, peuplent ce livre avec une intensité décapante, idéal pour nous extirper d'une morne routine feutrée.

Le recueil Héros-Limite est incomparablement meilleur que les deux autres recueils proposés dans ce livre. C'est malheureusement ce qui empêche l'ouvrage de recevoir les 5 étoiles que mérite cette première partie.

Un exemple pour les oreilles !

En poésie, et particulièrement lorsque celle-ci doit être scandée, il faut prendre son temps pour lire. Chaque mot doit être lu avec attention, chaque mot compte et doit être dit distinctement. Alors, seulement, le poème dégagera tout son arôme, toute sa force, et restera dans la mémoire, comme un instant magique où notre âme a goûté cette poésie, sans pouvoir jamais en retrouver l'exactitude de l'instant dans les archives de la mémoire...

« La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie »
Tag(s) : #Poésie

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